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Le calvaire de Sheila Padayachee

5 octobre 2004, 20:00

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Elle a tout perdu dans l?engrenage de la vente à la barre. Sa maison, son supermarché, ses parents et même sa fille. Celle-ci avait entamé une grève de la faim à la suite des nombreux revers de sa mère. Elle en est morte.

Sheila Padayachee a pleuré, hier, sa souffrance devant la commission d?enquête. Le douloureux récit de cette dame a ému plus d?un dans la salle. Sheila Padayachee a fait plusieurs emprunts totalisant quelque Rs 1,5 m pour un projet de supermarché à Vallée-des-Prêtres. Elle arrive à rembourser tant bien que mal ses dettes à la Mauritius Commercial Bank. Et elle honore une partie de ses dettes à la Banque de développement de même qu?au Sugar Insurance Fund Board.

Mais, faute d?une bonne stratégie de marketing, son supermarché ne prospère pas. Il faut lui trouver encore de l?argent pour acheter d?autres produits qui intéresseront davantage les habitants de la région. Et là, tout chavire. Elle rencontre un casseur qui accepte de lui prêter de l?argent assez rapidement.

Les premiers doutes surgissent après avoir signé le premier acte notarié pour sa première tranche de Rs 200 000. L?acte fait mention d?une période de remboursement d?un an alors que le casseur lui a promis plus de temps. Elle va aux nouvelles et le casseur la rassure.

Néanmoins, il ne respecte pas sa promesse et lui réclame le paiement des Rs 200 000 dans un très court délai. Sheila Padayachee, qui vit seule avec sa fille, est désespérée : ?Mo finn touffé are dettes. Mo pas cone ki pou faire.?

?Patrimoinn mo fami?

Elle sollicite un nouveau prêt. Mais pas de lumière au bout du tunnel. Les procédures de saisie sont enclenchées en novembre 94.

Sheila Padayachee réussit néanmoins à obtenir un renvoi pour six mois, le temps de vendre son morcellement. ?Ti patrimoinn mo fami e ti bizin fer tou pou sov li.?

Malgré ses efforts, elle ne peut honorer ses engagements avec l?avoué du créancier. Elle obtient, entre-temps, une injonction en cour. Mais malgré tout, ses biens sont vendus à la barre en 1997. Elle perd sa maison et son supermarché pour Rs 1 million. Sheila Padayachee ne peut entamer des pro-cédures pour l??outbidding?, faute d?argent.

Son récit est entrecoupé de sanglots. Sheila Padayachee n?oubliera pas le 22 mars 2001. D?abord, elle a deux mois pour quitter sa maison. Et c?est là qu?elle réussit à négocier pour une location. Une association l?aide à payer son loyer alors qu?elle paie Rs 5 000 pour le bureau d?un avoué. Un paiement qui sera effectué sans reçu.

Et voilà que ses nouveaux propriétaires la mettent à la rue. ? Bondie pas existe pou dimounn malheureux. Mone reste 58 jours à la belle étoile. C?est horrible sa souffrance qui monn viv là. Li ti extraordinaire ce qui monn viv?, raconte-t-elle en pleurant.

Elle se construit alors une bicoque et vit dans des conditions précaires. ?Dilo pe coule dans nou mange. Nou reusi viv car dimounn fer charite ek nou. Mais mem mo ti pe manz dilo douri, mo ti ena mo tifi. Mais la vie ine ale aster acauz sa bann problem la. Mo mama, mo papa, inn bien afecte. Pas sa ki pli grave : mo zenfan inn ale.? Sheila Padayachee réclame maintenant que justice lui soit rendue.

La DBM fait la difficile

Elle a obtenu quelques perches pour y construire une maison. Une marche de solidarité avait d?ailleurs été organisée pour elle dimanche afin de l?aider dans sa tâche.

Mais la Banque de développement (DBM) à qui elle doit aussi de l?argent fait la difficile. De même, d?autres se plaignent de la manière de faire de la DBM. Devant la commission d?enquête, une garante explique : ?J?ai demandé à plusieurs reprises si mon frère payait ses dettes. Sans compter que plusieurs de mes lettres sont restées sans réponse. Je veux retirer l?hypothèque de ma maison sur ce prêt.?

Elle suggère ainsi que la DBM emploie des debt collectors. ?J?avais garanti quelqu?un pour une machine à laver. Dès qu?il y a des retards dans le paiement, je suis avertie. Or, chez la DBM, il y a un manque de transparence total.?

Une autre présumée victime a montré Me Pazany Rengasamy du doigt hier. Elle allègue que ce dernier lui a réclamé Rs 200 000 pour des procédures d?outbidding.

De cette somme, l?avoué a payé quelque Rs 71 000 pour le dépôt, Rs 6 000 pour les frais et Rs 4 000 pour les frais de cour. Le reste de l?argent, lui rassure l?avoué, sera utilisé pour les frais d?enregistrement. Or, explique la présumée victime, sa maison a été vendue aux folles enchères car aucun paiement n?a été effectué par l?avoué. ?Mone perdi mo dibien, plis sa cais dépôt qui gouvernement retourne après l?achat.?

L?avoué Rengasamy conteste vivement cette version des faits. ? Je n?ai jamais reçu Rs 200 000 de cette personne. Je n?ai payé que le dépôt et pris Rs 6 000 pour mes frais. C?est un complot contre ma personne. Il est endetté jusqu?au cou. J?ai essayé de sauver ses terrains mais il n?a pas pu payer.?

D?autre part, le casseur, Lutchunsing Mathooransing, est venu déposer devant la commission, hier. Il a souhaité qu?un délai soit imposé aux avoués pour remettre de l?argent aux créanciers. La commission d?enquête ne lui a toutefois pas demandé des explications dans les cas où il a été mis en cause.

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