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L?arme radicale

17 septembre 2004, 20:00

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Il tue en quatre minutes. Un dixième de gramme suffit. C?est sans doute parce qu?il évite une longue agonie que c?est au cyanure que les victimes des deux suicides (ou meurtre) collectifs de ces dernières années, y ont eu recours. Avant l?affaire St.-Paul, qui a fait dix morts, il y avait eu, il y a quatre ans, l?affaire Bahim Coco, où trois membres de «l?escadron de la mort» ont mis fin à leur vie en voyant approcher les forces de police.

Le cyanure, qui se présente en granulé, n?est pas en vente libre. On n?en trouve ni en pharmacie ni dans les quincailleries. Son importation, qui se chiffre à environ une tonne annuellement, est contrôlée. Seuls des professionnels désignés, dont les bijoutiers, y ont accès. Ils doivent produire leur permis avant d?en prendre livraison. En tout et pour tout, pas plus de 2 000 personnes à Maurice manipulent ce produit hautement toxique. Mais vraisemblablement, ils pourraient être bien plus nombreux. Le contrôle a des failles.

«Les importateurs et revendeurs sont des gens responsables, de même que la plupart des utilisateurs, pense Bernard Clément de Specmart, chimiste qui importe et revend des produits de ce type. Mais il faut se dire qu?avec environ 500 bijoutiers disposant chacun en moyenne de trois travailleurs manipulant le cyanure, vous arrivez à 1 500 personnes. Certaines usines, dont les producteurs de cadrans de montre, utilisent également ce produit. N?importe qui peut prélever une petite quantité de cyanure du stock à l'insu des responsables, et refiler ce poison hautement toxique à des illuminés».

<B>DES ARMES DE DESTRUCTION</B>

Avec une petite quantité prélevée régulièrement, on arrive très vite à une dangereuse provision. Cette perspective commence à faire réfléchir les autorités. Car il n'y a pas que le cyanure. Des dizaines d'autres produits chimiques vendus sur le marché local pourraient être des armes de destruction. Et le Dangerous Chemical Act, qui renforcera le contrôle, non seulement de la vente, mais aussi du stockage et du transport, n?a toujours pas été promulgué.

Ce contrôle a besoin d?être renforcé, reconnaît un technicien du ministère de la Santé, qui veut garder l?anonymat, bien qu?il ait reçu l?autorisation de parler officiellement : «Je dois vous avouer que quand une personne avec une licence appropriée vient nous demander la permission d'importer dix ou cinquante kilos de cyanure, on lui octroie le permis. On ne sait pas au juste de combien de kilos il aura besoin pour son travail et on n'a aucun contrôle sur le moyen qu'il utilise pour transporter ce produit, où il le stocke et quelle surveillance il exerce sur ses employés. Je crois qu'il faut resserrer le contrôle gouvernemental sur ces aspects.»

La loi donnera certes les coudées franches au ministre. Cela n?empêche que des sanctions auraient pu être prises. Car il est déjà stipulé dans les textes de loi que la vente ou de don de cyanure est un délit. Seuls les professionnels ont le droit d'importer ou d'acheter ce produit. La police n?aurait-elle pas déjà dû enquêter pour connaître la provenance de ce poison dans les différentes affaires où il est mêlé ?

C?est l?opinion d?un médecin légiste, parlant lui aussi sous couvert de l'anonymat : «Pourquoi n'a-t-on pas fait d'enquête sur la provenance du cyanure dont disposaient les membres de l'escadron de la mort ? Une telle enquête, même si elle n'avait pas abouti, aurait fait réfléchir certaines personnes.» La raison de cette absence d?enquête est peut-être un manque de renseignement sur le danger que ce poison représente.

Dans le milieu des enquêteurs, c'est le silence total sur cette question. Un silence qui pourrait être mortel pour d'autres personnes à l'avenir.

Il tue par asphyxie

Le cyanure tue en privant l'organisme d'oxygène. Une fois absorbé, il se lie aux cellules rouges, l'hémoglobine plus précisément. Celle-ci se trouve alors dans l'incapacité de transporter l'oxygène. Une asphyxie rapide s?ensuit, et le cerveau, privé de ce gaz vital pendant quatre minutes, meurt. Le cyanure a une légère odeur

d'amande. On estime que son goût n'est pas détectable, car ceux qui ont été assassinés par des aliments ou des boissons contenant du cyanure ont avalé ces produits sans avoir rien détecté de particulier.

Il est également disponible dans la nature. Les experts peuvent en tirer une infime quantité dans certains fruits (abricot, amande, prune) et certaines feuilles que l'on trouve facilement à Maurice.Ce poison peut aussi tuer par voie respiratoire. C'est d'ailleurs un gaz issu du cyanure qui est à l'origine d'un des plus grands génocides de l?histoire.

Il existe cependant des antidotes contre le cyanure et contre ce gaz. Leur efficacité dépend de la quantité de poison absorbée et du temps écoulé entre l'absorption et l'administration de l?antidote.Selon le ministère de la Santé, tous les hôpitaux du pays disposent d'un stock d'antidote contre l'empoisonnement au cyanure.

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