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Maurice : destination main dans la main

26 septembre 2004, 20:00

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Barbara frisonne dans le hall d?entrée. Les épaules rentrées sous son grand pull gris, elle se serre un peu plus contre Eric sur le canapé à rayures bleues. Lui, jeune marié attentionné, s?arrête immédiatement de remplir la fiche d?enregistrement de l?hôtel. Il lui prend la main et murmure : ?C?est bientôt fini, ma chérie.? Onze heures d?avion ont laissé des traces visibles de fatigue sur la frêle Lyonnaise venue se ressourcer chez nous.

Les mêmes clients, le lendemain au petit-déjeuner. ?J?ai dormi comme un bébé.? Barbara est rayonnante dans sa robe d?été vaporeuse. Amoureuse et comblée, ses petites savates à paillettes bleues touchent à peine terre. ?Maurice, ça faisait longtemps qu?on en avait envie. C?est Eric qui en a eu l?idée. Il disait qu?il voulait m?emmener au paradis.?

Lui, nettement moins loquace que sa femme, se contente de sourire. Inconsciemment, les doigts d?Eric s?enroulent autour de son alliance toute neuve. La fait glisser jusqu?à la première phalange avant de la replacer. Cela fait à peine deux semaines qu?il a passé la bague au doigt de Barbara. Pour la vie, ?croisons les doigts.?

?Au fait, tu oublies qu?on a failli aller à la Réunion.? Ça, c?était le voyage de noces que voulaient leur offrir les parents d?Eric. Mais pas question de ?visiter encore un bout de France, même si c?est très agréable de tomber sur les gens d?ici qui parlent un français impeccable.? Sans complexe, ils affichent leur bonheur. Boivent dans le même verre, se font des sourires et des câlins au bord de la piscine, à table ou sur la piste de danse. Effet miroir. A l?autre bout du restaurant, des mots en allemand sonnent plus fort que la musique.

Les frissons des sports nautiques

Un petit nuage passe sur le bonheur de Nicholas et Hilda. Arrivés depuis une semaine, ils nous expliquent, dans un anglais hésitant, qu?ils sont chez nous pour les frissons des sports nautiques : ?On voulait des vacances actives, pas rester cloîtrés dans notre chambre.?

Nicholas, qui a de la suite dans les idées, ajoute : ?C?est aussi pour le frisson d?être avec toi.? Jolie pirouette d?un mari qui a quelque chose à se faire pardonner. Le grand sourire de Hilda semble être la meilleure des absolutions. Les mots en allemand reprennent de plus belle? signe qu?il est temps de ne plus empiéter sur leur intimité.

?Dépaysement,? ?rêve,? ?pays lointain? sont les morceaux choisis du vocabulaire du plaisir, qui reviendront le plus souvent chez les visiteurs sondés samedi, sur le littoral nord. Des mains posées de manière possessive, sur des épaules ou des tailles fines, sont les gestes qui réapparaîtront le plus fréquemment. Autre élément déterminant : le beau temps. ?Où est-il aujourd?hui ?? demande Hervé, boute-en-train, la cinquantaine poivre et sel bien conservée. Depuis le réveil, ce Belge d?origine italienne guette le moindre rayon de soleil.

En attendant que passe la pluie, il triche de manière éhontée à la partie de cartes qu?il a proposée à des compatriotes rencontrés à Maurice. ?Ici, on est voisin de chambre, à Namure, on ne s?était jamais croisés.?

Pendant que Sibylle et Geneviève, les épouses, se découvrent des amis communs, Hervé en profite pour jouer plus qu?à son tour. Histoire de se faire pardonner, il lance, ?Mais on nous a menti, on nous avait garanti qu?il y avait du soleil ici pratiquement tous les jours de l?année.?

Tout oublier et penser à soi

Sibylle, qui s?était réfugiée un instant derrière la biographie de Françoise Sagan par Christine Ockrent, l?apaise en lui faisant remarquer : ?N?empêche que t?étais quand même bien content quand les enfants nous ont proposé de venir. On n?aurait jamais pensé qu?ils se cotiseraient tous pour nous offrir ce voyage.? Trente ans qu?ils vivent ensemble, Hervé et Sibylle. Alors pour fêter ça, leurs trois enfants leur ont offert une ?deuxième lune de miel? chez nous. ?Ils voulaient qu?on oublie tout, qu?on pense un peu à nous.?

Jim et Julia ont aussi le sens de la famille. Le dos rond, la taille un peu épaissie, l?Américaine porte fièrement son deuxième enfant sur le ventre. D?une main vive, elle retient Harvey, 6 ans, qui, malgré la pluie, veut faire trempette dans la piscine. ?Depuis qu?on a des enfants, on n?avait plus eu de vacances. A chaque fois, il y a avait un pépin de dernière minute?, explique Jim, en s?enfonçant un peu plus dans le fauteuil aux coussins moelleux. ?Soit l?un d?eux tombait malade, soit on avait besoin de l?argent du voyage pour payer autre chose.? Depuis trois jours qu?il est là, Jim sait déjà qu?il reviendra. Il ne lui reste plus qu?à convaincre Julia.

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