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La standardisation de la graphie du créole examinée

24 septembre 2004, 20:00

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Grande première pour le pays : le gouvernement analyse un rapport officiel sur la standardisation de l?écriture de la langue créole mauricienne.

Le document, intitulé Grafi-larmoni, a été étudié hier au Conseil des ministres. Il sera rendu public la semaine prochaine par le ministre de l?Education Steven Obeegadoo.

Le rédacteur principal du rapport, le professeur Vinesh Hookoomsing, Pro vice-chancelier de l?université de Maurice, souligne que ses propositions sont évolutives. Pour assurer leur suivi, il suggère la création d?un comité.

Commandé le 31 mars par le gouvernement, ce rapport vise à offrir une seule graphie du créole.

Il traduit le désir du gouvernement d?utiliser cette langue dans le système éducatif comme outil d?apprentissage, voire comme discipline.

Cette dernière option avait d?ailleurs été évoquée par le Premier ministre Paul Bérenger. Le cadre s?y prêtait puisque le débat sur la comptabilisation des langues orientales aux examens du Certificate of Primary Education faisait rage en ce début d?année. Certains militaient alors pour l?introduction de la langue créole comme matière.

Reste maintenant à voir quel destin réservent les décideurs aux recommandations de Vinesh Hookoomsing et de ses collaborateurs. Le contexte, marqué par les élections générales avec leur longue campagne à venir, est particulièrement sensible.

Premier constat qui ressort du rapport, la graphie proposée ne vise pas à imposer de manière ferme une manière d?écrire le créole. Il souligne l?importance de garder la langue créole vivante. « L?orthographe standard proposée évoluera avec le temps et l?usage ainsi qu?avec le développement de la norme de l?écriture du langage créole mauricien. (?) il devrait être considéré comme un système dynamique et flexible », souligne Vinesh Hookoomsing.

Il estime que son application dans les écoles est un stimulant et verra l?introduction et l?adaptation de nouveaux mots et terminologies. Ceux-ci devront être validés. La mise sur pied d?un organisme pour suivre l?évolution de la langue, plus spécifiquement sous sa forme écrite, s?avère donc nécessaire.

créole et éducation

L?introduction du créole écrit dans l?éducation « entraînera inévitablement une révision dans la politique des langues ». Son utilisation dans les écoles mauriciennes posera plusieurs problèmes.

D?une part, la graphie ne pourra être introduite rapidement. Il faudra préparer un programme d?études, des matériaux pédagogiques, des dictionnaires, et des programmes de formation pour les enseignants.

Mais, les obstacles ne s?arrêtent pas là. Ils s?étendent à la politique et au social. « Les possibilités de bénéficier de la contribution de l?étranger sont limitées, tout comme le sont nos propres ressources et facilités. Même si nous avions toutes les exigences linguistiques et éducatives, le nuage noir de la politique des langues menace toujours et pourrait, à n?importe quel moment, emporter les plus belles intentions ».

Les implications sociales de l?introduction d?une graphie créole devront être étudiées. Dans un système scolaire comprenant le gouvernement, le confessionnel, les Zones d?éducation prioritaires, le privé et les écoles internationales, « la langue peut être un instrument puissant d?inégalité ». Sans l?écrire, le rédacteur semble appréhender le développement d?un système éducatif inégal ou des revendications pour d?autres langues.

Pour élaborer le rapport, un travail de fourmi a été fourni, allant jusqu?à se référer à des documents datant du 18e siècle.

Vinesh Hookoomsing a bénéficié de la collaboration de quatre linguistes et pédagogues. Ils sont Arnaud Carpooran et Daniella Police-Michel de l?Université de Maurice et Rada Tirvassen et Nita Rughoonundun du Mauritius Institute of Education.

<B>Conventions sur l?écriture</B>

En plus des lettres, le rapport traite des conventions sur la ponctuation et autres symboles. Les rédacteurs proposent qu?un comité technique soit mis sur pied pour se pencher sur ces questions.

Trait d?union : Il est déjà utilisé pour ponctuer un mot (tifi-là), et pour certains types de mots composés (karo-kann). Les mots combinés avec le diminutif « ti » sont également sujets à la règle (ti-baba, ti-pima). Il s?applique également lorsqu?il y a répétition consécutive d?un mot (mars-marse, bat-bate)

Ponctuation : la ponctuation anglaise un avantage de taille sur la française : elle est utilisée plus largement parce que l?anglais est le langage écrit officiel de l?administration. Il est donc proposé que la ponctuation pour l?écriture créole soit basée dessus.

L?apostrophe : Vinesh Hookoomsing prône le maintien de l?utilisation de l?apostrophe pour différentes formes d?élision. Par exemple : mo?n koz ar li, li?a koz ar twa, nu ti?a kontan swenn twa.

Nombres, heures et années : leur combinaison dans l?écriture de la langue créole reproduit un nombre de variations basées sur la prononciation française. Par exemple : enn er, dezer, katrer, dizan

Noms et noms propres : ce point est probablement le plus difficile à traiter. Jusqu?à maintenant, les noms d?endroits, étaient adaptés au créole. « Quelle serait la réaction à une proposition recommandant que les noms des gens devraient également être écrits selon les normes et convention de la graphie harmonisée ?», s?interroge le rapport.

<B>Les propositions du rapport Grafi-larmoni</B>

La graphie proposée prend fortement appui sur le créole parlé. Pour exemple, meeting, devient miting et clou devient koulou. Voyelle devient vwayel et raisin rezin.

Les accents graves, aigus et circonflexes ne font pas partie de la graphie proposée. Depuis longtemps, les accents n?étaient déjà plus appliqués par les différentes écoles de pensées.

Le « gn » a été conservé (gagn, kompagn). « Ou » est proposé à la place de « u ». L?équipe Hookoomsing estime cependant qu?il faut rester flexible sur ce point. Utiliser le « u » ne doit pas considéré comme une erreur. Le « x » a la valeur de « ks » comme dans taxi, sex, et équivaut à la prononciation « gz » (lexame, exose). « xs » est proposé pour des raisons de compréhension. Exit devient ainsi exsite. « ? » est un nouveau symbole, équivalent à la prononciation anglaise de « er », comme dans leader. Il trouve son origine dans des mots anglais utilisés dans le créole. Par exemple : g?rlfrenn (girlfriend), marst?r (master), ou encore ofis?r (officer). Toutefois, le symbole « ? » est inclus à titre d?essai uniquement.

Le « w » était utilisé dès le départ. C?est ce que propose le rapport. Huit devient wit, le roi lerwa. La Grafi Legliz hésite entre « w » et « ou », parce que le « w » rend le mot étrange pour un lecteur habitué à la graphie française. En revanche, l?utilisation du « ou » a parfois comme résultat que trois voyelles sont utilisées dans une séquence. Voici quelques exemples : Louin (loin), soue (souhait), mouins (moins). Ce n?est donc pas l?idéal, estime le rapport.

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