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En bref
<B>Le théâtre de la cruauté</B>
Ces images donnent l?impression d?avoir déjà été vues, et pour cause. Abou Moussab Al-Zarkaoui, le chef du groupe Unification et guerre sainte qui se réclame d?Al-Qaida, ne varie guère ses mises en scène. Cinq hommes vêtus de noir, le visage dissimulé par une cagoule, sont debout derrière un otage, agenouillé, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos, qui porte une sorte de tunique orange rappelant celle des prisonniers de Guantanamo. Cette fois l?otage s?appelle Eugene « Jack » Armstrong. Il est américain et travaille pour une entreprise de construction, Gulf Supplies and Commercial Services. Il a été enlevé le 16 septembre en plein centre de Bagdad.
Les quatre hommes habillés de noir portent des fusils-mitrailleurs. Le cinquième, placé au milieu, immédiatement derrière l?otage, lit un texte qui est une sentence de mort. Puis il sort un couteau de sa veste, et tranche la gorge de l?otage. Il finit par détacher complètement la tête du corps et la pose devant la caméra. La plupart des chaînes de télévision qui ont diffusé cette vidéo ont censuré les dernières images.
Le personnage central affirme que les deux autres otages enlevés le 16 septembre, qui travaillaient pour la même entreprise de construction, l?Américain Jack Hensley et le Britannique Kenneth Bigley, seront exécutés si « les Irakiennes prisonnières à Abou Ghraib » ne sont pas libérées. Le problème est qu?il n?y a apparemment aucune femme détenue à Abou Ghraib. L?épouse de Jack Hensley a demandé aux ravisseurs de libérer son mari,
<B> « un homme simple et généreux qui aime les Irakiens ». </B>
On a le sentiment désormais que les exigences du groupe d?Al-Zarkaoui sont faites un peu au hasard, ou au gré des circonstances. Elles sont accessoires en quelque sorte. Le but n?est pas d?obtenir quoi que ce soit, mais de terroriser les étrangers. Ces otages ne sont pas destinés à servir de monnaie d?échange, comme c?était le cas pour les dix-huit membres de la Garde nationale, libérés à grand renfort de publicité. Il n?est pas question de demander le versement d?une rançon, alors que cette pratique connaît un développement fulgurant en Irak.
Les otages qui tombent entre les mains d?Al-Zarkaoui ne sont que des figurants dans une sorte de théâtre de la cruauté dressé à l?intention des téléspectateurs du monde entier.
<B>Cats Stevens interdit aux USA</B>
Être musulman et avoir pour nom Islam, est-ce une condition suffisante pour susciter la terreur et le réflexe sécuritaire ? Le 21 septembre, le vol 919 d?United Airlines, qui se dirigeait vers Washington en provenance de Londres, a été détourné vers le Maine. Un de ses passagers, Yusuf Islam, a été débarqué et immédiatement interrogé par les autorités fédérales, en vue d?être renvoyé en Grande Bretagne.
Selon United Airlines, la compagnie avait été priée par la Sécurité des Transports (TSA) américaine d?écarter l?avion du couloir aérien Nord-est, après avoir constaté la présence à bord d?un passager figurant sur les listes d?interdiction de territoire des autorités fédérales.
Le vol est reparti avec les autres passagers vers l?aéroport international Dulles, où il a atterri après avoir passé quatre heures à Bangor dans le Maine. Avec un soupçon de jugeote et de culture pop, les autorités américaines auraient pu deviner la véritable identité de Yusuf Islam : c?est le nom que s?est choisi le chanteur Cat Stevens, 56 ans, lors de sa conversion à l?islam fin 1977. Star mondiale de la chanson, il a composé des grands « classiques » comme My Lady D?Arbanville. Père de cinq enfants, il avait fondé, à Londres en 1983, une école d?enseignement islamique classée, depuis 1997, dans la catégorie très officielle d?établissement d?État.
Abandonnant sa guitare et portant une longue barbe noire et des petites lunettes rondes, Yusuf Islam tient des propos de lettré musulman, respectable et pondéré. S?il a naguère soutenu la fatwa qui touchait l?écrivain Salman Rushdie, il avait dénoncé sans ambiguïté les attentats du 11 septembre 2001 « ce carnage incompréhensible qui n?a rien à voir avec les croyances de la plupart des musulmans ». En 2003, la guerre d?Irak le fait sortir de sa réserve musicale : il réenregistre dans un studio de Johannesburg le célèbre Peace Train, qui figurera sur un album élaboré au profit de l?association War Child : « Le train de la paix sort des ténèbres, que tout le monde saute à bord ! ».
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