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Musique mondaine, musique spirituelle

20 juin 2004, 20:00

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?O art sacré? : l?introduction de An die Musik (à la musique), paroles d?un poète obscur sur lesquelles Franz Schubert pose l?une de ses plus déchirantes mélodies, fait encore palpiter parents et élèves dans nos conservatoires, gagnés par le mélange d?émotion spontanée et de mystère.

La musique peut sembler éloignée de nos préoccupations, souvent elle nous influence dans notre vision même du monde. ?I am never merry when I hear sweet music?, déclare la Jessica du Marchand de Venise à l?arrivée des musiciens.

Mais, comme le souligne le musicographe Jean-François Labie(*), elle est avant tout expression diffuse, le signifiant indicible d?un sens profond qu?on pourrait qualifier d?amour ou de dévotion. Amour sacré, amour profane.

Et l?auteur d?ajouter : ?Si lumineux qu?il soit, le brouillard dela musique ne peut être pénétré que par un auditeur qui sait ce qu?il veut y trouver.?

Peu de musiciens sont restés de glace face à l?incompréhension de leur auditoire ou de l?incompétence de leurs interprètes messagers, même les plus indépendants ou les plus éloignés des cadres pré-établis.

La musique classique occidentale, tout comme ses comparses orientales, n?a, de par ses ambitions d?expression savante, jamais pu se départir de bases solides liées à la transmission, à l?éducation. Si Mozart apparaît encore comme un marqueur de classe dans certains milieux, c?est par faute de contact, voire d?intelligibilité, non de simplicité ou de générosité.

Musique de classe ou pas, ce n?est pas voir par le petit bout de la lorgnette que de saluer ceux qui se dévouent à Maurice pour que le message de la musique

ne reste pas incompris : les conservatoires locaux et leurs différentes approches, les écoles de musique indienne, où danse, chant et instruments s?unissent en une vraie philosophie du monde, résumée par le terme sanscrit sangeet, expression religieuse et artistique, sans oublier tous les prestigieux musiciens internationaux venus partager leurs secrets.

Même le plus grand vivier musical mauricien, la variété, ou les héritiers modernes du séga n?échappent pas à ce sens sacré de la musique.

Maurice, depuis des années maintenant, a su faire jaillir d?influences qui doivent autant au pop anglo-saxon qu?au terroir régional de la créolité, aux chansons sentimentales de Bollywood qu?aux styles afro-carribéens, sa voix, ses voix, multiples et suffisamment ancrées dans le vécu pour se soustraire aux dérives identitaires.

S?il fallait trouver une expression littéraire de cette formidable prodigalité, ce serait celle, encore une fois, de générosité. Celle qui, une fois la fête et le tour de chant terminés, accompagne vaguement un Ray Charles, porté par la grâce ou le délire, ?qui ne veut pas partir, et qui improsive (piano et voix) un air on ne peut plus pop peuplé de ooh et de aah? (Zar-Ayan).

La chanson sera enregistrée en studio, sous le titre désormais prophétique, What?d I say.

<B>Olivier MASSON</B>

(*) Le visage du Christ dans la musique baroque (Editions Fayard)

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