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Quand l?incertitude engendre le pessimisme
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Quand l?incertitude engendre le pessimisme
Les costumes gris des hommes d?affaires décolorent sur la mine et le moral de tout le pays. Les paramètres économiques sont négatifs, l?avenir est sombre et flou, le pessimisme s?affiche dans le milieu des affaires, envahit toute la population. La consommation s?essouffle, les prix à l?importation augmentent, l?emploi est menacé, les piliers de l?économie s?effritent. Dans ce contexte, les spéculations sur le prochain budget s?emballent déjà.
Le gouvernement aurait en effet arrêté son choix et défini sa stratégie : il présentera un budget anticipé en avril et organisera des élections générales en août-septembre 2005.
Le pays est entré en période préélectorale. La rubrique politique redevient la préférée des Mauriciens et des chefs d?entreprise. Depuis quelque temps déjà, ils s?intéressent davantage aux man?uvres des partis en présence qu?aux taux de change. La politique l?emporte sur la politique monétaire. Encore que l?une et l?autre ne soient pas si éloignées qu?il n?y paraît?
L?intérêt des décideurs économiques pour la politique n?est certes pas anormal. L?homme d?affaires avisé veut savoir de quoi demain sera fait avant de prendre une initiative importante. D?ici les prochaines consultations populaires, l?attentisme prévaudra. Aucune décision stratégique ou significative ne sera prise. L?investissement attendra.
Le climat de flottement que crée l?approche des prochaines élections et l?expectative que suscite un budget prématuré viennent brouiller davantage un horizon encombré d?incertitudes, tant sur le plan local qu?international.
Le présent et le court terme offrent déjà peu d?occasions de se réjouir. La zone franche va mal. Les fermetures d?usines et les licenciements se multiplient. Le chômage reste élevé, quelle que soit la méthode de calcul. Le nombre de touristes stagne. L?inflation repart. L?investissement privé se fait avec parcimonie. Les prévisions de croissance économique sont révisées à la baisse.
A ce sombre tableau vient s?ajouter un manque de visibilité, de possibilité d?anticipation à moyen terme, pour les principaux piliers de l?économie.
Structurellement, le modèle de développement économique basé sur les préférences commerciales est remis en question. La restructuration et l?ajustement aux nouvelles donnes du commerce sont un processus pénible.
L?abolition des quotas en janvier 2005 fait craindre le pire pour l?industrie du textile-habillement. Les plus optimistes, eux, veulent croire que le plus mauvais est derrière nous. Ils prennent pour preuve l?accalmie actuelle au niveau des fermetures d?usines et la hausse des exportations enregistrée au cours des premier et second trimestres.
Pour d?autres, il ne s?agit que d?une trêve, car des fermetures d?usine, et non des moindres, sont à prévoir l?année prochaine. Ils font également ressortir que la hausse de la valeur des exportations de textile-habillement est partiellement attribuable à un taux de change plus favorable.
De plus, la croissance du chiffre d?affaires d?une seule entreprise explique presque à elle seule la hausse enregistrée dans la valeur des exportations de ce secteur.
Au niveau de l?industrie sucrière, le prix du sucre va baisser. Et ce, en dépit du sursis que peut nous accorder le calendrier de travail de l?Union européenne et de l?Organisation mondiale du commerce, et malgré l?espoir d?arracher un délai plus long grâce au lobby mauricien et des autres pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique.
Les revenus de l?industrie sucrière vont diminuer, impactant sur sa rentabilité et sur la croissance du produit intérieur brut. Le gouvernement et le secteur privé multiplient les initiatives pour restructurer ce secteur. Mais les gains en productivité et en efficience ne sont pas illimités.
L?industrie touristique, la seule porteuse d?espoir jusqu?ici, stagne. La nouvelle volonté affichée par le gouvernement de requinquer la campagne de marketing de la destination Maurice est la bienvenue. Il reste à savoir quand ce «special marketing plan» sera exécuté et quelle en sera l?efficacité.
Des facteurs externes, tels que la hausse du prix du pétrole et les élections présidentielles aux Etats-Unis en novembre, sont autant d?autres inconnus qui risquent d?influencer l?économie du pays.
<B>La consommation souffre</B>
Cette conjonction de paramètres économiques négatifs et d?un avenir hostile et incertain explique sans doute le pessimisme ambiant relevé par le baromètre PluriConseil-l?express, publié mercredi. Les analystes interrogés sont majoritairement pessimistes sur les perspectives économiques des douze prochains mois.
Mais les analystes, hommes d?affaires, investisseurs et chefs d?entreprise ne sont pas les seuls à broyer du noir. L?humeur de toute la nation est morose. Mettons de côté les faits divers sordides et la perception que la corruption est partout.
Sur le plan strictement pécuniaire, le chef de famille et le salarié moyen ressentent les effets de la situation économique difficile. Qu?on ne vienne surtout pas leur dire que l?inflation tourne autour de 4 % seulement ! Cette mesure de la moyenne de l?évolution générale des prix est sans rapport avec la hausse du coût de la vie telle que la perçoit la ménagère à chaque fois qu?elle fait ses courses.
En fait, la consommation souffre. Les dernières statistiques officielles indiquant une hausse de 15 % des importations sont trompeuses. Ou plutôt, cachent certaines tendances.
En effet, les importations pour le premier semestre 2004 ont augmenté de Rs 4,6 milliards environ par rapport à la même période l?année dernière. Dans le détail toutefois, cette croissance est surtout attribuable à la hausse des importations d?équipements et de machines (+ Rs 2 milliards), à la note plus élevée de carburants (+ Rs 800 millions) et à une plus grande consommation de matières premières (+ Rs 800 millions).
En comparaison, la valeur des importations de produits alimentaires («food and animal») n?a augmenté que de Rs 634 millions, notamment en raison d?une hausse des prix de 7 % à l?importation.
A l?item «beverage and tobacco» on note une contraction de 4 % du volume importé. De même, on enregistre également une réduction de 4 % du volume des importations au niveau des produits manufacturés.
En résumé, l?importation d?équipements et de carburants est en hausse, tandis que l?importation de produits de consommation courante est en baisse.
Cette tendance se confirme par la grise mine qu?affichent les responsables des super et hypermarchés. Les Mauriciens dépensent moins. Mais comme ils doivent continuer à boire et à manger, ils se rabattent sur les produits basiques les moins chers et sont à l?affût de tous les soldes et campagnes de promotion.
Les avis sont partagés quant à ce changement d?habitudes. La hausse des tarifs des utilités ? eau, électricité, téléphone, transport en commun ? et celle du prix du gaz, du carburant et des denrées alimentaires en général, ont grevé le pouvoir d?achat des consommateurs.
Pour d?autres, ce n?est pas tant la baisse du pouvoir d?achat mais plutôt la crainte de l?avenir, notamment la menace sur l?emploi dans certains secteurs, qui expliquent que les salariés ont effectué des coupes sombres dans leur budget.
Gérer un paradoxe
Pour certains économistes ce changement dans les habitudes de consommation est le bienvenu : le Mauricien vivait au-dessus de ses moyens grâce au crédit et déséquilibrait la balance commerciale. Les gérants des grandes surfaces ont eux du mal à équilibrer leurs comptes.
Cette nécessité d?être près de ses sous ne contribue pas au «feel good factor» de la population.
Dans la conjoncture, l?annonce d?un budget anticipé avant les élections générales alimente les spéculations sur le caractère électoraliste du prochain exercice. Le budget 2004-2005 avait déjà été perçu comme un préambule de budget électoraliste.
En tout cas, à moins de vouloir perdre les prochaines élections, on voit mal la majorité gouvernementale proposer un nouveau tour de vis et serrer la ceinture d?encore un cran.
En présentant le prochain budget, le gouvernement devra gérer un paradoxe. Il devra sans doute consentir à quelques largesses et creuser un tant soit peu le déficit budgétaire qu?il devra lui-même gérer s?il est reconduit. En fin de compte, la population paiera pour donner les moyens au gouvernement de reconquérir le pouvoir.
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