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L?emprise des sectes
Pour beaucoup, Eckankar n?était qu?une organisation religieuse hindoue. La discrète secte américaine qui mélange les préceptes du christianisme et de l?hindouisme est présente chez nous depuis 1986, mais est enregistrée officiellement depuis 1997 . Le nom de la secte est sur toutes les lèvres depuis qu?on a appris que Rajesh Dhayam, l?une des dix personnes mortes la semaine dernière, était membre d?Eckankar.
Ce drame vient mettre en lumière la présence des sectes à Maurice. Il faut dire qu?il n?en manque pas. Prospérant à travers l?île, il y en a pour tous les goûts. Elles attirent des fidèles issus de toutes les communautés, portent un intérêt particulier aux défavorisés et recrutent surtout des sujets mal dans leur peau.
Des recrues en quête de chaleur humaine
Il y aurait près de 100 000 fidèles et sympathisants qui adhérent à leurs principes. Ces chiffres sont avancés par des travailleurs sociaux et des religieux mais, officiellement il n?existe aucune statistique. Comment expliquer donc cette affluence vers les sectes ? Qu?est-ce qui les rend attrayantes ?
Les recrues recherchent pour la plupart un peu de chaleur humaine, une solidarité, une reconnaissance, le sentiment d?être écouté. C?est ce qu?elles ne retrouvent presque plus dans les grands courants religieux, constate Filip Fanchette, curé de la paroisse de Roche-Bois.
L?expérience de Rajoo est révélatrice. La cinquantaine, habitant une cité ouvrière de Quatre-Bornes, il fréquente assidûment les séances de prières de la Mission Salut et Guérison depuis bientôt dix-huit mois.
« J?étais confronté à divers problèmes. Mon épouse est tombée gravement malade. Il y avait peu de chances qu?elle survive à une intervention chirurgicale. Enn dimoun ine fer nu kompran malad la pas natirel. »
Rendez-vous est alors pris avec un groupe de la Mission Salut et Guérison pour une séance de prières à son domicile. L?opération de sa femme est une réussite par la suite, et cela conforte le couple dans sa nouvelle foi. « Pour nous cela a été la découverte du chemin de la vérité et de la vie », confie Rajoo. La guérison de sa femme est probablement attribuable aux médecins, mais il veut croire que ce sont des prières qui ont agi.
Dans certaines « églises », on recommande aux fidèles souffrant de certaines maladies de danser et de crier pour venir à bout de leur mal. « Ce sont ces procédés psychologiques qui aident les gens à guérir et non les préceptes qu?ils inculquent », résume le psychologue Sadasiven Coopoosamy.
Mais les gens n?en ont cure. Dieu n?étant la propriété de personne, certains ont formé ou rejoint des sectes suite à des divergences théologiques. À cause de ce phénomène, l?Église catholique, l?hindouisme et d?autres religions ont connu un véritable exode.
« Ils en ont profité pour se retrouver en petites communautés. Des familles de 30 à 40 personnes ont trouvé de la chaleur humaine dans leur manière de prier, de chanter. Elles ont été rejointes par des amis par la suite », explique le Frère Julien Lourdes qui ?uvre dans le milieu social depuis des années.
Les « églises » nord-américaines, par exemple, se sont installées dans les quartiers pauvres pour attirer davantage de dévots. « Elles ont agi chez les plus faibles, les gens en quête de reconnaissance sociale. L?église ne priait pas dans leur langue. Ils ont commencé à prier en créole », souligne le Frère Lourdes.
Ils voient le diable partout
« Le danger vient du mélange de religion et de sciences occultes. Au lieu de libérer les gens, ces groupuscules les maintiennent dans l?ignorance, leur font vivre une certaine culpabilité. C?est une façon de les escroquer. On revient vers l?Ancien Testament, et ils voient alors le diable partout. »
Toutefois, comme lui, le père Fanchette ne croit pas qu?il y a des sectes dangereuses à Maurice. « Le pays étant petit, on peut éviter les dérapages. » Dhandev Bahadoor n?est pas vraiment méfiant, soulignant que « les Mauriciens sont suffisamment intelligents pour ne pas se faire embrigader ».
Le député Arvin Boolell considère qu?il faut définir les critères qui permettent de qualifier un mouvement de secte. Selon lui, le service de renseignements devra être appelé à enquêter sur ces mouvements pour déterminer s?ils ne commettent pas des infractions. L?ancien député Hervé Duval qui avait réclamé l?élargissement des attributions du Select Committee sur l?APSA en 1997 afin d?enquêter « sur les sectes en général » regrette que les travaux du comité n?aient jamais abouti.
« Ce serait une bonne chose si on mettait en place un nouveau comité d?élite », propose Hervé Duval. Il serait peut-être grand temps d?achever une tâche qui aurait dû être complétée depuis 1997.
Entre-temps tels les champignons, les mouvements fleurissent aux quatre coins du pays?
Le quartier général d?Eckankar répond
« Ce qui s?est passé à Maurice n?a rien à voir avec les enseignements et l?organisation Eckankar. » Jennifer Exsted, la Public Information, du quartier général d?Eckankar à Minneapolis aux États-Unis se contente de cette explication. Harold Klemp, le maître spirituel actuel de la secte ne répond pas, quant à lui, aux questions. « Notre représentant local, Jean Maunick, connaît bien la situation et pourra répondre à toutes les questions au sujet de ce qui s?est passé. »
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