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Comment vivre avec ses vieux
«Nos parents nous ont élevés, nous ont aidés à devenir ce que l?on est, ont gardé nos enfants, alors quoi de plus normal que nous veillons sur eux quand ils deviennent vieux et qu?ils ont besoin d?être entourés. » Ce discours, nous l?entendons mille fois autour de nous. Quoi que l?on dise, les Mauriciens ont encore le sens de la famille. Prendre en charge ses aînés, est considéré comme étant un juste renvoi d?ascenseur.
Cela dit, ce n?est jamais facile de vivre avec un parent âgé. On aime ses parents, on leur est reconnaissant pour tout ce qu?ils ont fait pour nous, on tient à les accompagner dans leurs vieux jours? tout ça part d?un bon sentiment, mais il ne faut pas se leurrer. « Cette prise en charge nécessite toute une organisation », insiste Veenoo Basant Rai, Medical Director à la sécurité sociale.
<B>Se transformeren chef d?orchestre</B>
Il y a d?abord plusieurs types de dépendance. Certains ne peuvent plus sortir faire leurs courses ou préparer les repas. D?autres ne peuvent plus se laver, s?habiller. Il y en a même qui n?arrivent pas à se lever, s?asseoir, ou se coucher seul. « Et il faut aussi s?occuper de leurs besoins psychologiques, car une personne âgée qui est anxieuse, et qui sent qu?elle ne fait plus partie de la vie active, peut facilement sombrer dans la dépression », ajoute la Medical Director.
Comment conjuguer ce désir de s?occuper d?un vieux parent, de continuer à travailler, d?avoir une vie privée, et de respecter son budget parfois serré? ? Quitter son emploi ? Déménager pour se rapprocher de la personne âgée ? La prendre chez vous à la maison ?
Il faut alors se transformer en véritable chef d?orchestre : identifier ses besoins, voir ce qu?elle peut faire seule en toute sécurité, voir en quoi il lui faut une aide, décider s?il faut faire appel à quelqu?un pour s?occuper d?elle. Parfois, il est même nécessaire de réaménager la maison pour la rendre plus sûre. « Il suffit de quelques détails pour se faciliter la tâche. Un parent qui s?énerve sans cesse ne demande peut-être que plus d?attention. Un autre qui ne mange pas a peut-être des problèmes dentaires », explique Veenoo Basant Rai.
Pour les enfants qui s?en occupent, qu?on qualifie aussi de « carers », il est important qu?ils reconnaissent leurs limites, et qu?ils fassent appel à la solidarité familiale pour souffler un peu.
« Sinon, c?est le burn out », prévient le médecin. La plupart du temps c?est vers l?âge de cinquante ans, au moment où l?on aspire à un peu de tranquillité, qu?on se retrouve face au problème de dépendance des parents. Les chiffres montrent que la plupart du temps, ce sont les filles qui assument le rôle de carers.
<B>La tâche est rude</B>
En principe chaque enfant devrait participer à la prise en charge des parents, aussi bien financièrement que dans les petits gestes de la vie de tous les jours. Mais dans la réalité, c?est souvent un seul enfant qui se charge de tout. Il peut s?agir d?une question de proximité géographique. Les revenus pèsent également dans la balance. Parfois, il est plus facile qu?un enfant célibataire s?occupe du parent. Le caractère et le tempérament entrent aussi en ligne de compte.
Malheureusement il y a souvent un sentiment d?injustice. L?enfant qui prend en charge se sent souvent lésé. L?idéal, c?est de mettre les points sur les i dès le début.
La tâche est rude, psychologiquement, physiquement, et financièrement. Il faut de la patience pour accompagner un parent âgé. « Il faut aussi de la compréhension. Après tout, la personne âgée a des habitudes, des besoins spécifiques », rappelle Veenoo Basant Rai.
Si l?on ne comprend son besoin de sécurité, si l?on décide à sa place alors qu?elle est encore lucide, si on l?engueule à tout bout de champ, bref si on ne sait pas gérer tout ça, tout le monde risque d?être malheureux.
<B>Tonio, employé dans la fonction publique</B>
Tonio, 52 ans, vit avec ses parents Mary et Henri qui viennent de fêter leurs noces de diamant. Tous les enfants ont choisi d?habiter à côté ou ont construit dans la cour des parents pour rester unis. « Au départ, nous avons tous volé de nos propres ailes, nous sommes allés louer ailleurs, mais nous sommes revenus au bercail pour reconstituer la famille. » Tonio considère que ses parents ont beaucoup trimé pour que leurs enfants réussissent et que c?est au tour des enfants aujourd?hui de prendre soin d?eux et de les encadrer. Il ne voit pas la prise en charge difficile, vu qu?ils sont à plusieurs. « Parfois ils râlent, ils ont tendance à penser que le passé était mieux, et que nous ne savons rien, mais on ne leur en veut pas. Ils ont eu une vie difficile, mais ils ont persévéré. On ne va pas se plaindre au moment où ils ont besoin de nous. »
<B>« Ptits vieux », mode d?emploi</B>
<B>Au niveau de la maison </B>
- Placez des veilleuses
pour faciliter les déplacements la nuit. Les personnes âgées oublient parfois d?éteindre le gaz, préférez donc une plaque électrique.
-
Rangez les objets qui empêchent une circulation aisée.
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choisissez un trousseau de couleur vive pour ses clés. Placez bien en vue un carnet d?adresses avec tous les numéros qui peuvent lui être utiles : le vôtre, celui des pompiers, du Samu, du voisin?
<B>Au niveau relationnel</B>
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Respectez votre parent âgé. Ne parlez pas de lui comme s?il était absent. Ne décidez pas pour lui, ne lui donnez pas l?impression qu?il n?est plus maître de sa vie.
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Ne lui montrez pas que vous êtes exaspéré, par exemple, lorsque vous lui changez ses couches. Dédramatisez pour lui et pour vous.
-
Intéressez-vous à lui lorsqu?il se plaint. Cela le réconfortera. Quand il vous provoque, ne polémiquez pas. Cela risque de se terminer en larmes et vous vous sentirez coupable. Court-circuitez plutôt son agressivité en le faisant parler de lui. Laissez-lui les moyens d?être autonome, dans la limite de la sécurité.
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Ne mettez pas l?accent sur ses faiblesses en lui disant des choses du genre, « je te l?ai dit dix fois ».
-
Communiquez par les gestes. Cherchez des moyens pour combler sa solitude?
<B>Je vais craquer?que faire ? </B>
Vous avez des sentiments contradictoires. Tantôt vous êtes enthousiaste, tantôt vous flanchez. Vous avez le droit d?être exaspéré. C?est normal que vous soyez déboussolé quand vos parents, vos protecteurs deviennent vos protégés. Vous craignez pour l?avenir, de ne pas assez faire, vous avez peur de la réaction de votre conjoint ou conjointe. Tout cela est normal, essayez de comprendre la raison de ces sentiments pour pouvoir relativiser. Ne vous laissez pas abattre s?ils sont agressifs, mettez plutôt l?accent sur les aspects positifs. Ménagez-vous.
À vouloir tout prendre sur vos épaules, vous risquez votre santé. Reconnaissez plutôt vos limites, faites-vous aider par d?autres pour que vous ayez des moments à vous. La prise en charge des personnes âgées dépendantes , un ouvrage de Florence Le Bras peut vous guider. Il est en vente au Bookcourt.
<B>Témoignages
Deven, employé dans un hôtel</B>
Deven a travaillé à l?étranger pendant deux ans. Pour que sa femme ne soit pas seule à a maison avec les enfants, sa belle-mère qui est veuve, est venue s?installer chez eux et n?est jamais repartie. Deven a beau souhaiter par-dessus tout le bien-être de la vieille dame, mais il en a beaucoup bavé.
« Kan linn koumans pa tende, sak fois ki nou koze, li kroir ki nou pe koz so koze, li ankoler. » Quand ils prévoyaient de sortir et de la laisser avec quelqu?un d?autre, elle faisait ses besoins dans le lit, ne mangeait plus?
« Li pas so letan koz menti, li fer li pass kouma enn viktim avek dimounn etranze. » D?autres enfants se sont appropriés la maison de la mère, mais ne venaient plus voir cette dernière. Aujourd?hui qu?elle est morte, Deven se demande s?il pourra encore rattraper tout ce qu?il a raté lui et sa famille.
<B>Shalini, enseignante</B>
Shalini s?est occupée de ses parents quand ils ont commencé à vieillir et à tomber malades. Pourquoi l?a-t-elle fait, alors qu?elle a des frères et une s?ur? « La situation s?y prêtait. D?abord je suis célibataire, et vivre avec eux me faisait de la compagnie, et puis après mes études en Angleterre, je suis retournée vivre avec mes parents. Qui plus est je suis enseignante, et j?ai donc plus de temps libre. » La prise en charge n?a jamais été un poids pour Shalini car la famille avait les moyens de se payer une bonne et une aide-soignante.
« C?était parfois dur le soir, parce que je ne pouvais pas sortir. Mais un de mes frères me donnait un coup de main en faisant le chauffeur pour les parents. J?ai également une s?ur qui vit en l?Angleterre, et qui est revenue à Maurice pendant que moi j?ai voyagé. »
La solidarité familiale et les possibilités de se faire seconder ont soutenu Shalini qui avoue que les personnes âgées sont souvent têtues.
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