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Le pétrole propulsé à plus de $ 50

28 septembre 2004, 20:00

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Le pétrole a franchi pour la première fois la barre des 50 dollars. Des craintes de perturbation de la production au Nigeria venant s’ajouter aux autres facteurs ont fait monter les cours de 55 % depuis le début de l’année. Le brut léger US, livraison en novembre, a atteint 50,47 dollars dans les transactions électroniques en Asie, un niveau sans précédent depuis la création de ce contrat en 1981. Il se maintient à 50,43 dollars, en hausse de 79 cents ou 1,59 % par rapport à sa clôture de New York.

À Londres, le baril de Brent de mer du Nord avait clôturé en hausse, de 60 cents à 45,93 dollars, après un record à 46,28. En termes réels, c’est-à-dire défalqués de l’inflation, les prix du brut sont maintenant proches des niveaux atteints pendant le choc pétrolier de 1973-1974, tout en restant nettement inférieurs aux records touchés pendant la crise des otages américains à Téhéran en 1979.

Le nouvel accès de fièvre du marché s’explique par une brusque montée de tensions au Nigeria, où des rebelles ont intimé aux compagnies étrangères de cesser leurs activités dans le delta du Niger avant le déclenchement d’une guerre “totale” contre l’État le 1er octobre. Des syndicats ont en outre brandi la menace d’une grève générale illimitée si le gouvernement n’annulait pas dans les 15 jours une hausse de 15 % des prix du carburant.

Le Nigeria, cinquième producteur de pétrole de l’Opep et septième exportateur mondial, extrait 2,3 millions de barils par jour. Royal Dutch-Shell Group y a déjà perdu 30 000 à 40 000 barils par jour à cause des restrictions de sécurité dans le delta, selon une source industrielle, et l’industrie pétrolière nigériane a annoncé que sa production d’août avait été réduite de 250 000 à 300 000 bpj, soit 10 %, pour protéger des installations vieillissantes. L’apparition de ce nouveau foyer de tension vient s’ajouter aux craintes de perturbation des exportations irakiennes et russes alors que les pays producteurs produisent à la limite de leurs capacités pour répondre à la forte croissance de la demande depuis 24 ans.

“Tous les ingrédients sont réunis pour une vraie explosion des cours du brut. Il n’y a absolument plus de mou sur la corde. Je vois bien les cours monter jusqu’à 52 dollars”, déclare Tony Nunan chez Mitsubishi Corp à Tokyo.

Le franchissement des 50 dollars faisait baisser la Bourse de Tokyo de 0,4 % en fin de journée tandis que le rendement de l’emprunt gouvernemental japonais à 10 ans atteignait un plus haut de six mois.

Les stocks de pétrole aux États-Unis, premier pays consommateur, sont déjà à des niveaux bas après la série d’ouragans et de tempêtes tropicales qui se sont abattus sur le golfe du Mexique. L’ouragan Ivan a à lui seul coûté 11 millions de barils de production depuis le 13 septembre et des capacités équivalant à 492 000 barils restent fermées.

La lenteur de la remise en service de ces installations devrait entraîner une nouvelle baisse des stocks américains alors qu’en cette période, ils sont censés augmenter pour parer à la demande hivernale. Les réserves américaines de brut sont actuellement inférieures de 13 millions de barils à leur niveau d’il y a un an. L’administration Bush a débloqué 1,7 million de barils de pétrole des réserves stratégiques fédérales la semaine dernière pour que les raffineries puissent rattraper une partie de leur retard, mais elle a clairement signifié qu’elle n’utiliserait pas la Réserve stratégique de pétrole (SPR) pour inonder le marché et faire baisser les prix.

“L’équipe économique du président suit la situation de près”, a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Trent Duffy, lundi soir après le franchissement des 50 dollars par le baril dans les transactions hors marché. “La SPR ne doit être utilisée qu’en cas de grave perturbation de l’offre et d’urgences physiques.” L’Organisation des pays exportateurs de pétrole, qui contrôle plus de la moitié des exportations mondiales de pétrole et produit actuellement près de 30 millions de bpj, un niveau sans précédent depuis la fin des années 1970, avoue son impuissance face à la montée des cours.

“Pour le moment nous ne pouvons rien faire. L’Opep a certes des capacités inemployées mais le marché ne réagit pas”, a dit à Reuters son président Purnomo Yusgiantoro, par ailleurs ministre indonésien du Pétrole. “Si les prix continuent de monter, cela pourrait mettre l’économie mondiale en péril.”

L’Arabie saoudite, premier producteur de l’Opep, a redit être en mesure d’augmenter immédiatement sa production d’un million de barils par jour, ce qui la porterait à 10,5 millions. Mais Ryad produit surtout du pétrole lourd et à forte teneur en soufre, alors que les raffineries américaines ont besoin de brut léger et à faible teneur – une qualité justement produite au Nigeria.

<B>Source : Reuters</B>

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