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Pas joué mort !

4 septembre 2004, 20:00

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Tout citoyen soucieux du bien-être de ses concitoyens doit être interpellé par la question du chômage, qui constitue, selon le dernier rapport du Fonds monétaure international (FMI), un danger. C?est un problème grave et pénible pour ceux qui en souffrent dans leur chair et leur dignité. Il ne doit pas par conséquent être exploité à des fins partisanes. Au contraire, il doit retenir l?attention de toutes les intelligences et de toutes les bonnes volontés.

L?essentiel des facteurs explicatifs du problème est connu. Le nouvel environnement économique causé par la mondialisation a rendu nécessaire une restructruration coûteuse en termes d?emplois de nos deux principaux secteurs économiques ? le sucre et la zone franche. Le secteur hôtelier et touristique sur lequel le pays a placé beaucoup d?espoir, donne des signes de plafonnement. Et ce alors que le parc hôtelier va bientôt croître par près de 35 %.

Quant aux nouveaux pôles de développement identifiés, ils ne donneront pas les résultats attendus en termes d?emplois dans l?immédiat. Les Integrated Resort Schemes (IRS), qui ont un gros potentiel pour absorber les licenciés de la zone franche et de l?industrie sucrière n?ont pas encore démarré. Ce n?est pas avant deux ans que les IRS de Médine et de Beau Champ vont embaucher leurs premiers employés et entraîner dans leur sillage la création de petites et moyennes industries et entreprises (PMI et PME). Les technologies de l?inforlation (TIC) n?ont généré qu?un huitième du nombre d?emplois annoncés ? 2 500 au lieu de 20 000. Quant au Seafood Hub, il faudra attendre encore un peu avant que les projets ne se concrétisent.

Mieux vaut se rendre à l?évidence : les structures de l?économie mauricienne ne pourront pas satisfaire les demandes actuelles et à venir sur le marché du travail. Dans les années 60 et 70, le pays s?était retrouvé dans la même situation avec pour conséquence l?émigration de milliers de Mauriciens. Aujourd?hui, l?industrie de la connaissance pourrait être un des paramètres de l?équation de l?emploi dans ce sens où un volet de la politique d?éducation

et de formation pourrait être axé sur la préparation d?une main-d?oeuvre pour l?exportation. L?idée a été reprise dans le budget 2003-2004 et demande à être exploitée intelligemment.

Les dirigeants politiques actuels et à venir auront tous, indépendamment de leur appartenance partisane, à faire face à la situation décrite plus haut, de même qu?à un certain nombre de problématiques directement liées à la question de l?emploi. Ces problématiques sont: le «mismatching», la recherche de jobs de qualité, la surenchère au niveau des attentes chez de nombreux demandeurs d?emplois, le manque de capital productif, et les valeurs de la génération X concernant le travail.

La question de l?emploi comporte des enjeux trop graves et complexes pour qu?elle soit l?objet d?études parcellaires confiées à des consultants technocrates étrangers. Elle exige la mise en place d?une «Task Force» nationale, sans agenda politique partisan, qui serait constituée d?éléments crédibles ayant une légitimité professionnelle dans leurs domaines respectifs ? économie, sociologie, formation, psychologie. Elle aurait pour cahier de charges de dégager un plan directeur pour l?emploi et le chômage pour les dix prochaines années, le temps de la transition socio-économique.

La recherche de solutions passe par une responsabilisation doublée d?une déculpabilisation. Les principaux acteurs du développement national ne sont pas coupables de la situation de l?emploi. Que nos politiques cessent de faire croire qu?ils sont à la base de tout ce qui est positif et de se dérober devant les premiers signes négatifs. Que nos capitaines d?industrie deviennent humbles et disent leurs difficultés, dans la présente conjoncture, pour identifer les crénaux porteurs; que nos syndicalistes ne se trompent pas de combat dans la défense du travail et la préservation de l?emploi.

Le chômage signifie la mort sociale, la désintégration, des zones et quartiers sinistres, bref, l?aggravation de la dépression sociale. Avec le risque que la société bascule dans une voie de non-retour. Plus que jamais il faut être proactif. Un pays qui n?a pas hésité à investir Rs 2 milliards dans la rénovation de bureaux et d?un château et dans la construction de coûteuses infrastructures, le temps d?une édition des Jeux des îles, n?a pas le droit de « jouer mort » sur la question du chômage.

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