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Le Cameroun attend la réélection du président Paul Biya

13 octobre 2004, 20:00

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Combien ont-ils été, au total, à travers le Cameroun, à errer de bureau de vote en bureau de vote à la recherche de leur carte d’électeur, lundi 11 octobre, pour participer à l’élection présidentielle ? Depuis plusieurs jours, l’opposition camerounaise, qui se présentait au scrutin en ordre dispersé, accusait le président Paul Biya, au pouvoir depuis vingt-deux ans, d’avoir organisé ce cafouillage technique, apparemment bénin, pour détourner des bulletins ou entraver le vote dans les bastions de l’opposition.

La victoire de Paul Biya étant acquise avant même l’élection de lundi, notamment en raison des divisions et des incohérences de l’opposition, la question a fini par devenir centrale. Elle détermine la qualité de la réélection annoncée d’un président à la recherche d’une légitimité par les urnes qui lui a fait défaut jusqu’à présent.

A la sous-préfecture de Yaoundé, Yves Mbono Samba est l’un de ceux qui cherchent à la fois leur carte et la liste électorale où figure son nom. Ici encore, nulle trace de son inscription. Résigné, le professeur d’université s’apprête à héler un taxi collectif pour poursuivre ailleurs sa recherche.

“Bien sûr, il y a toujours des petites choses qui ne vont pas, dit-il. Mais je ne crois pas que les chefs de l’opposition réussiront à faire sortir les Camerounais en masse -dans la rue- pour s’en plaindre. Nous ne perdons pas de vue l’essentiel : au Cameroun, nous avons la paix. Quand je me réveille la nuit, si j’entends quelque chose bouger près de ma fenêtre, je sais que c’est un cochon, et pas un policier qui vient m’arrêter.”

<B>“Fraude grossière”</B>

Dans le bureau, les électeurs arrivent au compte-gouttes. Une observatrice du Commonwealth vient consulter la liste des bureaux avoisinants, à la recherche des “bureaux fictifs” dont plusieurs responsables de l’opposition ont dénoncé l’existence les jours précédant le scrutin. La journée de vote, fériée et payée - du moins pour les Camerounais qui ont la chance d’avoir un employeur, dans un pays où environ la moitié de la jeunesse est au chômage -, n’a pas soulevé les passions.

Le calme qui a régné dans le pays en cette journée d’élection, au terme d’une campagne morne ayant laissé la majorité des habitants indifférents, n’a été troublé que par quelques incidents, en plusieurs points du pays. Mais à la nuit tombée, au quartier général de la coalition de l’opposition qui a choisi Adamou Ndam Njoya, président de l’Union démocratique camerounaise (UDC), comme candidat, le ton monte brusquement.

“C’est de la fraude grossière !”, s’emporte Théophile Yimgaing Moyo, l’un des conseillers du candidat, en recensant une série de cas où des échauffourées ont perturbé, selon ses informations, le vote ou son dépouillement. “Le bureau de vote de l’école des Postes a été envahi par la police et l’électricité coupée. Ils vont bourrer les urnes en toute impunité. Dans le nord, c’est la catastrophe : on a empêché les membres des partis d’opposition d’assister au vote, pour la même raison”, affirme-t-il.

Depuis son fief de Bamenda, dans l’ouest, dans la région anglophone, John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF), principal opposant, a mis en cause, quant à lui, la qualité de l’encre utilisée pour empêcher les électeurs d’apposer plusieurs fois leurs empreintes sur plusieurs bulletins, l’accusant de pas être indélébile.

Le parti au pouvoir a fait une percée dans la région de M. Fru Ndi. Le principal opposant, qui a toujours affirmé s’être fait voler sa victoire lors de l’élection présidentielle de 1992 par Paul Biya, dénonce la fraude. Quant au second candidat de poids de l’opposition, Adamou Ndam Njoya, il a protesté, lundi soir, contre d’“énormes problèmes liés à la distribution des cartes aux électeurs et à l’affichage à temps des listes”.

Dans la nuit suivant le vote, les principaux responsables de l’opposition n’avaient pas encore fait savoir s’ils acceptaient les résultats du scrutin, marqué par une faible participation nationale. Selon des estimations établies en comptabilisant environ les trois quarts des bulletins, dans la nuit de lundi à mardi, Paul Biya l’emporterait avec un score s’établissant “entre 65 % et 70 % des voix”.

John Fru Ndi serait crédité d’un résultat “proche de 16 %” et Adamou Ndam Njoya obtiendrait “entre 6 % et 8 %” des suffrages. Dans le courant de la journée, le président Biya, après s’être félicité que le scrutin se “déroule comme prévu, c’est-à-dire normalement”, avait souhaité que “tous les Camerounais acceptent le verdict des urnes”.

<B>Jean-Philippe Rémy</B>

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