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Sheela Padayachy : « Je veux situer les responsabilités »
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Sheela Padayachy : « Je veux situer les responsabilités »
«Les intimidations et les menaces de poursuite en diffamation ne me font pas peur. J?attends avec impatience le jour où j?irai déposer devant la commission d?enquête sur la vente à la barre. » Pour Sheela Padayachy, femme d?affaires aujourd?hui ruinée, témoigner devant la commission d?enquête sur la vente à la barre a bien plus qu?une valeur symbolique. Elle entend « situer la responsabilité de tous ceux qui ont utilisé le système de vente à la barre pour me transformer en une mendiante ». Et obtenir réparation.
La descente aux enfers de Sheela Padayachy débute le 28 décembre 1992, jour où elle encaisse la première tranche d?un prêt accordé non pas par une institution bancaire mais par un prêteur. Le besoin d?argent pour assurer une relance des activités de son supermarché situé à Vallée-des-Prêtres est tel qu?elle ne prend pas le temps nécessaire pour examiner dans leurs moindres détails les conditions du prêt.
Il s?agit, entre autres, du taux des commissions à verser au courtier du prêteur, de la formule utilisée par celui-ci pour percevoir sa propre commission, du taux d?intérêt calqué sur celui des banques sur les prêts. Sont aussi mentionnés : les honoraires de l?avoué, les frais d?enregistrement, le versement du prêt par tranche et l?application des conditions précitées à chaque fois qu?un nouveau versement est effectué.
Cette entrée dans le monde impitoyable des prêteurs va lui coûter très cher. Cinq ans après, elle est déjà une femme ruinée : « Mone lors la paille ». Son patrimoine, constitué d?un supermarché, d?une résidence dans un bâtiment d?un étage et de terrains, est saisi et vendu à la barre.
<B>« Conserver la mémoire de mon unique enfant »
Mais le coup de grâce viendra avec la perte, dans la foulée, de son unique fille, Rubina. Celle-ci n?a pas le courage d?assister à la déchéance de sa mère et à l?effondrement du patrimoine immobilier et financier de sa famille. Elle choisit d?avancer l?heure de sa mort. Deux mois après avoir commencé à se priver volontairement de nourriture et d?eau, Rubina s?éteint le 26 mai 2003.
Rubina, raconte Sheela, faisait un stage de journalisme dans un hebdomadaire. Elle aurait eu trente ans cette année. Elle aurait sans doute terminé des études en astrologie, sa passion.
« Lorsque les travaux de la commission prendront fin, je demanderai au gouvernement d?ériger une statue en l?honneur d?une des premières victimes de la vente à la barre. Je ferai tout pour conserver d?une façon ou d?une autre la mémoire de mon unique enfant. »
Aujourd?hui, Sheela Padayachy n?est plus que l?ombre d?elle-même. Celle qui vivait confortablement à Vallée-des-Prêtres, loge dans une masure construite sur une portion de son propre terrain saisi par une banque. Cette bicoque d?une pièce a été construite avec l?aide, entre autres, de Caritas île Maurice, une institution charitable. « Il m?arrive de mendier pour vivre. Je dispose d?à peine Rs 1500 par mois. »
Chaque matin, elle a un regard pour la belle maison qu?elle occupait du temps où ses affaires étaient florissantes, où elle faisait le va-et-vient entre Maurice et les pays du Sud-Est asiatique.
La saisie de ses biens n?a pas eu raison de sa rage de vivre. Seule l?évocation du nom de son enfant peut encore la faire craquer. « Mon seul espoir, c?est que cette commission d?enquête mette en lumière les agissements de ceux qui profitent du système de vente à la barre pour écorcher leurs victimes. »
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