Publicité
L’événement “L’Evénement” et la presse de qualité, peu lisible
Par
Partager cet article
L’événement “L’Evénement” et la presse de qualité, peu lisible
L’événement médiatique, en cette fin de septembre 1979, est la parution du bimensuel L’Evénement. Il se veut un “périodique d’information d’opinion et d’analyse”. M. James Clency Hurry est le coordinateur du comité de rédaction. On est surpris par le contenu substantiel de la publication, comprenant plusieurs articles d’opinion dont ceux signés par Prakash Neeroohoo (“La bataille de la compensation salariale” et une analyse de la convention ACP-CEE, intitulée “Le statu quo”). On y trouve aussi une réflexion sur la récente grève (référence sans doute aux grèves d’août 1979) qui se termine par l’ovation :- “Vive la lutte des travailleurs ! A bas le patronat et le gouvernement ! A bas la France et l’Amérique ! Vive le peuple de Maurice !”). Le dossier sur le “néocolonialisme français comme au bon vieux temps de la coloniale” occupe trois pages entières de format A3. Il comprend la répartition des 14 000 militaires français en poste en Afrique, dont 2 000 à la Réunion, 2 000 à Mayotte, 50 à Juan de Nova, 10 à Europa, 10 aux Glorieuses et à 10 à… Tromelin.
Henri Souchon y raconte le Centre Social Marie Reine de la Paix et rend justice à l’intuition géniale de Mgr Jacques Giraud. Ce dernier tient, dans les années 1950, à doter le Ward IV d’une salle d’œuvres, appelée à devenir “un lieu de rencontre, un espace de liberté et de gratuité”. Le CSMRDLP connaît son heure de gloire avec l’Etat d’urgence. A partir de décembre 1971, les meetings publics sont interdits par la police de Rewcastle Ramgoolam. Peu avant les élections législatives du 20 décembre 1976, Seewoosagur Rewcastle desserre l’étau liberticide. Les meetings sont autorisés mais en salle seulement. Mgr Margéot consent que les salles d’œuvres catholiques accueillent ces rassemblements politiques tant désirés. Le CSMRDLP devient le rendez-vous préféré des politiciens de tous bords. Il demeure, depuis, le lieu privilégié des conférences de presse et des rassemblements en tous genres. Consulter le registre de réservation des salles disponibles demeure le meilleur moyen de constater “de visu” la diversité de nos organisations. Une pièce de collection.
Un autre article intéressant de ce week-end. André Masson répond à la question : “Quelle littérature mauricienne ?” Masson parle de “culture mauricienne face à la littérature mauricienne”. Masson ne rejette pas toutes culture et littérature mauriciennes ne provenant pas du mauricianisme. Il se préfère à son essai paru dans “The Journal of the MIE”. Il accepte la définition qui fait de la “culture ce qui est propre à certains groupes humains à un moment donné de leur histoire”. Les Mauriciens ont des conduites qui se ressemblent et des cultures qui se séparent à un moment donné. On ne le dira jamais assez : la richesse culturelle de Maurice vient de sa diversité. Une transversale soude celle-ci. Il faut parler ici d’osmose.
Masson parle de certains aînés emprisonnés dans un naturalisme à la Flaubert. Il considère Hart comme un poète mineur mais assez encombrant pour asphyxier le romancier qu’il essaye d’être dans “Le cycle de Pierre Flandre”. Les thuriféraires ont tué Hart. Nul n’est condamné, à Maurice, à refaire Hart ou à se taire. Loys Masson et Malcolm de Chazal le dominent. Hart a le mérite d’avoir le plus contribué à l’interpénétration culturelle.
La génération littéraire suivante évolue. On ne peut plus parler d’une littérature du type mauricien. On peut seulement parler d’une œuvre littéraire rédigée par un Mauricien de naissance ou de cœur. Ainsi le Mauricien Maunick devient, à la suite de Senghor, le poète de la symbiose eurafricaine. Faisant référence à un conflit entre Cabon et lui, Masson conclut : “Les dimensions géographiques et culturelles de Maurice ne me permettent pas une large respiration.”
Tout cela est grand. Hélas ! nous n’avons pas, tous les jours, le temps voulu pour lire et digérer ce sublime. Nul n’y est obligé. Le lit, qui veut. Faut-il encore que quelqu’un quelque part indique à ce lecteur où trouver les sublimes pages d’une presse écrite mauricienne décidément trop riche pour les faibles lecteurs que nous sommes.
Publicité
Publicité
Les plus récents