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Pauvre Espagne

21 juin 2004, 20:00

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Si Dieu existe, il n?est certainement pas espagnol. Sinon alors comment expliquer qu?un pays qui voue une telle dévotion au football ne soit pas capable, année après année, de mener sa sélection vers des sommets pourtant taillés pour lui ?

Une fois de plus, une fois de trop sans doute, la Furia Roja rentre à la maison avant les autres. Et, cette fois, dès le premier tour. Ce n?est forcément pas banal pour un pays dont le championnat, certainement le plus relevé du monde, héberge le Real Madrid, Valence et Barcelone?

La presse espagnole, Marca en tête, a beau clamer sur tous les toits que le sélectionneur Inaki Saez est un dangereux novice et que Raul, la star déchue, gagnerait à raccrocher ses crampons, personne n?est dupe pour autant. Le problème se situe ailleurs.

Bon, c?est vrai, Saez a été vraiment mal inspiré de faire entrer Luque et Baraja alors qu?il disposait, sur le banc de touche, d?un exceptionnel joker en Valeron. C?est vrai aussi que les heures de Raul sont désormais comptées. Mais, en réalité, le problème est surtout d?ordre psychologique. L?Espagne n?a jamais su gérer la pression dans les grandes situations.

Nous nous épargnerons, ici, de revenir sur la tragique élimination de la Furia Roja dès le second tour de l?inoubliable Mondial-82, compétition qu?elle avait abritée et qu?elle aurait pu, qu?elle aurait dû avoir gagné tellement sa sélection était à l?époque d?une autre dimension.

Le temps fait son oeuvre et la mémoire collective ne retient que ce qu?elle veut bien retenir. Vingt-deux ans après, c?est toujours la sulfureuse demi-finale de Séville entre l?Allemagne et la France ainsi que l?exceptionnelle réussite du buteur italien Paolo Rossi qui monopolisent les souvenirs.

Pourtant, cette année-là, l?Espagne avait aligné une des plus belles sélections de tous les temps. Arconada dans les buts, Camacho, Gordillo, Alonso et Tendillo en défense, Alexanco, Juanito, Zamora et Urquiaga en milieu de terrain, Santillana et Quini en attaque. Une équipe de feu. Mais un match mal négocié face à la République fédérale allemande, un seul, sonna le glas de la Furia Roja.

Au sortir de la pelouse de Santiago Bernabeu, Carlos Santillana, le Raul de l?époque, eut cette phrase lourde de sens. ?Si cette Coupe du monde se disputait ailleurs qu?en Espagne, je suis sûr qu?on aurait été champions du monde??

Le problème, c?est que 90 000 Espagnols avaient pris place, ce soir-là, dans l?immense cathédrale madrilène. La Furia Roja, on vous l?a dit, ne sait pas gérer la pression. Nul doute qu?elle devrait, à l?avenir, prendre quelques leçons avec les Portugais.

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