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Conteur et chasseur
Qui ne connaît pas Michel Désiré, que l?on surnomme Zozo, à Chamarel ? C?est le doyen de ce village plein d?histoire. A 92 ans, il est un des témoins de l?évolution de son village natal.
Michel Désiré caresse son visage ridé par le temps avec son index jauni par la nicotine et, avec un sourire moqueur, il nous invite à prendre place. L?inévitable cigarette entre ses doigts, il commence à parler : ?Je vivais avec la tante de ma mère et tous les soirs, mon cousin me donnait une cigarette, que je fumais en cachette.?
Et pourquoi Zozo ? ?Quand j?étais enfant je regardais les oiseaux et je criais : Zozo ! Zozo !? Presque un siècle plus tard, le surnom est toujours là. D?ailleurs, il a passé une bonne partie de son enfance dans les champs de maïs de son père.
Il a fait pas mal de métiers. Au début de sa carrière, il a travaillé comme charpentier au service des travaux publics. Les endroits éloignés de Chamarel, il les connaît très bien. Quand il y a eu un dégraissage dans ce secteur, le jeune charpentier s?est retrouvé sur la paille. Son passage comme coupeur de cannes a été éphémère. ?Ayo ! dir sa travay la. Tro fatigan.?
Un propriétaire l?engage comme jardinier et gardien de ses champs. ?Il m?avait prêté un fusil. Je chassais les animaux qui venaient dans le champ.? Sans se rendre compte, une nouvelle carrière se dessinait pour lui. Il s?était pris de passion pour la chasse. L?occasion de se procurer une arme s?est présentée en 1941, quand un inspecteur de la santé lui a vendu une carabine à double canon, pour Rs 45.
?Je chassais des lièvres et des cerfs.? Monsieur Cambier l?engagera comme garde-chasse. Sa bonne réputation fait le tour de la côte de Rivière-Noire. Prosper Forget, un propriétaire terrien, fait des pieds et des mains pour qu?il vienne travailler avec lui dans sa chasse. Pendant quarante ans, il embrasse cette carrière et les bois de toute la région de Rivière-Noire ne sont plus un secret pour lui.
Il connaît encore mieux Chamarel à l?époque où le village avait trois établissements surcriers notamment St-Louis, St-Félix et celui que tout le monde connaissait comme ?tabissement West? non loin du Domaine de La Vieille Cheminée. ?Le propriétaire s?appelait West. W-E-S-T?, épèle-t-il en anglais. Des cyclones mettront par la suite quelques-uns de ces moulins hors service.
Conséquemment, le chômage s?abattra sur le village. Les habitants vendent leurs terres pour alller chercher fortune ailleurs. Peu à peu, le village est déserté.
<B>Nostalgie</B>
Le bonhomme allume une deuxième cigarette. Il semble regretter cette époque.
?Les routes n?étaient pas en bon état. Nous puisions l?eau de la rivière. Les cours d?eau étaient peuplés de camarons géants et il ne manquait pas de fruits dans le village. Le cresson et les songes étaient en abondance.? Michel Désiré a vécu grâce à la générosité de la nature. Il allait de temps à autre à la chasse dans la forêt qui enveloppait le village.?Il y avait un monsieur La Butte qui avait une ferme. Quand j?empiétais sur sa propriété, il n?était pas en colère, à la condition que je ne touche pas à ses b?ufs. Il me disait même où trouver des singes ou des sangliers.? La nature a également appris à Zozo les vertus thérapeutiques des plantes. D?ailleurs, il préfère toujours la médecine à base de plantes.
Michel Désiré est père de 13 enfants. Sa femme est décédée, il y a une dizaine d?années. ?Bien sûr que je suis triste et elle doit beaucoup le regretter maintenant car la vie devient de plus en plus intéressante.?
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