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La motion d?Armance sur l?esclavage votée

27 août 2004, 20:00

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Adoptée après plus de deux ans de débats. Le moins que l?on puisse dire c?est que la motion privée du député Jean-Claude Armance portant sur l?esclavage, votée hier à l?unanimité, a attisé les passions. Dans le cadre de la bataille engagée par l?Organisation fraternelle-Les Verts, un parti de l?alliance gouvernementale et auquel appartiennent le ministre de la Pêche, Sylvio Michel et Jean-Claude Armance, pour une compensation aux descendants d?esclaves, la motion avait davantage une mission idéologique.

A travers celle-ci, l?Assemblée nationale engage Maurice à souscrire à toutes les actions au niveau international en vue d?obtenir le paiement d?une compensation pour les descendants d?esclaves et les laboureurs engagés (indentured labourers). Maurice reconnaît également que l?esclavage et le commerce d?esclaves constituent un crime contre l?humanité.

«C?est déjà un pas en avant», a soufflé Jean-Claude Armance lors du résumé des débats. Depuis le 26 juillet 2002, la motion était en débats. « Maurice est un des premiers pays à proclamer tout haut que l?esclavage est un crime contre l?humanité », ajoute-t-il. Le prochain pas, c?est la compensation.

Et OF-Les Verts n?en démord pas, quitte à quitter le gouvernement. N?a-t-il d?ailleurs pas rassemblé 2 000 partisans dimanche dernier pour une manifestation à Port-Louis? Pour le député Armance, les choses sont claires maintenant que la motion a été votée. «Un crime reconnu mérite réparation.»

Certes, mais la manière de compenser est loin de faire l?unanimité. Sunil Dowarkasing pose la question et «estime qu?aucun gouvernement depuis l?indépendance de Maurice ne peut être tenu responsable de ce crime contre l?humanité.» Personne ne peut donc venir lui demander des comptes ou des compensations. «Nous ne sommes pas responsables, alors pourquoi devrions-nous payer?», demande-t-il aux parlementaires.

<B>«COUPABLES D?INACTION»

Un pavé dans la mare d'OF-Les Verts et une dénonciation «de la démagogie de l?opposition» qui a prétendu qu?elle allait enclencher des procédures de compensation aussitôt au pouvoir. «Ils avaient mis sur pied un comité sur la question en 1998 mais rien n?a été fait. Ce qu?ils disent aujourd?hui, c?est du bluff», soutient l?élu de la circonscription 17 (Curepipe/Midlands).

Sylvio Michel monte au créneau et cite l?Afrique du Sud, en exemple. «Après l?apartheid, une commission présidée par le Révérend Desmond Tutu a été mise sur pied. Suite à cela, le gouvernement qui n?était pas responsable de l?apartheid a payé symboliquement 30 000 rands à 22 000 victimes du régime», a-t-il lancé à l?adresse d?un Sunil Dowarkasing impassible. Jean-Claude Armance s?en prendra aussi au député. «Nous savons tous ce qu?il cherche et c?est d?être dans le Conseil des ministres».

Sunil Dowarkasing rejette l?allégation. Mais, son procès ne s?arrête pas là. Le député de l?opposition Madan Dulloo s?en est pris lui aussi à l?élu et estime que son attitude est «une injure». «Des gens tentent encore d?échapper à la pauvreté causée par leur héritage.» Et le gouvernement est responsable, quoi qu?il puisse dire. De plus, estime-t-il, les dirigeants du pays sont coupables par leur inaction sur le dossier.

«Le gouvernement n?a jamais dit ce qu?il veut faire. Au lieu d?aller dans la bonne direction, nous sommes en train de faire le contraire. C?est du grand bluff. Ils sont en train d?induire la nation en erreur», critique le député Dulloo. Il demande la mise sur pied d?un comité pour décider des actions à prendre pour aider les descendants d?esclaves. Le député travailliste Siddick Chady a abondé dans le même sens.

La députée MMM Françoise Labelle adopte un ton différent. Compensation oui, mais pas sous forme d?argent. «Je suis vraiment attristée par le fait que certains demandent réparation. En tant que descendants d?esclaves, l?on ne me fera pas taire en me donnant enn ti bout. Nous voulons que les gens puissent se prendre en main et non pas qu?ils marchent avec enn ti bout dans la poche.» Pour elle, une compensation passe donc par l?intégration sociale.

Dulloo milite pour l'inclusion de l?égalité dans la Constitution

Le député de l?opposition, Madan Dulloo, demande, par le biais d'une motion privée, un amendement à la Constitution de Maurice. Il souhaite y introduire la notion d?égalité. Il propose l?inscription de la phrase : «Tous les citoyens de la République de Maurice sont égaux devant la loi et ont droit à l?égalité de traitement sur tous les territoires de Maurice sous la loi.»

Pendant plus d?une heure et demie, il a tenu le micro pour plaider sa cause. Pour le député, l?absence de cette clause est une omission qui mérite d?être rapidement rectifiée. « En lisant attentivement la Constitution en 1995, j?ai conclu qu?il n?y a aucune provision pour des droits égaux. J?ai été surpris qu?il n?y ait aucune provision spécifique pour cela dans notre Constitution.» Depuis 1995, le député demande l?ajout de cette clause à la législation. Les débats sur la motion ont été ajournés à décembre.

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