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Deepa Bhookhun, ingénieuse Krishna
Impossible Deepa. Une semaine à attendre pour pouvoir lui parler. Une semaine à jacasser à propos d?autres choses, tous les jours au boulot. Tout y est passé : répétitions, judiciaire, politique, flirts, grande passion. Combien de fois ne nous a-t-elle pas surprise en train de l?observer ? Nous étions toutes les deux dans une drôle de position. Une journaliste croquant une comédienne qui accessoirement est sa collègue. Exercice périlleux mais exigé par la situation. A partir de jeudi, Deepa incarnera Krishna, rôle principal de Mahabharat, the eternal conflict.
C?est tout naturellement que nous avons trouvé la solution : rester nous-mêmes. Toujours perchée sur ses talons, Deepa s?est remise à trotter, puis à courir entre la rédaction et le théâtre de Port-Louis. A séduire et à agacer. Car elle ne passe jamais inaperçue.
Silhouette aux formes pleines qu?elle essaie de faire maigrir depuis des années. ?Me mo gourma, mo kontan fer moi plezir.? Un corps drapé de noir qu?elle se fait un devoir d?habiller en blanc une fois la semaine. ?Mo mama irité avek sa. Mo siposé linn vinn enn reflex. Kan mo ti langleter, mo ti travail dan bann pub, donk mo bann linz sorti ti osi mo bann linz travay.?
Couche de vernis sombre qui ne fait jamais d?ombre au côté flamboyant de sa personnalité. Bagues énormes qui brillent sur ses doigts fins souvent dressés comme pour menacer. Maquillage généreux à la limite du too much, qu?elle retouche plusieurs fois par jour. Masque, façade ou protection ? ?Mo pense mo bizin tou le tan pare. Mo pa kone ki kapav ariv moi taler. Kan mo ti tipti, mo ti per pou koze, pou vinn divan dimoun. Mo ti pense ki zot pou riy moi.?
Deepa timide ? La bonne blague ! Comment imaginer que cette grande gueule qui arrive à débiter des chapelets de jurons, sans que cela soit véritablement offensant, puisse avoir des accès de réserve. Pourtant si, comme tout le monde évidemment. Sa force : accommoder son ?karma. Mo ena move karacter, me mo kroir dan lenerzi. Mo deteste bann dimoun ki apitoy zot lor zot sor. Kifer bizin perdi letan pou fer bann soi ??
Pour construire sa vie, Deepa se voyait en avocate. Après ses années de collège au Maurice Curé SSS, cap sur Reading puis sur Kingston upon Thames pour six ans. ?Sa mem ti pli bon lepok dan mo lavi.? Petit sourire espiègle pour avouer, ?Mo pa ti dan kour souvan,? avant de lâcher, ?mo ti pli kontan lavi liniversite plito ki liniversite la mem.? Mais vite, elle s?ennuie. Revient à Maurice à Maurice en décembre 2002. Deepa ne repartira pas. Elle qui avait décidé de suivre des cours de littérature anglaise prendra de l?emploi pendant un an chez Top FM. ?Mo finn ale lor enn kou tet. Mo ti kroir pou gagn formation.?
Forte personnalité
Au-delà des lois, Deepa apprend la vie. A gueuler contre les clients impatients des bars. A se faire respecter. Car avoir affaire à elle, c?est ne jamais perdre de vue les limites. Ne pas dépasser les frontières du respect.
Autant d?ingrédients qui expliquent en partie pourquoi Rajoo Ramana, metteur en scène de Mahabharat, the eternal conflict, a fait appel à elle. Quand Deepa parle de ?l?homme qui pleure sur scène,? l?émotion est palpable. Devant nos yeux défilent des images qui sentent bon l?enfance. Ces jours où son père Deepak répétait son texte tout haut à la maison. Un père souvent absent pour cause de passion artistique. ?MDL ena mem laz ar moi.?
Des souvenirs émus du ?top ladaptasion? de An Inspector Calls et de Toofann, tous deux joués en 1995. Avant que ne tombe le couperet nommé Krishna. ?Mo finn grandi avek enn zeneration dimounn ki pa ti esite pou fer sakrifis pou teat : mo papa, Rajoo, Gaston Valayden, Pamela Edouard, Tico Soupaya.?
Quand on doit remonter sur scène après neuf ans d?absence, fatalement arrive la crise de conscience. ?Ena de seminn, mo finn decide, soi li enn fiasco, soi mo met enn serie.? Et voilà Deepa qui emporte son texte partout où elle va. Qui finit par s?identifier à son personnage. ?Pou moi, se enn Machiavel, li koz gran koze mais li trike pou gagn la gerr. La fin justifie les moyens.? Prouve-le nous Deepa, jeudi.
LE RENDEZ-VOUS
Mahabharat, the eternal conflict
■ Pour ses 25 ans, la Mauritius Drama League présente Mahabharat, the eternal conflict, pièce en cinq actes de Bhishmadev Seebaluck. Elle sera à l?affiche au Théâtre de Port Louis du 30 septembre au 9 octobre à 20 heures. Prix des places : Rs 150. Ils sont en vente à l?agence Immedia, au guichet du théâtre et à la Librairie Le Printemps.
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