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Pourquoi la Chine ne limitera pas ses exportations de textile

5 octobre 2004, 20:00

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A quelques semaines de l’abolition des quotas, tous les producteurs de textile et de vêtements du monde ont les yeux braqués sur la Chine. Ce pays, qui était jusqu’ici restreint par des limitations de quotas, pourra exporter librement son textile et ses vêtements. L’ouverture des vannes chinoises risque d’inonder les marchés mondiaux, causant la perte de milliers de producteurs de textile-habillement.

Les études prévoient que la Chine peut s’octroyer à elle seule la moitié du marché mondial du textile et de la confection, occasionnant jusqu’à 30 millions de pertes d’emplois à travers le monde.

Or, voilà qu’on évoque la possibilité que la Chine restreigne volontairement ses exportations de textile, afin de mitiger leur impact sur le marché mondial à l’issue de l’abolition des quotas en janvier 2005.

C’est en tout cas ce qu’avance un vice-ministre chinois du Commerce dans une lettre adressée à Jayen Cuttaree, ministre des Affaires étrangères et du Commerce international.

La nouvelle est diversement accueillie. Certains veulent y croire. Pour eux, cette auto-restriction serait plutôt une bonne chose. Et il y a les sceptiques. Sans oublier ceux qui estiment que, finalement, cela ne changera pas grand- chose.

Pour un spécialiste du commerce international, si la Chine est effectivement bien intentionnée, la vraie question demeure : qui pourra contrôler et s’assurer qu’elle est bien en train de limiter ses exportations de textile-habillement ?

“En l’absence d’un mécanisme de contrôle, un éventuel engagement chinois ne voudrait rien dire”, commente ce responsable. “Le self-monitoring dans un pays comme la Chine ? Je n’y crois pas”, renchérit un industriel.

Si on arrive à mettre en place un système de contrôle efficace qui assure une réelle limitation des exportations chinoises, ce serait l’équivalent d’un système de quota déguisé. L’industrie du textile-habillement de Maurice pourrait en tirer un “breathing space”.

Il est difficile de cerner avec précision dans quelle mesure une restriction des exportations chinoises bénéficierait à Maurice. Si la Chine bride ses exportations, ce sont surtout les autres grands producteurs mondiaux – l’Inde et le Pakistan – qui en profiteront en premier. Ils sont plus compétitifs sur les prix.

Néanmoins, d’autres facteurs, comme la gamme de produits dans laquelle Maurice est engagée, doivent être pris en compte.

Tout de même, une réduction des vêtements chinois sur le marché pourrait aider Maurice d’une autre manière. La loi de l’offre et de la demande jouant, si le plus important producteur de vêtements au monde limite sa production, les prix sur le marché mondial devraient chuter moins rapidement.

Ce serait positif, car sinon, il faudrait s’attendre à une baisse de prix drastique de 30 %, immédiatement après l’abolition des quotas. C’est le chiffre avancé par les analystes de Goldman Sachs Global Investment Research.

“Si les prix baissent de 30 % en janvier, en juin nous sommes morts. Aucune entreprise à Maurice ne peut encaisser une telle baisse en une année. La marge bénéficiaire moyenne des entreprises de confection est de 5 %, les meilleures font 10 % et avec 22 % la Compagnie mauricienne de textile est une exception. Comment pourrait-on absorber une baisse de prix immédiate de 30 % ?” commente un industriel.

Il trouve les prévisions des analystes de Goldman Sachs exagérées. Lui s’attend à une baisse des prix de 30 % en trois ans.

Pourtant, cette étude de Goldman Sachs rappelle qu’en 2002, lorsque les quotas avaient été enlevés sur 29 catégories de vêtements, les prix ont chu, de 35 % en moyenne et même de 70 à 80 % sur certaines catégories de vêtements.

Le quantum de la baisse des prix dépendra du bon vouloir de la Chine. Les observateurs se demandent pourquoi ce pays limiterait volontairement ses exportations de vêtements, alors qu’il sera le plus grand gagnant de l’abolition des quotas sur le textile-habillement.

L’argument le plus répandu en faveur de l’auto restriction est que la Chine a intérêt à ne pas inonder les marchés des pays développés. Ce, afin de ne pas provoquer de réactions hostiles, qui conduiraient finalement à la prise de mesures de sauvegarde.

<B>Conditions de l’accession à l’OMC</B>

Car, au fur et à mesure qu’avance la libéralisation du commerce, de telles mesures se sont multipliées. Dans le cas de la Chine, le risque est plus grand et plus réel.

En effet, une des conditions de l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), est que tous les autres pays puissent recourir à des mesures de sauvegarde. Elles consistent à réintroduire des quotas sur les exportations chinoises jusqu’en 2013.

Ce risque est réel. Sous la pression de l’opinion, des syndicats et du puissant lobby des producteurs de textile, les Etats-Unis ont réintroduit des quotas sur certaines catégories de vêtements.

Ces mêmes groupes d’intérêts continuent à maintenir la pression sur l’administration américaine pour qu’elle étende les quotas à une multitude d’autres catégories de vêtements.

Les producteurs de textile américains viennent récemment d’envoyer une pétition en ce sens. Les autorités de ce pays ont ouvert une enquête pour déterminer l’impact des importations chinoises. A la lumière de celle-ci, elles décideront de l’opportunité ou non d’introduire des quotas.

L’enclenchement de cette procédure fait dire à certains analystes qu’en janvier 2005, les quotas seront abolis mais pas pour la Chine. Ils soutiennent qu’avec l’approche des élections présidentielles aux Etats-Unis, il faudra ménager les électeurs des Etats producteurs de textile, notamment la Caroline du Nord et du Sud. Le lobby textile soutient que 700 000 emplois sont en jeu.

Mais la Chine a un argument de poids pour s’opposer aux intentions des pays développés de réintroduire des quotas : son immense marché convoité par tous. Le ton est monté entre Washington et Pékin récemment.

Le ministère du Commerce chinois a déclaré que l’imposition de nouvelles barrières aux exportations chinoises représenterait une violation des lois commerciales internationales et pourrait envenimer les relations entre les deux pays.

Pékin brandit la menace d’une remise en question des relations économiques et commerciales entre la Chine et les Etats-Unis.

La Chine représente un marché potentiel immense pour les pays développés comme les Etats-Unis. Non seulement par la taille de sa population, mais aussi par l’importance des ses besoins. La Chine achète tout en grande quantité. Quand elle commande des avions, c’est par centaine. Pour l’administration américaine, l’équation se résume à des Boeing contre des t-shirts. Où penchera la balance ?

Cette volonté de la Chine de s’opposer farouchement aux quotas ne se marie pas bien avec l’idée qu’elle pourrait volontairement auto-restreindre ses exportations. Elle démontre au contraire qu’elle poursuit inlassablement le but opposé. Le fait qu’elle ait tenu tête jusqu’ici au G7 qui voulait qu’elle réévalue sa monnaie découle de la même logique.

<B>Victime de sa rapide expansion</B>

Les zones de développement industriel poussent comme des champignons dans ce pays. Les moyens qui sont mis à la disposition des investisseurs potentiels sont impressionnants et font rêver.

On comprendrait mal que les autorités chinoises déroulent le tapis rouge pour attirer les investisseurs et leur demander ensuite de restreindre leur production. Cela ne fait pas sens.

De plus, les entreprises de textile existantes ont pratiquement toutes rehaussé leur capacité de production, en prévision de l’ouverture des marchés en janvier.

Un sondage publié fin septembre indique que 90 % des entreprises chinoises de moyenne et grande tailles ont investi dans l’accroissement de leur capacité de production.

La seule chose qui pourrait effectivement limiter la production de vêtements en Chine, ce sont des contraintes dans l’approvisionnement des intrants, dont les matières premières comme le coton.

Au niveau de l’infrastructure également, la Chine est victime de sa rapide expansion. Sa capacité de production d’électricité n’a pas suivi. En été, les entreprises sont approvisionnées quatre jours sur sept seulement.

La raison principale est qu’avec la chaleur, tous les blocs d’appartements et tous les complexes commerciaux allument la climatisation. Cette demande additionnelle, liée au rapide développement de la Chine ces dernières années, n’avait pas été prévue.

Néanmoins, pour certains industriels, l’interruption de la fourniture électrique n’est pas insurmontable. A Maurice, les entreprises sont bien dotées de générateurs qui leur permettent de continuer à travailler, même lorsque le réseau national est en panne.

C’est la technique, et non la politique, qui peut freiner l’invasion chinoise.

<I>“La Chine a un argument de poids pour s’opposer aux intentions des pays développés de réintroduire des quotas : son immense marché convoité par tous.”</I>

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