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Airbus ou Boeing: un choix difficile
La direction d?Air Mauritius se met en piste pour un décollage crucial : le renouvellement de sa flotte. Les grandes man?uvres sont enclenchées depuis des mois mais cette semaine sera cruciale. L?exercice de renouvellement, qui sera étalé sur plusieurs années et coûtera des milliards de roupies, attire la convoitise des deux plus grands constructeurs mondiaux, Airbus et Boeing.
Airbus a soumis son premier business proposal en début de semaine. Boeing suivra dans les prochains jours. Ces offres ne sont pas fermes. Elles seront sujettes à des négociations jusqu?à ce qu?Air Mauritius trouve la bonne formule et le gouvernement mauricien son compte.
Les deux Boeing 767 seront les premiers appareils à quitter la flotte. Ces avions ont servi pendant plus de 16 ans et la direction d?Air Mauritius estime qu?il est grand temps de les remplacer. Aucune date limite n?a été imposée pour le remplacement des Boeing 767 mais le temps presse.
?Dès qu?on prend une décision, il faudra attendre 18 mois, le temps que les nouveaux avions soient construits. Les 767 auront alors 19 ans?, explique Megh Pillay, directeur général d?Air Mauritius.
La compagnie a également l?option de vendre les deux avions au plus offrant et louer des appareils en attendant la livraison des avions neufs. Cette solution paraît probable car une société américaine a déjà approché Air Mauritius pour acquérir les deux appareils. La compagnie est à la recherche d?une vingtaine de Boeing 767 afin de les transformer en tankers. D?autres sociétés recherchent également ce type d?appareils pour les convertir en avion-cargo. ?Quand le marché est demandeur, nous dictons le prix. Sinon, nous ne serons pas en position de force?, précise Megh Pillay.
Les propositions d?Airbus et de Boeing comprendront également le débarras graduel des avions de la flotte actuelle à moyen terme. Air Mauritius a déjà ciblé les types d?appareils qui répondent à ses exigences chez chaque constructeur.
La construction des B 767 ayant cessé depuis belle lurette, c?est vers des B777 que se tournera Air Mauritius si elle choisit le constructeur américain. Si la compagnie penche pour Airbus, des A330 seront acquis.
Exigences
Les destinations inter-îles continueront à être desservies par les ATR 42 et 72. Les vols régionaux (Afrique du Sud, Madagascar, Seychelles, Comores et Kenya) sont effectués par deux Airbus A319-100. Air Mauritius dispose d?une option sur d?autres A319 mais n?ignore pas la nouvelle génération de Boeing 737. Les destinations long-courriers sont actuellement desservies par cinq Airbus A340-300.
Si la compagnie continue son association avec Airbus sur ce type d?avions, elle optera pour des versions plus récentes et plus puissantes de l?appareil, notamment l?A340-600. Si elle décide de changer pour Boeing, le B777-200 ER ou le B777-300 constituent ses options.
?Nous avons trois principales options : acheter que chez Boeing, acquérir que des Airbus ou effectuer un mélange. L?objectif final est de mieux répondre à nos exigences?, fait ressortir le directeur général d?Air Mauritius. Les packages proposés comprennent également la fourniture de pièces détachées et la formation des équipages, entre autres.
La compagnie nationale d?aviation n?est toutefois pas intéressée à faire l?acquisition du super gros porteur, l?A 380, qui volera d?ici 2006. Raison : l?avion est trop gros pour les besoins d?Air Mauritius. ?À ce jour, l?A 380 ne fait pas partie de nos plans?, lâche Megh Pillay.
Cet appareil peut transporter jusqu?à 500 passagers (contre 294 pour l?A 340), ce qui est loin de refléter le trafic de la compagnie mauricienne. L?achat d?un A 380 nécessitera aussi d?importantes modifications à l?aéroport de Plaisance.
Le mot de l?État
Les techniciens d?Air Mauritius s?attelant au projet de renouvellement de la flotte sont arrivés à des projections et finalisent le modèle qui répondra mieux au business plan de la compagnie. Toutefois, l?Etat aura également son mot à dire car il compte réaliser un ?offset deal?.
Cette pratique devient courante dans l?aviation. L?achat d?un avion représentant un énorme investissement, le pays acheteur demande souvent au pays vendeur de minimiser la sortie de devises et l?impact sur l?économie en lui garantissant des revenus commerciaux. Par exemple, un pays a choisi d?acheter Boeing car l?armée américaine lui a offert le contrat pour la fourniture de? sucettes.
Le gouvernement mauricien compte ainsi exiger que les Etats-Unis ou l?Europe ou les deux s?engagent à investir à Maurice ou importer des produits locaux. C?est pourquoi les deux constructeurs ont promis monts et merveilles depuis le lancement de l?exercice de renouvellement de la flotte d?Air Mauritius. Les lobbies se suivent dans les couloirs de l?hôtel du gouvernement. Le dernier en date n?était autre que le ministre français de l?Agriculture, Hervé Gaymard.
Importance de l?offset
Pourtant, les constructeurs ne sont pas friands de l?offset. Ce principe a démarré dans la vente d?avions militaires. La logique est que ce type d?appareil n?étant pas productif, le pays vendeur doit offrir des incitations pour obtenir ces juteux contrats.
Les constructeurs d?avions commerciaux sont contre cette pratique car leurs produits génèrent des revenus. Ils se sont toutefois pliés à la demande des États en raison de la féroce concurrence et l?instabilité du marché après les événements du 11 septembre 2001.
?L?offset n?a rien à voir avec les compagnies aériennes. C?est entre les États, les constructeurs, et les pays vendeurs?, soutient le directeur général d?Air Mauritius. La compagnie nationale fera son travail mais le choix du gouvernement sera crucial. Sauf qu?il n?y a pas de grandes différences entre les Airbus et les Boeing.
Les deux constructeurs se livrent à une véritable guerre pour la flotte d?Air Mauritius, comme ils le font ailleurs. Mais ils ont de quoi sourire : environ 25 000 nouveaux avions commerciaux seront commandés au cours des 20 prochaines années au coût de soixante trillions de roupies. La flotte mondiale doublera ainsi pour atteindre 35 000 appareils.
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