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Sucré, salé
Si toutes les paroles pouvaient remplir leur fonction performative, ce ne serait pas les seuls mots des juges qui pourraient avoir force d?un acte de condamnation ou d?acquittement. On n?arrêtera pas désormais la pléthore d?interrogations sur certaines de nos institutions. Dans un contexte d?amalgame des enjeux et d?une surdétermination des considérations ethniques, il est facile de tout ramener à des dimensions primaires et populistes. Les hommes ne sont plus citoyens mais symboles d?une caste ou d?une race. La nation périclite. A côté, on encense ce quadrillage éthnicisé de l?espace public mauricien. Un peu à l?image d?une nation morcelée où chaque groupe emprunte son chemin de croix pour trouver son eldorado culturel, l?île Maurice vit le dialogue des sourds.
Même les enjeux les plus vitaux sont soumis aux délirantes élucubrations de nos décideurs. On n?hésite pas à faire de la politique sur le dossier sucre ou sur les Chagos. C?est ahurissant mais c?est ainsi. De toutes les manières, seules de telles contorsions rhétoriques permettent de défendre l?indéfendable. C?est l?exercice auquel se livrent de nombreuses personnalités publiques. Notamment les politiques qui portent en bandoulière un passé qui est synonyme de contradiction avec le présent.
Ce présent n?est pas toujours reluisant. En l?espace de quelques semaines, ce pays semble être sorti d?un sommeil profond, contraint d?affronter une réalité à laquelle il n?était pas préparé. Sur le dossier sucre, les cris d?orfraie poussés par les uns et les autres traduisent une hypocrisie profonde. Car on a pris l?habitude de croire qu?il y a des acquis qui pouvaient défier le temps. Avec la remise en question du régime sucrier européen, on vit paradoxalement la possibilité d?une régénérescence de l?économie mauricienne. Les plus avertis sont unanimes : même la modernisation du secteur sucrier ne garantirait pas sa survie.
C?est là que nos décideurs ont la lourde tâche d??uvrer pour l?émergence de nouveaux axes de développement. Cette entreprise, pourrait-on être tenté de dire, est déjà entamée. Mais elle ne sera efficace que si l?on se débarrasse de quelques réflexes surannés. Croire que la solidarité de nos ?pays amis? allait nous garantir des traitements préférentiels est un anachronisme. Croire que ces ?pays amis? sont incapables de coups tordus, en raison d?un lien historique ou au nom du sacro-saint principe d?affinités culturelles, relève de la candeur. L?impitoyable logique de l?argent et les aspirations militaires guident les pays riches. Maurice l?a apprise à ses dépens. Aujourd?hui, elle retrouve de la voix au sein des regroupements de pays ayant les mêmes intérêts. Mais il ne faut pas se leurrer. Le principe préférentiel s?effacera tôt ou tard.
C?est dans de telles occasions qu?un pays témoigne de sa grandeur, de sa capacité de réaction et d?adaptation. A Maurice, nos groupuscules ont choisi de sortir d?autres armes. Soit leur comité de soutien ou de pression. Qu?importe l?avenir du sucre mauricien. Qu?importe l?urgence d?une refonte du judiciaire. Ce sont les deux extrêmes d?une conscience collective qui est déchirée entre son obsession de modernité et son repli sur le confort douillet des fantasmes ancestraux.
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