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Nelson Mandela récupère deux carnets de prison : mémoire sur l’apartheid
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Nelson Mandela récupère deux carnets de prison : mémoire sur l’apartheid
Pendant 33 ans, l’officier de police Donald Card a gardé un secret bien encombrant. Deux carnets, grand format, couverture noire, tranche rouge, remplis d’une écriture serrée. Mardi 21 septembre, il les a enfin rendus à leur propriétaire : Nelson Mandela.
“C’est un vieil homme qui remet à un autre vieil homme de vieux carnets”, a plaisanté l’ancien président sud-africain, 86 ans, en ajoutant : “L’histoire de notre pays est marquée par trop d’oubli. Encore que, à mon âge, on est bien obligé de faire ami avec l’oubli...”
Pendant près de 3 ans, entre février 1969 et avril 1971, depuis l’île-pénitencier de Robben Island, au large du Cap, il avait noirci des pages. “Nous devions être très prudents, faire attention à ce que nous écrivions, et où nous le gardions. Et, visiblement, avec ces carnets-là, je n’ai pas été très prudent”, a commenté Nelson Mandela.
“Ils lisaient tout et censuraient”, a raconté un ancien codétenu, Ahmed Kathrada, membre de la Fondation Nelson Mandela. “Un jour, ils ont conservé une lettre que j’avais écrite à ma famille. Des années plus tard, j’ai su que le paragraphe incriminé évoquait simplement un changement de majorité en Grande-Bretagne, a-t-il poursuivi. A notre arrivée, le chef de la sécurité nous a prévenus : ici, c’est l’isolement total. Dans cinq ans, plus personne au monde ne se souviendra qui était Nelson Mandela.”
<B>Décoder les messages caches</B>
A l’époque, le futur président de la “nouvelle Afrique du Sud” n’était autorisé qu’à écrire une seule lettre de 500 mots tous les six mois. Son épouse, Winnie, était privée de droit de visite pendant deux ans. Ses enfants d’un premier mariage n’ont pu le revoir que quatre ans après sa condamnation, ses jeunes filles Zinzi et Zenani seulement onze ans plus tard.
A cette époque, l’inspecteur Donald Card était chargé de décoder les messages cachés dans les lettres des prisonniers. “Je pensais avoir affaire à des terroristes”, a-t-il expliqué. Mais rapidement son travail lui déplaît, et il donne sa démission. Peu après arrivent à son bureau les deux carnets de Nelson Mandela. “Visiblement, à Robben Island, ils n’étaient pas au courant de ma démission, je les ai donc gardés.”
En 1990, après la libération de Nelson Mandela, Donald Card tente d’entrer en contact avec lui. Il écrit à Winnie, parle à d’autres proches, saisit des membres du Congrès national africain. Sans succès. Il n’obtient pas de rendez-vous avec le plus célèbre héros de la lutte anti-apartheid, qui devient, en 1994, président de la République. “Une fois seulement quelqu’un m’a appelé pour récupérer ces carnets. Mais je voulais les rendre en main propre.” Ce n’est que 14 ans après que la rencontre a pu enfin avoir lieu.
Les deux carnets vont aller rejoindre le fonds d’archives que Nelson Mandela a exhumé pour une exposition désormais ouverte au public dans les locaux de la fondation qui porte son nom. Y sont notamment exposés des agendas portant l’inscription des visites, des notes sur l’actualité, les rendez-vous chez le médecin et l’évolution de son poids. Jour après jour s’y mêlent détails de la vie quotidienne carcérale et les faits marquants de l’histoire sud-africaine ou internationale.
Il y a aussi des malles de zinc remplies de correspondances administratives, relatives à son procès et à sa vie en prison, sa carte d’étudiant, avec une autorisation à écrire uniquement sur des sujets concernant ses études. Quelques photos prises par les gardes, dont une où l’on voit Mandela portant des lunettes noires avec pour légende “Un prisonnier dans le jardin”, le nom donné à l’exposition.
Pour Nelson Mandela, les documents, comme les deux carnets retrouvés, sont “l’espoir que nous puissions recouvrer la mémoire et les textes supprimés par le régime d’apartheid”.
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