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Gran-Mèr Kal vedette de la Semaine Créole

29 octobre 2004, 20:00

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«Gran-Mèr Kal kèl èr ilé ?» Si elle répond deux heures, cinq heures, ou même onze heures, c?est que le champ est libre et que les enfants peuvent encore jouer dehors, en toute quiétude. Mais dès le douzième coup de minuit, c?est la panique. Il faut vite se sauver ! C?est le moment où Gran-Mèr Kal vient «souker » (fouetter) les enfants.

A la Réunion, depuis des générations, ce personnage de légende fait frissonner les enfants. Elle a inspiré nombre de chanteurs et d?écrivains. José Macarty, président de la coordination de la semaine créole, explique que les récits la concernant sont nombreux. Il nous en propose quelques-uns.

Il y a la Grand-Mère Kalle de Claire Bosse qui raconte l?histoire d?une fille dont la mère, une esclave, est morte de chagrin parce qu?elle n?a pas eu le courage de suivre son mari dans la forêt pour devenir marron. Seule au monde, la fille, Kalla est adoptée par une famille de Blancs... Jusqu?au jour où elle disparaît mystérieusement. On suppose que c?est le père, qui voulant se venger des colons, l?a enlevée à ses parents adoptifs.

Il existe aussi la version de Marguerite-Hélène Mahé dans son ouvrage Eudor ou l?île enchantée. Kalla est ici esclave d?un grand propriétaire qui l?a achetée pour la mettre aux servicse de sa fille Sylvie. Les deux jeunes filles se lient d?une profonde amitié. Jeune femme, Kalla se voit confrontée à un terrible choix : suivre son compagnon ou rester auprès de sa maîtresse. Elle choisit l?amitié à l?amour. Mais en restant sur la propriété, elle signe son arrêt de mort. Elle est capturée et tuée par des esclaves marrons.

Une troisième version raconte que Kalla n?a pas voulu suivre Matouté, son compagnon, qui est, peu après tué par des chasseurs d?esclaves marrons. Désespérée, Kalla se jette alors du haut d?une ravine du côté de Trois Bassins ou de l?Entre-Deux (au Sud de l?île). Son âme est ainsi condamnée à errer sur terre.

Selon José Macarty, pour comprendre le sens caché de la légende de Gran-Mèr Kal, il faut s?aventurer du côté du Sud de l?Inde. Dans cette région, indique-t-il, « le mot ?kal?, selon l?intonation avec laquelle on le formule signifie aussi bien ?hier? que demain?. Et ce serait cette particularité linguistique qui expliquerait le fait que Gran-Mèr Kal n?apparaît qu?à minuit, instant qui est à la fois ?hier ? et ?aujourd?hui?».

Dans la tradition réunionnaise, rappelle José Macarty, Gran-Mèr Kal ne vient «souker» les enfants qu?à minuit et le reste du temps, elle serait plutôt encline à les «touker» (les bercer). Dans la croyance populaire de l?Hindouisme figure Touké, déesse des enfants. A la Réunion, comme à Maurice, il existe des temples dédiés à cette divinité. Gran-Mèr Kal aurait-elle un lien avec la déesse Touké ? Pour José Macarty, la question reste posée.

La fierté d?être créole

La semaine créole se tient à travers l?île depuis le 22 octobre jusqu?au 30 octobre, avec pour thème «la fierté d?être créole». A l?Université de Saint-Denis, plusieurs soirées poésie sont au menu du restaurant universitaire avec les plus grands poètes de la Réunion : Patrice Treuthardt, Alain Armand, Carpanin Marimoutou, Bernard Payet et Gilbert Pounia.

A Saint-Pierre l?Association Kriké Kraké organise une conférence, animée par Axel Gauvin sur le thème " l?écriture du créole réunionnais : les indispensables compromis ". Pour assurer la promotion de la semaine créole des affiches ont été réalisées par les collégiens de Saint-André, gagnants du concours d?affiche organisé pour l?occasion. Le thème portait également sur la fierté d?être créole.

Au Port, les Chagossiens ont aussi été de la fête, avec plusieurs manifestations (ségas typiques, conférence sur histoire des Chagos et projection d?un documentaire), avec la participation de Cassam Uteem et du journaliste Henri Marimootoo.

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