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La nostalgie de la terre
Il titube et se déplace à l?aide d?une canne. A 80 ans, Ton Fan ne veut pas se résigner à son sort. L?amour de la terre le dévore encore et le pousse à surmonter son handicap.
Chaque jour, l?octogénaire ne peut s?empêcher de passer quelques heures dans son petit potager, situé à quelques mètres de sa maison en tôle, construite après le passage du cyclone Céline. Il y a quelques plantes de patate douce et un papayer. ?Je ne peux pas faire plus. Je n?ai plus la force?, dit-il.
De son vrai nom Bertrand Philippe, il est considéré comme le griot de Quatre-Vents. Il s?est marié depuis vingt-cinq ans avec Thérèse, son aînée de sept ans, mais qui peut se déplacer plus facilement. Celle-ci l?aide tous les jours à grimper la pente jusqu?au potager. Mais à leur âge, quelques mètres de distance nécessitent autant d?efforts que pour l?ascension d?une montagne. ?Je me suis fracturé une jambe dans un accident pendant mon affectation comme combattant en Palestine?, explique Ton Fan.
<B>Fini le temps de l?abondance</B>
Le couple vit de sa pension de vieillesse et de la pension pour handicapé de Ton Fan. Il a aussi à sa charge quatre petits-enfants, âgés de 2, 5, 11 et 18 ans ?Notre argent ne suffit pas. Le coût de la vie est trop élevé. Nous sommes aussi souvent malades et avons besoin de soins?, se plaint Ton Fan.
Ton Fan a été un laboureur modèle en son temps. Tout le monde faisait appel à lui. Il connaît plus que quiconque l?art de cultiver à la fois le manioc, le maîs, la patate douce et les légumes. ?Aujourd?hui, c?est fini le temps de l?abondance. Nous devons tout acheter. On s?occupe mal de sa cour. Même le gazon n?est pas tondu par les jeunes?, dit-il.
Ton Fan a aussi été pêcheur comme son père. Mais l?amour de la terre l?éloignait plus souvent de la mer.?Si j?avais la force, je n?aurais jamais abandonné mes plantations?, affirme-t-il.
L?ancien combattant dit avoir vécu des moments inoubliables dans l?armée. ?J?ai connu deux guerres. J?étais gardien de l?armurerie à Jérusalem. Tous les jours, je voyais des morts. Aujourd?hui encore, je me tiens au courant de la guerre entre Juifs et Arabes?, confie Ton Fan.
Le vieil homme encourage les jeunes à avoir l?esprit de sacrifice pour réussir dans la vie. ?Nou pa capav gagn tou dan lavi. Parfois nu bizin coup nou ration pou fer nou ti zenfan manze?.
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