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Jaya Bucktowar ou l?art et la spiritualité

17 octobre 2004, 20:00

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L?art chez Jaya Bucktowar est cosmogonique ? moins au sens de ?théoriser? qu?au sens de ?représenter? artistiquement l?univers, sa formation, et ses différents aspects.

Trente-quatre tableaux de l?artiste sont exposés à l?Alliance française de Bell-Village. Ils sont une représentation spirituelle du cosmos ? une représentation qui trouve son origine dans la symbolisation d?un ?point caché?, connu pour désigner la puissance créatrice de l?univers lui-même.

Connu aussi pour incarner le ?principe de l?émanation? et suggéré dans un des tableaux qui ouvrent l?exposition de l?artiste, L?Emanation divine. Ici, il est présence, invisible mais ressentie, dans sa forme d?unité primordiale, c?est-à-dire qu?il est principe informel de l?univers cosmique.

La représentation implicite de ce ?point invisible? comme matière en puissance a pour fonction d?assurer le décollage de la création artistique chez notre artiste, parce qu?il a en soi un principe d?extension qui se nomme manifestation. Ici, ce sont les diverses manifestations du cosmos qui deviennent objet de représentation : Cycle temporel, 4ème dimension, Danse cosmique, Souffle cosmique, Mythe de la création sont autant de titres qui se lient à la thématique de l??uvre de Jaya Bucktowar.

L?esthétique cosmogonique se confond alors avec l?exploitation d?une pluralité de thèmes qui supposent une certaine tentative de démystifier la création. Mais cette pluralité de sens ne doit pas être interprétée comme une représentation artistique désordonnée ; car celle-ci, au-delà de l?apparence, est bien structurée.

En effet, l?explication cosmogonique, Jaya ne l?invente pas. Il est évident, comme le dévoilent ses tableaux, qu?elle s?inspire des doctrines particulières qui postulent l?existence de ce ?point cosmique? comme germe de toutes manifestations, donc comme ce qui contient et libère en même temps le cercle.

Le cercle, c?est l?âme de toutes ses toiles. C?est ce qui leur donne la possibilité d?ouverture. Songez qu?il n?y a pas une seule toile de l?artiste qui ne représente le cercle. Et si le cercle est le point cosmique dans sa position étendue, sa représentation sur toile est un moyen de donner à son art une possibilité d?interpréter à l?infini le mystère autour de la création.

Les trente-quatre tableaux et l?installation de Jaya Bucktowar à l?Alliance française tentent de dévoiler les propriétés symboliques du cercle. Déjà, par son mouvement circulaire, sans commencement ni fin, le cercle symbolise la perfection, l?absolu. Sans doute, l?idéal vers lequel aspire l?artiste ! Sans doute encore, parce qu?elle y voit les signes d?un monde spirituel et parfait ! Pas étonnant que l?art soit chez elle, comme le dévoilent certains titres, des Promenades célestes conduisant, à travers La danse des sphères et La transe circulaire, vers L?extase transcendante.

<B>Symbole du mysticisme</B>

À en juger par La voie de la transcendance, installation imposante et significative, qui saisit le regard du visiteur à l?entrée de la salle, la représentation artistique userait et abuserait des symboles qui relèvent du mysticisme. Le cercle incarne alors la figure des cycles célestes et la sphère celle de l??uf du cosmos (Ovoïde cosmique). L?unité, telle qu?elle est représentée dans le tableau Union mystique, est celle du ciel cosmique.

Union, certes, mais à valeur temporelle, comme le laisse à penser la Symbiose momentanée. Car le cercle, c?est la roue qui tourne, qui marque le passage du temps, illustré dans le Cycle temporel. Le cercle, c?est ce qui construit la notion du temps infini et universel, autant dire, l?éternité. Voilà pourquoi les toiles de Jaya Bucktowar, comme l?indique le titre de l?exposition, sont des ?fenêtres sur l?éternité?.

Si l?éternité est le souffle de la divinité qu?expriment les diverses formes circulaires, les cercles qui dominent les tableaux de l?artiste sont alors des Centres sacrés. Mais l?éternité n?a ni commencement ni fin. C?est l?éternel retour ? nietzschéen.

L?exposition de l??uvre de Jaya aurait pu enfin trouver son aboutissement dans ce tableau intitulé Eternel Retour. Mais puisqu?elle se veut cyclique à l?image de l?objet d?art représenté, elle n?est pas, artistiquement, une fin en soi.

Elle exprime la volonté d?un retour vers la source, symbolisée très certainement dans Retour à l?unité. Puisque l?Emanation divine ouvre l?exposition, la représentation esthétique du cosmos amorce un retour vers ce ?point caché? placé à l?origine de, non seulement la divine création du cosmos mais aussi de la création artistique chez l?artiste.

Le retour à l?unité trouve alors son sens profond dans le tableau qui s?intitule Retour à soi. En ce sens, ce point invisible qui a tout engendré est aussi la part nocturne de l?artiste, son moi caché. La création chez Jaya Bucktowar est ainsi ce don qui, émanant d?un moi intime, voilé, tente une représentation artistiquement cosmogonique à l?image de cet idéal auquel elle aspire, avant de revenir à la source, La matrice maternelle.

Néanmoins, si l?artiste ne s?applique pas à donner continuellement à ses cercles un mouvement ascendant, transcendantal pour elle-même, elle risque alors d?enfermer toutes ses créations dans un cycle temporel qui, négligeant l?aspect esthétique, prendra l?aspect d?un regrettable cercle vicieux?

Les tableaux de Jaya Bucktowar sont exposés, sous le titre de Fenêtres sur l?éternité à l?Alliance française de Bell-Village jusqu?au 22 octobre.

?Si l?éternité est le souffle de la divinité qu?expriment les diverses formes circulaires, les cercles qui dominent les tableaux de l?artiste sont alors des Centres sacrés.?

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