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Magie et Histoire chez Marcelle Lagesse
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Magie et Histoire chez Marcelle Lagesse
C’est la fresque historique d’une époque, c’est un document généalogique, ce sont des aventures romanesques. Avec “un peu de magie peut-être”, Marcelle Lagesse perce le mystère de ses origines familiales. De l’Ile Maurice contemporaine à l’Isle de France d’autrefois, en passant par Lorient et Paris, elle se retrouve à Pesmes, petite ville de la region de Franche-Comté, dans le département de la Haut-Saône, pour “sortir de l’ombre” des hommes et femmes d’un temps révolu.
Son objectif : comprendre pourquoi ces gens-là avaient décidé, un beau jour de 1717, sous le règne de Louis XIV, de quitter leur ville et village pour une île perdue au milieu de l’Océan indien. Mais, ces gens qui avaient répondu à l’appel de l’aventure ne sont pas n’importe qui. Ils s’appellent Laurent Lavocat, Françoise Lebrun, Joséphine Lavocat, Adélaïde le Gry et ils sont ses ancêtres. Marcelle Lagesse est une descendante directe de Francoise Lebrun, épouse Bougniard.
Remonter à cette époque si lointaine pour donner une explication à un acte qui pourrait être une forme d’ “exode” relève de la prouesse de l’historien, du généalogiste, voire du romancier. Mais romancière, elle l’est déjà, historienne, pas moins. Songez qu’elle a, à son actif, une dizaine de romans, une demi-douzaine d’ouvrages historiques et autant de pièces de théâtre. Parmi, sa Dilligence s’éloigne à l’aube fut couronnée du Prix Robert Bergues et son Sont amis que vent emporte du Prix des Mascareignes.
Si, après plus d’une vingtaine de titres, elle décide de se livrer à cette recherche généalogique, c’est qu’il lui a fallu attendre. Non pas la maturité et le talent. Mais l’appel. Les voix de ses aïeux, surgissant de l’au-délà, traversant les siècles, pénétrant sa conscience et donnant enfin à son désir de savoir et de comprendre une volonté de fer. Alors, elle voyage, elle interroge, elle fouille, elle décortique, elle interprète.
Avec dévouement et patience inébranlable, elle scrute les journaux de bord, fouille dans les archives nationales, déchiffre les actes notariés et les documents d’état civil, et retrace sur des cartes le sillage du vaisseau. Elle se rend au musée des Champlitte faire des recherches sur la vie des paysans et des artisans de la Franche-Comté du XVIIIe siècle.
Et voilà un récit historique qui, mêlant le romanesque à la généalogie, ressuscite hommes et femmes qui avaient décidé, il y a plus de deux siècles et demi de cela, de traverser la France d’est en ouest, où ils vont voir la mer pour la première fois. “Dépaysement, désarroi, étonnement, admiration, et appréhension”, seront leur lot, avant de s’embarquer à bord du Le Puissieulx, un 21 octobre 1752 à Lorient, pour un voyage qui va durer six mois. Certains connaîtront les maladies, d’autres vont mourir. A l’Isle de France, la famine rôdera autour d’eux pendant que l’avenir s’annoncera de plus en plus incertain.
En offrant la parole à ces gens-là, Marcelle Lagesse reconstitue un aspect de l’Histoire de Maurice. On y croise Bernardin de Saint-Pierre, Pierre Poivre, le Chevalier d’Entrecasteaux, le gouverneur Farquhar, entre autres. En répondant à l’appel de ses ancêtres, l’auteur revisite l’Histoire, à sa manière certes, mais pour mieux l’offrir à sa postérité.
Il est certain qu’un jour cet ouvrage historique servira, à son tour, d’intime appel à ses descendants à venir afin que les sens et valeurs d’une traversée ne s’arrêtent pas à cette unique reconstitution généalogique. Avec Un peu de magie peut-être… l’œuvre totale de Marcelle Lagesse vient d’être soufflée par un esprit nommé… mémoire atavique.
PORTRAIT
<B>Marcelle, la passionnée d’histoire</B>
■ Descendante d’une vieille famille originaire de France et installée à l’Isle de France dès le milieu du XVIIIe siècle, Marcelle Lagesse est une passionnée de l’Histoire qui sait ressusciter le passé dans ses écrits. Dans ses romans (La diligence s’éloigne à l’aube, 1959 ; Le Vingt Floréal au matin, 1960 ; Sont amis que vent emporte, 1974 ; Des pas sur le sable, 1975 ; Une lanterne au mat d’artimon, 1979), dans ses pièces de théâtre (Villebague, 1965 ; Les Palmiers de la source, 1965), dans ses ouvrages d’histoire locale (L’Isle de France avant La Bourdonnais, 1972), c’est toujours le désir de remonter les sources qui se dévoile. Publiés tantôt en France tantôt à Maurice, ses divers ouvrages attestent de son succès auprès d’un public insulaire et mondial.
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