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A l?école de la réalité

4 octobre 2004, 20:00

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Qu?est-ce qu?on ne fait pas faire au cerveau humain ? One, two three? jusqu?à cent. Et on recommence en sens inverse. Tout cela d?une traite et presque tout de suite après l?hymne national qui annonce une nouvelle journée. Il y a ensuite l?épellation des jours de la semaine, en anglais.

One, two, three?Sous le nez de Miss Stéphanie Ramadou, 26 ans, il y a Germain à l?air soigné de premier de la classe. A la même table, la timide Ashiie perd parfois le fil de la récitation. Trop occupée à jouer à Ti fourmi avec sa voisine, Séverine, rieuse et costaude sous ses dreadlocks ordonnés. Une vingtaine d?élèves sur 30, étaient présents hier dans une des classes de Standard II de l? Emmanuel-Anquetil Government School, une école de la zone d?éducation prioritaire (ZEP), à Roche Bois.

?C?est un jour moyen. Les bons jours, on est 28 ou 29 ?, explique Miss Stéphanie qui a appris à jongler avec les données de son petit monde. Un élève arrive en classe, habillé d?un pantalon bleu et d?un t-shirt rose élimé ? ?Je ne lui dis rien. Je préfère qu?il vienne à l?école, uniforme ou pas.? Des crayons qui manquent ? ?Au début du deuxième trimestre, j?en ai acheté deux douzaines de couleur rouge car je ne peux pas tout le temps en demander au bureau. C?est vrai qu?il y a un stock, mais il faut partager avec toute l?école.? Un brin d?hésitation mêlée de réticence avant de confier : ?J?achète avec mon argent, j?investis dans ma classe.?

Au départ pourtant, ce n?est pas ce que Stéphanie Ramadou voulait spécialement faire. Etre prof, bof, cela ne l?effleure même pas. Mais il y a de ces hasards ? ou est-ce les chances ? de la vie. Ceux qui prennent le visage d?une multitude d?enfants. Au point où l?on s?attache en se façonnant de nouveaux rêves. Où l?on fait siennes les réalités d?une école de la ZEP?

Assise sur la table, Stéphanie en blouson de motocycliste, jean noir et sandales ressemble davantage à une étudiante qu?à un prof. Mais impossible de l?imaginer ailleurs que dans cette classe aux murs couverts de posters. Des tables de multiplication écrites de sa main. Des tableaux de conjugaison, des images de fruits et de légumes et leurs noms en anglais et français.

?Après mon HSC au collège de Lorette de Quatre-Bornes, j?ai suivi des cours de marketing.? Avec le recul, Stéphanie en rigole. Elle devance notre question : ?Comment passe-t-on du marketing au métier d?institutrice ?? Une longue histoire !

Le temps d?inscrire un exercice de maths au tableau et elle nous la raconte. ?J?ai toujours voulu être styliste mais j?ai des responsabilités à la maison.? Alors il faut travailler, gagner sa croûte, construire dans le concret. ?C?est ma maman qui m?a montré l?avis de recrutement d?instituteurs.? Stéphanie tente sa chance, montre de l?intérêt et décroche son premier poste à l?école Le Cornu, à Ste.-Croix, il y a trois ans.

?Une école comme une autre...?

A la fin de l?année scolaire, elle est transférée à Roche-Bois. ?Les a priori des gens, dès que je dis que je travaille dans cette région, m?agacent. On me demande comment je fais. Pourtant, c?est pas sorcier. Parfois, j?hésite à dire où je travaille. Et puis, je me dis à quoi bon. Même si c?est une école ZEP, c?est une école comme une autre.? Et mieux tenue peut-être, car Miss Stéphanie insiste pour que ses petits ne jettent rien par terre.

?Parfois ils ont des lapsus, ils m?appellent mamie. Dès qu?ils s?en rendent compte, tout le monde en rit.? Passant allègrement de l?anecdote aux choses sérieuses, Stéphanie partage avec nous ses appréhensions sur l?apprentissage du créole. Une langue qu?elle utilise pourtant naturellement avec ses élèves. ?Pour leur donner un coup de pouce car ils ont déjà du mal avec le français. Ils l?écrivent souvent phonétiquement avec la prononciation en créole.?

Stéphanie est tour à tour sévère pour confisquer un avion en plastique rouge, puis bienveillante pour s?assurer que la chétive Shellen, qui suit un traitement pour une maladie des os, a bien pris son sirop. Une prof-maman en effet?

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