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“La consolidation économique du Pakistan peut profiter à Maurice”
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“La consolidation économique du Pakistan peut profiter à Maurice”
●<B> Quelle est la portée de la visite d’État qu’effectue le Premier ministre mauricien dans votre pays ? </B>
Maurice et le Pakistan ont des liens diplomatiques qui remontent à plus de trois décennies. Il y a eu beaucoup de coopération dans le domaine culturel, éducatif et économique. Nous avons toujours entretenu des relations cordiales avec les dirigeants et les habitants de votre pays. Nous partageons, dans une large mesure, l’expérience coloniale, un héritage culturel, des valeurs et des aspirations communes.
Le monde a connu beaucoup de changements au cours de ces dernières années. La globalisation est une réalité à laquelle on ne peut échapper et il faut y faire face. Maurice et le Pakistan peuvent tirer avantage des retombées de la globalisation.
D’une part, nous considérons que Maurice a une importance stratégique dans cette région du monde et le Pakistan veut tirer profit de cette situation. La visite de votre Premier ministre chez nous cadre parfaitement avec ces nouvelles perspectives.
Nous n’avons pas une grande présence diplomatique dans la région est de l’Afrique. Nous voulons donc nous servir de votre pays comme pont vers cette partie du monde.
D’autre part, le Pakistan est un véritable carrefour pour les régions de l’Asie du Sud, de l’Asie de l’Ouest, de l’Asie centrale et de la région du Golfe. Grâce à notre position géographique, nous offrons un accès direct à des pays qui représentent plus de la moitié de la population mondiale.
D’énormes opportunités existent dans le domaine des affaires. Les multinationales découvrent notre pays. Vu les relations solides qui unissent Maurice au Pakistan, votre île est susceptible de profiter de la consolidation de l’économie du Pakistan.
●<B>Quels sont les principaux traits de cette économie que vous invitez les Mauriciens à découvrir ? </B>
Avec des indicateurs macroéconomiques positifs, l’économie pakistanaise connaît une forte croissance. Nous continuons toujours à réviser à la hausse la croissance du produit intérieur brut (P.I.B.) ainsi que d’autres facteurs économiques. Le marché boursier a progressé par plus de 500 % au cours de ces cinq dernières années. Nos réserves en devises étrangères s’élèvent aujourd’hui à $12 milliards alors qu’elles étaient de $1,5 en 1998. Ce chiffre serait plus élevé si le gouvernement n’avait pas remboursé des dettes commerciales d’un montant de $ 2 milliards durant ces deux dernières années.
Ainsi, la dette totale a beaucoup diminué depuis que nous avons démarré la réforme économique. Elle s’élevait à $40 milliards en 1998. Aujourd’hui, elle est de l’ordre de $33 milliards. En raison de l’augmentation de la liquidité dans le marché, le taux d’intérêt a beaucoup baissé (de 22 % en 1999 à 6 % seulement cette année). Le crédit bancaire accordé aux entreprises a triplé. L’inflation tourne autour de 3 à 4 %.
Sur le plan sectoriel, l’activité manufacturière a connu une progression de 17,1 %, soit la deuxième plus forte croissance industrielle mondiale après la Chine. Nous n’avons plus d’engagement avec le Fonds monétaire international (F.M.I.). Nous avons mis en pratique tous les ajustements demandés. À partir de novembre, nous n’aurons plus besoin de l’assistance structurelle du fonds lorsque le présent programme d’ajustement arrive à terme.
Le climat pour les investissements directs étrangers (I.D.E.) a évolué de manière radicale. Les multinationales perçoivent le Pakistan comme un investors’ delight en raison de sa position géographique, de ses plans d’incitation, de la cohérence de ses politiques et des retours sur les investissements. Plus de 600 entreprises étrangères dont une soixantaine de la Chine, ont maintenant une présence permanente au Pakistan.
Ces derniers mois, les multinationales ont investi dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications, de l’exploitation minérale, de l’automobile, du textile et du développement foncier respectivement.
Sur la base de ces donnes, il est prévu que l’économie pakistanaise va connaître une progression de 8 à 9 % annuellement entre 2005 et 2010. Le Pakistan est connu comme le dernier succès économique en date de l’Asie. En 2015, selon les prévisions, nous serons parmi les 20 premières économies au monde.
●<B> Dans quelle mesure la coopération entre le Pakistan et Maurice bénéficiera de cette nouvelle dynamique ? </B>
Maurice est un pays qui a fait énormément de progrès durant ces trente dernières années. Le pays dispose de gros avantages notamment, sa diversité culturelle et linguistique. Vous avez tous les attraits pour jouer le rôle de centre économique pour la région est africaine. Dans cette optique, nous voulons d’un partenariat renouvelé avec vous afin de mieux exploiter ces opportunités.
Le monde vit des moments extraordinaires grâce à la technologie et à la connectivité. Cela jette les bases pour une nouvelle coopération entre nos deux pays. Nos dirigeants auront l’occasion, lors de la visite du Premier ministre mauricien, de voir comment nous pourrons profiter des avantages de la globalisation.
Les échanges bilatéraux passeront à un nouveau stade avec un nouveau cadre de coopération. Nos deux gouvernements signeront un accord de coopération.
Au niveau des opérateurs économiques, les chambres de commerce des deux pays parapheront un accord en vue de la création d’un Joint Business Council. Cette nouvelle structure sera le lien par excellence pour les hommes d’affaires mauriciens et pakistanais. Ce projet qui a sollicité trois ans d’effort verra sa concrétisation prochaine. La délégation d’industriels qui accompagne le Premier ministre aura l’occasion de mieux connaître le pays en particulier, le milieu des affaires chez nous.
Nous prévoyons des rencontres individuelles entre opérateurs mauriciens et pakistanais à Lahore et à Karachi. Cela leur permettra d’établir non seulement des contacts dans le but d’effectuer des échanges commerciaux mais aussi de consi-dérer les possibilités de partenariat.
Nous avons déjà le puissant groupe de textile, notamment le Rashid Group, qui envisage une implantation à Maurice dans la filature. Je prévois d’autres développements quand vos opérateurs auront eu l’occasion de constater de visu les possibilités d’alliance stratégique au Pakistan. Le pays s’ouvre de plus en plus aux étrangers. Des délégations hommes d’affaires étrangers n’ont cessé de visiter le pays au cours de ces quatre dernières années.
●<B>Dans quels secteurs ces possibilités de partenariat pourront-elles se concrétiser ? </B>
Le gouvernement pakistanais a une politique : encourager les hommes d’affaires locaux à investir à l’étranger. C’est ainsi que les industriels pakistanais ont investi à Dubayy, au Maroc e au Kenya. Maurice qui ambitionne de devenir un knowledge hub dans la région, offre d’énormes possibilités d’investissement à nos opérateurs.
Le Pakistan a su apporter des changements considérables au niveau de l’éducation médicale et dans le domaine de la haute technologie. L’industrie du savoir à Maurice a tout à gagner d’une coopération renforcée avec notre pays qui compte des expertises reconnues dans plusieurs domaines. Nous comptons plus de 50 universités privées. Nous avons un programme qui produit 1 500 détenteurs de doctorat par an dans différentes disciplines. Nous pouvons mettre ces richesses à votre disposition. Les universités privées, par exemple, peuvent ouvrir des antennes à Maurice pour desservir la région de l’Afrique de l’Est.
●<B>Que prévoit l’administration pakistanaise pour promouvoir les échanges commerciaux? </B>
Le Pakistan a offert au gouvernement mauricien la possibilité de mettre en place une zone de libres- échanges (ZLE) ou une zone d’échanges préférentiels (ZEP) entre nos deux pays. Notre ministre du Commerce, Humayun Akhtar Khan, avait lancé cette idée lors de son récent passage à Maurice dans le cadre de la réunion du G90. Nous laissons aux autorités mauriciennes de choisir l’arrangement commercial qui leur convient le mieux.
Un nouveau cadre devra être défini, cela pour faciliter la tâche des opérateurs pakistanais qui souhaitent utiliser Maurice comme porte d’accès sur l’Afrique de l’Est. Quant aux fabricants de vêtements mauriciens, ils devront exploiter davantage le marché du fil de coton moyennant une meilleure coopération commerciale entre les deux nations.
●<B> Comment le géant du textile qu’est le Pakistan se prépare-t-il dans le sillage de la fin des restrictions quantitatives sur les exportations des vêtements ? </B>
Le démantèlement de l’accord multifibre qui met un terme au système de quotas ouvre de vastes opportunités pour des pays comme l’Inde, la Chine et le Pakistan. Nous sommes bien préparés pour faire face aux nouvelles donnes. Les industriels pakistanais ont investi massivement dans de nouveaux équipements afin de pouvoir augmenter la capacité de production.
Nous proposons à Maurice une ZLE ou ZEP afin de l’aider à mieux affronter le démantèlement des quotas. Vous pourrez ainsi importer des matières premières de qualité du Pakistan à des coûts compétitifs.
●<B> Malgré ses prouesses économiques, le Pakistan continue à souffrir d’une mauvaise image en raison du terrorisme…</B>
C’est vrai que nous devons gérer un problème d’image. Il y a de gros efforts qui se font pour essayer de changer cette perception, peu fondée à notre avis. Nous collaborons d’ailleurs dans le combat global contre le terrorisme. Mais ce n’est pas uniquement sur cette base que nous revendiquons une meilleure reconnaissance. Nous avons d’autres atouts qui sont susceptibles de projeter une meilleure image du Pakistan.
Nous sommes situés dans une zone stratégique qui nous permet d’exercer une certaine influence sur la région. D’autre part, nous continuons à attirer les multinationales. Nous sommes un pays où le coût pour faire du business est peu élevé.
Nous sommes également une puissance militaire en Asie du Sud. Nous sommes parmi les trois nations les plus avancées sur le plan technique et scientifique dans la région. Il faut absolument se défaire de cette image négative qui nous est collée à des fins de propagande.
●<B>Où en est le dialogue de paix entre l’Inde et le Pakistan en cours depuis un certain temps ? </B>
L’Inde et le Pakistan ont démarré un dialogue composite qui a inclu la question du Cachemire. Les deux parties ont mis sur table plusieurs sujets touchant à la sécurité, au trafic des stupéfiants, à l’échange de prisonniers et à l’octroi des visas, parmi tant d’autres. Il y a tout un processus de confidence building qui est en train de donner des résultats positifs.
Notre président, Pervez Musharraf, a rencontré pour la première fois le nouveau Premier ministre indien, Manmohan Singh, récemment à New York. Les deux hommes vont se rencontrer une nouvelle fois très prochainement. Il y a des contacts au plus haut niveau politique et de l’administration.
●<B>Comment est-ce que cela se traduit au niveau de la population? </B>
Les efforts de paix ont encore plus de pertinence pour les populations des deux pays. Il y a aujourd’hui beaucoup plus d’échanges entre nos peuples dans le domaine culturel, économique et sportif. Mais il n’y a pas que les Indiens et les Pakistanais qui pourront profiter de cette détente.
Maurice, dont une grande partie de sa population est originaire de cette partie du monde, a tout à gagner dans la normalisation des relations entre l’Inde et le Pakistan. Maurice devra se tourner de plus en plus vers le trio Chine–Inde –Pakistan pour son développement futur. Les Mauriciens doivent venir découvrir le Pakistan, et voir dans quelle mesure nous pourrions influencer votre progrès.
<I>“Les Mauriciens doivent venir découvrir le Pakistan, et voir dans quelle mesure nous pourrions influencer votre progrès.”</I>
<B>Propos recueillis par Akilesh ROOPUN</B>
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