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Les soldats US ont commis des abus ?pour s?amuser?

4 août 2004, 20:00

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Les soldats américains qui ont infligé des sévices aux détenus irakiens dans la prison d?Abou Ghraïb l?ont fait ?pour s?amuser?, a déclaré mardi un enquêteur de l?armée américaine, au début de l?audience du soldat de première classe Lynndie England devant une commission militaire.

Lynndie England, aujourd?hui enceinte, était devenue le symbole du scandale des sévices infligés à des détenus irakiens par l?armée américaine après la publication dans les médias du monde entier de photos la montrant tenant en laisse, tout sourire, un détenu irakien nu.

La commission militaire sera chargée de décider si la jeune femme de 21 ans doit être déférée devant une cour martiale.

Le général Paul Arthur, qui dirige l?enquête interne sur les abus d?Abou Ghraïb, a été le premier témoin à être entendu par les juges du tribunal militaire de Fort Bragg en Caroline du Nord.

Arthur a déclaré que Lynndie England avait affirmé en janvier, dans une déposition sous serment, qu?un de ses supérieurs, le sergent Charles Graner, lui avait dit de poser pour les photos.

Selon les médias américains, Lynndie England attend un enfant de ce même Charles Graner, également accusé dans cette affaire.

?(Elle a dit) que Graner avait proposé qu?elle pose pour une photographie avec lui (le prisonnier). Et qu?elle pose comme si elle le traînait?, a déclaré Arthur, répétant à plusieurs reprises que Lynndie England et d?autres soldats avaient dit qu?ils avaient fait cela pour plaisanter.

?Au fond, c?était juste pour s?amuser (...) et pour passer leur frustration?, a-t-il ajouté. Droite dans ses bottes, England n?a fait aucune déclaration à la presse lorsqu?elle s?est présentée, en treillis et béret en compagnie de ses avocats, devant le colonel Denise Arn dans le cadre d?une enquête relevant de l?article 32.

Elle s?est contentée de répondre par des ?Oui Madame, non Madame? aux questions posées par le colonel Denise Arn.

L?audition avait été différée à deux reprises. Outre England et Graner, six autres militaires américains sont également inculpés.

Lynndie England devra répondre de complot en vue de maltraiter des détenus irakiens, de voies de fait sur des prisonniers, d?actes préjudiciables à l?ordre public, d?actes contraires aux bonnes moeurs, de désobéissance aux ordres et de fabrication et possession de photos de nature explicitement sexuelle.

Certains de ces chefs d?inculpation ne sont pas liés à l?affaire des sévices d?Abou Ghraïb.

Si elle est reconnue coupable, England encourt comme peine maximale la radiation de l?armée et 38 ans de prison.

Pour sa défense, elle a toujours affirmé s?être contentée d?obéir aux ordres de ses supérieurs.

Ses conseils ont affirmé avoir demandé, en vain, que le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, soient appelés à la barre comme témoins.

La jeune femme, qui appartient à la 372e compagnie de police militaire stationnée à Fort Bragg, avait été renvoyée d?Irak après le début de sa grossesse.

<B>Indignation</B>

Cette affaire de sévices, qui avait provoqué l?indignation dans les pays arabes et musulmans, avait conduit le président George Bush à présenter des excuses en imputant ces agissements à un petit groupe de ?brebis galeuses? au sein des forces armées américaines.

Pour sa part, la supérieure d?England en Irak, la générale Janis Karpinski, relevée de son commandement de la prison d?Abou Ghraïb, a affirmé mardi que sa hiérarchie avait tenté d?étouffer l?affaire des sévices.

Au micro de la BBC, la générale, qui n?a pas été inculpée, a également assuré avoir été délibérément mise à l?écart de toute cette affaire pour l?empêcher de découvrir la vérité.

Priée de dire si cette tentative d?étouffement impliquait la Maison blanche ou le Pentagone, elle a répondu que ?des indices donnent à penser que c?est possible.?

La générale Karpinski a ajouté n?avoir personnellement jamais été témoin de sévices à Abou Ghraïb, ni dans aucun autre centre de détention placé sous son commandement en Irak.

<B>Jim LONEY</B>

RÉSISTANCE

<B>Un otage jordanien raconte sa libération par des Irakiens</B>

■ Les quatre otages jordaniens libérés en Irak ont été délivrés par des miliciens d?un chef tribal des environs de Falloudja, qui les ont tirés des mains de ravisseurs uniquement intéressés par l?argent sous couvert de résistance à l?armée américaine, a déclaré hier à Reuters l?un des anciens captifs.

Un groupe auto-désigné ?Escadron de la mort de la resistance irakienne? avait revendiqué jeudi l?enlèvement de ces quatre chauffeurs jordaniens destiné, selon lui, à faire pression sur leur employeur afin qu?il cesse sa coopération avec l?armée américaine en Irak. Ce commando exhortait également les Arabes à faire pression sur leurs gouvernements pour qu?ils cessent leur soutien aux forces emmenées par les Américains. Ahmed Hassan Abou Djaafar, l?un des ex-otages enlevés en périphérie de Falloudja neuf jours plus tôt, a toutefois affirmé hier que ses ravisseurs n?étaient intéressés que par une éventuelle rançon.

?Quand les courageux habitants de Falloudja ont appris que nous étions détenus en otage, ils ont pris d?assaut la maison et nous ont sauvés la nuit dernière. Nous sommes tous saufs?, a déclaré Djaafar à Reuters par téléphone. ?Personne n?a tiré un seul coup de feu, pas même les ravisseurs (?)Ils nous ont enlevés pour l?argent, pour faire pression sur d?autres afin qu?ils versent de l?argent pour notre libération, mais les habitants nous ont sauvés et aucune rançon n?a été versée.?

La libération des quatre Jordaniens a été confirmée de source gouvernementale à Amman, où l?on a précisé que des médiateurs irakiens remettraient les anciens captifs à des responsables de l?ambassade de Jordanie à Bagdad dans la journée.

Maher Sinokrout, frère d?un autre ex-otage Ahmed Sinokrout, a précisé que ces libérations avaient été obtenues grâce à la médiation de chefs tribaux et de dignitaires locaux, sollicités par le gouvernement jordanien.

?Grâce à Dieu, nous sommes désormais saufs et nous allons tous bien. Nous nous trouvons encore à Falloudja mais nous espérons retourner chez nous bientôt, peut-être aujourd?hui?, a souligné Djaafar. Il a ajouté que ses ravisseurs lui avaient dit que deux autres Jordaniens étaient toujours retenus en otages mais à un autre endroit.

L?Irak a été le théâtre récemment d?une vague d?enlèvements contre des ressortissants de pays dont des sociétés travaillent sur place ou qui ont des forces militaires dans le pays. Des dizaines d?otages ont été capturés par des groupes armés. La plupart ont été libérés mais neuf d?entre eux, dont au moins un Turc, ont été exécutés.

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