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Basic Extinct
Finalement à bien y réfléchir, la version 2004 de Starmania montée par Gérard Sullivan ressemble bien à l?île Maurice de 2004.
Une priorité au paraître, aux grands déploiements de moyens, à une organisation logistique impeccable, tout ça pour cacher un essentiel désespérement vide.
Comme on peut construire des murs de cybercité en essayant de faire croire que l?on est devenu Silicon Valley, on peut mettre le paquet pour une comédie musicale, site Internet pour visualiser ses réservations, service d?ordre parfait à la Citadelle, marquise ultra-moderne pour abriter le nombreux et bruyant public ayant fait le déplacement, bref, croire qu?avec ça, c?était gagné. Pour une partie du public sans doute, cela a été le cas, et on est content pour lui.
Seulement voilà ! pour réussir une comédie musicale, on l?avait peut-être oublié, il faut d?abord ? bien avant un site Internet ? des voix de qualité, des vraies présences scéniques et une mise en scène construite avec imagination et rigueur.
C?est du ?basic?, mais là, franchement, chez les promoteurs, ce ?basic? était ?extinct?.
En effet, sur ces trois plans, cette version de Starmania était tristement décevante. Déception sans doute encore plus cruelle lorsque les souvenirs de la version Gérard Sullivan de 1995 nous reviennent à l?esprit. Une version étincelante, portée par des voix tellement émouvantes : celles de Carole Lamport, Véronique Forget, Robert Duvergé, Sophie Némorin, Thierry Béchard et Lindsay Min-Fa, notamment. Le tout servi par une mise en scène inventive et vivante.
Carole Lamport, version 2004, c?est toujours une belle voix bien travaillée, mais l?émotion s?est enfuie. Elle avait, en 95, l?âme Maurane, elle l?a aujourdhui Dion. Celle qui nous faisait vibrer, nous fait aujourdhui soupirer d?ennui. Pourtant, sur le plan technique, tout est parfait, la voix est nickel, propre. Mais voilà, il manquait cette émotion qui faisait de Carole Lamport cette artiste à l?âme poreuse et si bouleversante. Mais comment-a-t-elle réussi la prouesse à perdre, en si peu de temps, la plus belle de ses richesses ?
Même observation mais en plus grave pour Thierry Béchard qui a perdu à la fois son émotion et la qualité de sa voix. Zéro Janvier interprété par Jean-Claude Labat, est simplement sidérant. Moyennant quelques modifications, ce rôle est devenu, dans cette version presque celui d?un baryton. Labat ne maîtrise ni le rythme ni la justesse des fins de notes. Il donne même l?impression de se livrer à une série de récitatifs aux accents surprenants avec de temps en temps, en prime, des notes quelques fois justes.
Dans le rôle de Ziggy, Alexandre Koenig s?enfle d?une prétention qui rend sa prestation irritante à la limite du pathétique. Dommage pour un jeune homme qui semble posséder un réel potentiel qu?il lui reste à travailler avec la modestie des vrais créateurs. Idem pour Patricia Retournée. Elle possède des qualités indéniables dont une certaine présence et une voix forgée, qu?elle a ensevelie sous un jeu tellement surfait qu?il frisait le ridicule. Et il n?y a pas eu un homme faisant office de metteur en scène pour lui conseiller cette retenue qui aurait laissé paraître la vraie dimension de son talent ? Audrey Poussin est sans doute une des seules artistes du groupe à garder cet équilibre entre émotion et justesse de ton, servi par une voix correcte qui fait d?elle une artiste nettement moins pâle que Véronique Chauveau.
J?étais à la Citadelle le soir de la dernière.
Vers 21 h 20, à quelques minutes de l?entracte, tandis que le bel écran de fond de scène étincelant nous livrait des images parfaitement cadrées, le batteur de l?orcheste regardait ostensiblement sa montre. Sans doute s?ennuyait-il, comme moi.
La juxtaposition de ces deux observations résument, pour moi, Starmania 2004.
Tout dans le paraître.
Gérard Sullivan, cet enfant du Bon Dieu, nous a vraiment pris, cette fois, pour des canards sauvages.
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