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La carte du tendre à vol d?oiseaux

17 octobre 2004, 20:00

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La vie étant une étape vers la mort, l?oiseau doit, avant ce trépas, s?assurer d?une génération de remplacement. La genèse du renouveau débute par l?union intime de deux partenaires. Elle est parfois brève. L?assaut à la hussarde est aussi fécond que les liaisons précédées de longs entretiens.

Comme exemple de brève rencontre, citons le coq de la basse-cour. Pour grimper dans l?estime de la poule, il doit se livrer à quelques démonstrations. Dans d?autres cas, le choix est féminin. Il peut être empreint de périls. Ainsi, chez le chevalier grivelé (Actitis macularia), la femelle s?entoure d?une cohorte de mâles. Si une rivale essaie de conquérir sa cour, il s?ensuit une bagarre que les mâles observent tranquillement.

Un partenariat plus intime peut durer l?espace d?une couvée ou, quelques années comme chez les hirondelles. Les cigognes, plus souples, prennent des vacances séparées entre deux couvées et il peut y avoir divorce. Chez les albatros, le mariage dure jusqu?à la mort de l?un des conjoints. Mais l?union sérieuse chez différentes espèces ne gêne pas une infidélité occasionnelle, un petit coup de canif au contrat.

Sans citer le nom d?espèce, un chercheur affirme que dans beaucoup de cas, la femelle oublie ce que M. le maire appellerait ses devoirs conjugaux. Le père biologique de la couvée n?est donc pas toujours le partenaire reconnu. Cette infidélité passe inaperçue et si la partenaire est chanteuse, le mâle ne s?exclame pas comme dans l?opérette : ?Ah tais-toi, tais-toi adultère, la colère m?exaspère?.

Chez l?oiseau, le mâle porte une tenue plus attirante que celle de sa compagne. Spectaculaire quand le paon déploie toute la séduction dont son c?ur ou plutôt sa queue est capable. Mais la décoration peut être sobre ou même sombre comme la gorge noire du moineau.

Les ornements se déploient lors de parades pendant lesquelles tous les dons sont étalés. Les naturalistes les trouvent parfois admirables. La cour la plus séduisante est celle des grues. Les volatiles s?entendent. Toute une troupe, comme un corps de ballet, prend des poses gracieuses, exécute des révérences, sautillements, frémissements méritant des applaudissements.

Ces préliminaires cèdent éventuellement le pas aux affaires sérieuses dont le but est de garantir la survie de l?espèce. Au lieu d?alourdir la mère d?un petit en développement comme chez les mammifères, la nature a doté les oiseaux d??ufs vite faits mais bien faits, généralement déposés dans des nids.

Ces constructions vont du sommaire à un sommet que ne renierait pas un ingénieur en décoration. Une espèce, la goélette blanche fait pourtant fi du moindre abri et dépose un ?uf dans la fourche d?une branche. Il doit y avoir de la casse.

Le coucou, tout aussi paresseux mais plus envahissant, pond dans le nid de quelque couple malchanceux. Son petit est nourri par les parents adoptifs dont la progéniture est éventuellement éjectée hors du nid.

Des nids en tous genres

Cet abri connaît diverses connotations, parfois péjoratives comme les nids de poule sur la route. Plus distingué est le nid de pie, poste d?observation haut perché sur un bateau. Quant au nid de vipères mieux vaut tenir sa langue.

Les nids d?oiseaux fascinent les gamins. Nous nous souvenons de la première collection d??ufs de bulbul que nous avons vu dans une haie de bambous.

Plus variable est le nid du moineau. Il est couvert s?il est construit en plein air mais se dispense de toit s?il est abrité. Celui du tisserin, fait de brins tressés, demande plus de talent et certains de ces volatiles adoptent le même arbre, ce qui leur vaut le nom de republic bird. Un style retient bien l?attention, celui de la salangane qui fait un nid de salive. Il est recherché par les gourmets mais celui de l?espèce locale est trop riche en débris végétaux pour figurer à table.

Dans beaucoup de cas, c?est le mâle qui, comme il se doit, construit la demeure laissant à la femelle le soin de l?aménagement intérieur. Mais d?autres, comme le cardinal rouge commun ici, laissent bobonne travailler. Ils l?encouragent par des trilles.

Les ?ufs sont pondus dans l?abri. Dessins et couleurs séduisent autant les artistes que les mathématiciens. Ils tentent d?exprimer les formes en formules mais rencontrent des difficultés, qu?il s?agisse de volumes plus portés vers la rondeur de la pomme que de l?ovale de la poire.

Les littérateurs préfèrent des expressions du style ?tuer dans l??uf ? ou questionnent ce qui est apparu en premier de l??uf ou de la poule. Ils ne savent pas que la réponse est clairement l??uf puisqu?il date des reptiles

Des soins doivent être donnés à ces ?ufs. Chez certaines espèces, c?est la femelle qui, comme la poule, garde et protège l??uf. Dans le cas de l?autruche, c?est le père qui se charge de la corvée. Il couve d?ailleurs les ?ufs de plusieurs femelles pondus dans le même nid. Doit-il être honni ou applaudi ?

?Dans beaucoup de cas, c?est le mâle qui, comme il se doit, construit la demeure laissant à la femelle le soin de l?aménagement intérieur. Mais d?autres, comme le cardinal rouge commun ici, laissent bobonne travailler.?

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