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Quand le gandia devient zamal
Ailleurs on l?appelle cannabis, marijuana, haschisch ou encore paka?lolo ("herbe folle" en Polynésie), ganja en Jamaïque, gandia à Maurice et zamal à la Réunion. Il s?est internationalisé et, quelle que soit l?appellation, il s?agit de la même plante. Une herbe verte étonnante qui suscite passions et convoitise. C?est le cannabis sativa, ou chanvre indien, connu en Inde depuis des millénaires et dont la culture et la consommation à Maurice n?ont jamais pu être éradiquées malgré des siècles d?efforts.
Pas éradiquées, mais grandement réduites avec les efforts de l?Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu) et l?aide de l?hélicoptère. Plus de 150 heures de vol annuellement au-dessus de terrains quasi inaccessibles et au milieu de vastes champs de cannes, explique le commandant Reddy de l?escadron héliporté.
Depuis ces actions sur le terrain, l?Adsu constate un phénomène nouveau. Si la culture locale est devenue très difficile, elle est toujours en plein essor à la Réunion, à Madagascar et en Afrique du Sud. On assiste ainsi à une importation effrénée.
Du 18 octobre 2002 à la semaine dernière, l?Adsu a saisi plus de 50 kgs de gandia, provenant principalement de la Réunion. 52 personnes ont été arrêtées, soit à l?aéroport soit dans le port, en possession de cette drogue.
Au bureau de l?Adsu, ceux qui sont sur le terrain, et les stratèges, ont longtemps cherché à comprendre. Et, en recollant les morceaux, ils ont vu se dessiner une tendance amorcée depuis quelques années. L?importation du zamal réunionnais n?a pas pour seule raison la difficulté des cultivateurs mauriciens. « Il y a en ce moment une forte demande des touristes pour ce produit», explique un haut gradé de la Central Investigation Division (CID) nord.
UNE CLIENTÈLE RENOUVELEE
Les nouveaux fournisseurs de gandia, (skippers de bateaux de plaisance, barmen, guides, directeurs de centres nautiques) n?ont aucun contact avec le réseau de planteurs et de vendeurs du marché local. Leurs relations avec les étrangers, notamment avec les visiteurs réunionnais, leur ouvrent une porte.
Ainsi, sur la liste des personnes arrêtées ces derniers temps, au port et à l?aéroport, avec leur cargaison, on retrouve ces mêmes corps de métier du giron touristique, appartenant à deux grandes familles de l?île et travaillant pour des hôtels de plage.
« A la Réunion, le zamal coûte quatre fois rien, il est souvent donné en cadeau, et ceux qui arrivent à le faire entrer et écouler auprès des touristes font très vite fortune. Vous n?avez qu?à regarder le nombre de jeunes, avant-hier sans emploi, qui ont commencé à travailler dans le créneau du tourisme hier, et qui étrennent motocyclettes et voitures flambant neuves aujourd?hui » souligne le haut gradé du CID nord.
COURRIER EXPRESS, YACHTS ET HORS-BORD
L?Adsu n?est pas restée sans réaction face à ce nouveau développement. Elle travaille déjà avec des contacts dans la police réunionnaise et malgache. Plusieurs découvertes de gandia à bord des navires venant de la Réunion sont les résultats de la collaboration entre les autorités réunionnaises et l?Adsu, ou encore à travers Interpol.
Mais les découvertes effectuées jusqu?ici ne sont que le bout de l?iceberg et les autorités ont la difficile tâche de revoir toute leur stratégie devant la nouvelle filière. Le zamal n?arrive pas à Maurice uniquement par navires cargo, cargos mixtes ou avions. A deux reprises, de fortes quantités de cette drogue ont été importées par courrier international, dont DHL.
Aujourd?hui, les autorités se tournent vers les yachts, les bateaux de pêche au gros et les hors-bord qui quittent souvent le lagon tard dans l?après-midi. Cette nouvelle mission se révèle souvent impossible. Les yachts en provenance de la Réunion quittent l?île s?ur tard dans l?après midi et croisent au large du Morne, Rivière-Noire et Tamarin aux petites heures du matin. Il est alors impossible de repérer les hors-bord qui entrent en contact avec ces yachts: les radars ne parviennent pas à repérer ces petites embarcations en fibre de verre.
Et, fait étrange, aucun de ces hors-bord ou bateaux de pêche au gros n?est tenu d?informer les garde-côtes de leurs déplacements hors du lagon.
Ces derniers et l?Adsu sont confiants qu?une parade à cette situation sera trouvée sous peu. En attendant, ce sont ses informateurs qui permettent à la brigade anti-drogue de limiter les dégâts.
Raisons de l?interdiction
Introduit à Maurice avec l?immigration indienne, il était utilisé, par les adultes uniquement, surtout lors de certaines fêtes et cérémonies religieuses. Les termes bhojpuri utilisés par ces premiers consommateurs sont d?ailleurs restés : « pouliah » pour petit colis et « lim » pour la pipe de feuilles utilisée pour consommer le « gandia », terme qui vient de l?Inde également.
La variété cultivée à Maurice, et dont les fleurs sont connues comme « la ke satt », est parmi les meilleures au monde. Selon un spécialiste mauricien, actif avec les jeunes toxicomanes, l?effet produit par l?inhalation de la fumée de la variété locale dure plusieurs heures.
Depuis son introduction par les travailleurs engagés, la consommation du gandia devait gagner toutes les franges de la population. Les conséquences de cet abus allaient pousser l?administration coloniale à interdire sa plantation et sa consommation. Mais cette interdiction n?a pas empêché cette plante de traverser les siècles. Aucune administration n?a pu éliminer cette culture de l?île.
Pourquoi cette interdiction ? Certainement en raison des effets psychotropes du gandia. Le secret de ces effets est dans sa résine, le THC ou tétrahydrocannabinal. Sa fumée altère les perceptions, rend l'esprit vagabond, et rend très floues les notions de temps et d?espace. Elle exacerbe les sensations, diminue les aptitudes de réflexion et d?analyse, affecte la mémoire, diminue la capacité des poumons à résister aux infections et réduit les performances sexuelles.
Le gandia provoque de grosses faims, donne sommeil, et réduit les réflexes. Une grande consommation peut créer une dépendance psychique et déclencher des accès psychotiques chez les sujets prédisposés, voire des crises d'angoisse ou des syndromes paranoïaques. Si, contrairement à d?autres drogues, il n'y a pas de véritable accoutumance au gandia, celle-ci survient chez ceux qui mélangent ces feuilles au tabac. Cocktail de 99 % des consommateurs locaux.
Le gandia n?a toutefois pas que des propriétés nocives. En 1999, l'Académie des Sciences des USA s'est prononcé en faveur de l'usage médical de cette plante. Elle considére qu'elle contient des propriétés contre certains symptômes du sida et du cancer. Celles-ci permettraient de lutter contre les nausées provoquées par la chimiothérapie. Son action analgésique est reconnue par les instances médicales, partout dans le monde.
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