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Attention aux projets mozambicains
Cet avertissement ne fait aucune référence aux centaines de millions de roupies égarées récemment dans ce pays mais au choix invraisemblable de nos gouvernants à pousser nos investisseurs vers l?étranger aux dépens de notre économie. Nous avons constaté dernièrement combien le gouvernement est enthousiaste à voir les projets au Mozambique se concrétiser. Alors que notre pays a besoin d?investissements pour créer de l?emploi et de la richesse pour TOUS, on nous propose de mettre les capitaux à l?étranger ! Il est vrai que Maurice a dernièrement fait l?objet, à son tour, d?investissements de l?étranger dans certains projets de privatisations, mais on ne peut dire que ces investissements aient pu contribuer de quelque façon à créer de l?emploi ni à générer de la richesse supplémentaire. Ce dont nous avions et avons toujours besoin est justement le genre d?investissements productifs qui sont proposés pour le Mozambique et Madagascar.
Ces projets au Mozambique et dont on a parlé, d?ailleurs, depuis une bonne dizaine d?années visent à exploiter des terres qui, disent leurs promoteurs, font défaut à Maurice. Mais quand on constate comment nos terres cultivables et exploitables autrement ont été converties à l?immobilier faisant ainsi la joie de leurs anciens et nouveaux propriétaires (la plupart de ces derniers semblent déjà posséder des logements, selon un article du Mauricien), on se demande si ce sont bien les terres qui manquent à Maurice ou la bonne volonté. Il est indéniable que ce sont les exploitations à très grande échelle avec de très gros profits qui attirent nos industriels ailleurs, cela est clair, mais ce sera dans l?intérêt de qui d?autres?
Combien d?emplois ces projets mozambicains créeront-ils pour nos compatriotes ? A part certains hauts cadres, on se demande combien de nos artisans et chômeurs pourraient trouver de l?emploi dans ce nouvel Eldorado. Même si certains de nos concitoyens sont disposés à aller tenter leur chance au Mozambique, rien ne nous dit que les autorités mozambicaines seront aussi généreuses que les nôtres en ce qui concerne l?octroi de permis de travail aux étrangers. Supposons que J. Chissano veuille bien accorder priorité à nos chômeurs aux dépens de ses chômeurs à lui, nos travailleurs devront alors concurrencer les Mozambicains et il est impensable que nos investisseurs choisissent leurs compatriotes s?ils sont plus chers ! D?ailleurs, les patrons mauriciens n?ont cessé depuis quelque temps de se lamenter sur le coût élevé de la main-d??uvre mauricienne. Il leur faudra une très forte dose de patriotisme pour choisir la solution la plus coûteuse !
Il nous reste donc les profits éventuellement rapatriés par ces investisseurs. On veut bien l?espérer ? quoique leurs montants dépendent de beaucoup de facteurs vérifiables et invérifiables- mais il existe la possibilité de voir nos industriels se fixer dans ces grands espaces et oublier leur terre natale. D?ailleurs, il n?est pas exclu que les autorités mozambicaines ne fassent pas tout pour les garder et conserver ainsi ces précieuses devises étrangères et aussi profiter à long terme du savoir-faire de nos entrepreneurs (acquis, soulignons-le, grâce à leur expérience mauricienne).
Pourquoi donc le gouvernement favorise-t-il de telles aventures qui non seulement semblent être à première vue dans l?unique intérêt de quelques gros bonnets mais causeront un tort immense à notre pays ? Car, en plus de la désindustrialisation provoquée à Maurice, les capitaux expatriés vers le Mozambique provoqueront, il va sans dire, une pression supplémentaire sur la disponibilité de liquidités sur le marché local sans parler de celle exercée sur les devises étrangères. (Mais comme la dette c?est pour demain et pour d?autres, il n?y a pas à s?en faire pour le moment !) Car il leur en faudra de l?argent, à nos industriels, pour démarrer de nouvelles exploitations et des usines flambant neuf au Mozambique-à moins que ce ne soit avec les vieilles ferrailles de nos usines démolies de part et d?autre. On hésite aussi à nous annoncer les aides financières que nos autorités ont décidé à mettre à la disposition de nos aventuriers. Devinez avec l?argent de qui !
Dans une interview accordée à l?express le 27.07.01, M. Michel Hardy, ancien directeur du Syndicat des Sucres, disait voir mal comment les délocalisations pourraient nous aider et que les opportunités d?affaires dans ces PMA (Pays moins avancés, comme le Mozambique), favoriseraient les entrepreneurs uniquement et ne représentent ?aucun bénéfice direct pour Maurice?.
Suite à cette initiative ?Lamy? très contestable mais très peu contestée dans les faits par nos dirigeants, il parait que l?Europe achètera bientôt le sucre moins cher au dépens de celui de ses ex-colonies. Nos usiniers n?ont trouvé rien de mieux donc que d?aller profiter de la main-d??uvre et autres coûts moins chers mozambicains pour bénéficier de l?initiative ?Anything but arms?. En fait, ils ne sont pas à blâmer car ils investissent là où c?est plus rentable et comme le gouvernement non seulement les y autorise mais veut bien leur donner un petit coup de pouce, seuls les imbéciles hésiteront à quitter le pays. Et comme le patriotisme ne sert à présent qu?à faire vibrer un stade le moment des Jeux des îles et que la nouvelle doctrine de la globalisation est là pour justifier des actions anti-patriotiques, nos autorités n?ont aucun souci moral à se faire ! Si par hasard on reproche à nos ministres de favoriser une partie de la population aux dépens du plus grand nombre (même sans aucune référence épidermique mais uniquement d?un point de vue utilitariste), on verra nos dirigeants s?indigner et se servir de l?argument anti-raciste pour déplacer le débat de l?économie vers le communalisme, leur permettant en même temps ainsi de se draper dans leur moralité douteuse.
La conversion de nos terres cultivables en terrain immobilier, en plus de favoriser nos bétonneurs et nos asphalteurs (dont beaucoup sont étrangers), est perçue comme une initiative qui ne prend pas en considération le long terme et l?autosuffisance alimentaire ? ce dernier thème est d?ailleurs oublié depuis longtemps, tout comme celui du besoin de donner du travail à nos laboureurs et artisans. Le choix de l?immobilier quoique attrayant pour certains a été fait sans penser à d?autres alternatives qui auraient préservé l?emploi à long terme et rapporté des devises au pays ou au moins économisé des devises pour l?importation de produits alimentaires. On nous annonce avec fanfare que nous aurons droit désormais à la pomme de terre malgache, comme si elle sera gratuite ! Le ministre-qui-annonce-que-des-nouvelles-formidables a déjà condamné la production vivrière locale et a décidé que la pomme de terre importée et frigorifiée est meilleure que celle produite localement. Que le député Abdullah se rende au ?bazar? pour vérifier la qualité de ces tubercules importés.
Une terre fertile
Si le sucre a déjà été abandonné par certains pour justifier les projets mozambicains ou d?autres plus ridicules encore comme les fameux IRS, dans d?autres pays, par contre, on s?est montré plus prudent (et patriote) et on se bat toujours pour faire tomber les barrières à l?importation des produits agricoles venant des pays pauvres. Ainsi, la récente décision d?un panel de l?OMC donnant raison au Brésil qui contestait les subsides octroyés aux cotonniers américains représente pour certains experts un précédent qui ouvrira la porte pour la contestation des subsides européens accordés à leurs betteraviers et est donc capable de nous servir. A Maurice, on a décidé que si le sucre représente toujours un avenir, ce sera au Mozambique ou en Tanzanie qu?il sera exploité. Il est malheureux qu?on ne fasse pas usage de notre terre fertile et de notre expérience agricole qui représentent un atout tout à fait dans nos possibilités. En attendant, les bureaux vides s?accumulent à la place de nos verts champs de cannes qui faisaient en partie l?attrait du pays aux yeux des touristes.
N. JASSODANAND
?Il leur en faudra de l?argent, à nos industriels, pour démarrer de nouvelles exploitations et des usines flambant neuf au Mozambique à moins que ce ne soit avec les vieilles ferrailles de nos usines démolies de part et d?autre.?
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