Publicité
Le Grand Bleu de Nila
Ses coups de pinceaux donnent vie à ces dauphins et baleines qui valsent dans les grandes eaux qu?illuminent d?étranges rayons de lumière. Sa couleur préférée, comme le signifie d?ailleurs son nom en sanskrit, c?est le bleu, l?élément dominant de ses toiles. Pour sa première exposition, sous le titre très significatif des Lumières du Grand Bleu, Nila nous propose, en 45 tableaux, du 24 juin au 3 juillet, à l?Alliance française de Bell-Village, une descente romantique dans le bleu profond de l?océan.
L?exposition aurait bien pu s?appeler aussi ?bienvenue sous l?eau?, à l?image de cet écriteau qui sera suspendu à l?entrée de la salle pour accueillir les visiteurs ou encore à celle évoquée dans La plongeuse (acrylique sur toile aux techniques mixtes). Mais l?artiste a choisi d?inclure dans l?intitulé le terme ?lumières?. Sans doute celui-ci marque-t-il la frontière entre la matière et le monde informel.
Dans ce cas, si nous ne pouvons suivre la voie de la lumière pour atteindre l?informel, la lumière, elle, peut ramener à nous les images de l?au-delà et nous permet d?atteindre un sentiment d?euphorie dans son absolu. Si c?est en souvenir de et en hommage à sa grande amie Del-phine Legay, biologiste marin et spécialiste des cétacés, avec qui il a vécu des aventures merveilleuses et inoubliables, hélas décédée tragiquement lors d?une plongée en apnée il y a de cela tout juste trois ans, qu?est dédié l?évènement artistique, c?est très certainement dans l?optique de ramener au monde matériel ce que le monde de l?au-delà lui a enlevé.
Ces rayons de soleil qui traversent la surface pour laisser pénétrer la lumière jusqu?au plus profond de l?océan, dévoilant ainsi son immensité, sont ceux-là mêmes qui ramènent le visage rayonnant de la disparue ou qui viennent éclairer la forme aquatique dans laquelle elle s?est à jamais réincarnée pour renaître dans le mythe de la femme aquatilis. Ainsi, la plongeuse, de part la position même de la femme-poisson qui plonge, laisse-t-elle penser à ?La petite Sirène? que le conteur danois, Andersen, avait transformée en jeune princesse de la mer, immortalisée, dans une même posture, dans une illustration d?Ed-mond Dulac (1882-1953).
Au pays des sirènes
Disparue un malheureux jour, inondée d?eau, elle devient à son tour l?eau qui inonde les toiles de l?artiste. D?emblée, l?on comprend pourquoi la mer et ses habitants aquatiques, ici des cétacés pour la plupart, font office de sujets chez le peintre. Mais c?est dire aussi combien ses peintures sont marquées de son absence ou plutôt, devrait-on dire, de sa présence absolue, car même si elle n?est plus sur le plan physique, elle est toujours là dans l?esprit de l?artiste qui se transpose sur ses toiles.
Absente, elle devient alors présence permanente, concrétisée tantôt à travers la représentation d?une sirène, tantôt à travers celle d?un esprit qui se meut dans l?eau, la substance-mère à l?origine même de sa naissance. Ainsi dans le tableau Danse avec le dauphin peut-on aisément deviner le visage de Delphine dans les traits qui transparaissent derrière la lumineuse et glorieuse forme solaire ? une manière pour l?artiste d?immortaliser sa venue au monde, en la plaçant dans son élément qu?est l?océan.
Pour rendre vivants tous ces instants et pour les partager généreusement avec les autres, Nila a choisi de ramener la mer profonde à tous ceux qui ne peuvent y aller : l?exposition sera donc animée, accompagnée d?un fond de musique aquatique que l?artiste a lui-même mixée au bout de quatre jours de travail dans son studio. Le visiteur pourra ainsi entendre le silence de la mer, des mélopées marines répétées mais avec variations, les souffles des baleines et les cris des dauphins. L?exposition sera également accompagnée des chansons qui ont inspiré l?artiste, comme celles de Pink Floyd.
On entendra également l?Imagine de John Lennon et les génériques du film Le Grand Bleu d?Eric Serra, entre autres. Ce sont pour la plupart des musiques qui nous donnent l?impression de flotter ? histoire de laisser flotter le visiteur à travers les vues, les sons et les mouvements sous-marins. L?intermède musical sera un moment de ce silence qui règne uniquement sous l?eau. C?est un élément significatif, éloquent et qui participera à l?exposition. Les pauses et reprises auront lieu en douceur pour imiter la fluidité aquatique. Tous les ingrédients seront réunis pour réaliser une mi-exposition, un mi-spectacle.
Mais au-delà de tout ça, pour l?artiste, il s?agit d?une rencontre avec la mer (et la mère) d?où viennent toutes les vies. L?univers marin et l?univers de l?intérieur de soi sont les deux pôles au centre desquels est placé le moi de l?artiste. Mais c?est aussi la rencontre avec soi, car ?lorsqu?on peint, on devient un avec sa création? et plongé au fond de la mer, c?est aussi plongé à l?intérieur de soi. Est-ce alors la recherche de l?absolu, rendue dans Mandala cosmique, que vise Nila ? Quoi qu?il en soit, à chaque fois qu?il réalise une toile avec un rayon de soleil qui traverse la surface de la mer, c?est de la lumière éternelle qu?il envoie à son amie de toujours, Delphine Legay.
Du 24 juin au 03 juillet, l?Alliance française de Bell-Village accueille les 45 tableaux de Nila pour une exposition animée sous le titre Lumières du Grand Bleu de 9h30 à 17 heures. Il sera présent de 13 à 17 heures tous les jours ouvrables dans la salle d?exposition. En attendant, pour visiter l?univers de Nila le peintre, tapez www.lumièredelph.here.ws
PORTRAIT
Le ciel, le soleil, la mer... et Nila
- Nila, c'est son "nom de pinceau". Parfait, autodidacte, il peint depuis plus d'une vingtaine d'années et dessine depuis son enfance. S'il a choisi de s'installer sur les côtes sud-est de l'île Maurice, depuis plus de 18 ans, cet originaire de Suisse qui a connu l'influence des mouvements hippies, c'est surtout par passion pour cette mer avec laquelle il ressent une osmose indéfinissable. C'est à l'âge de quatorze ans qu'il entre en contact avec la mer pour la première fois aux Iles Baléares (Espagne). Outre la mer, ses passions sont aussi la peinture et la musique (il est aussi musicien). Avant, il peignait des tableaux surréalistes. C'est sa rencontre avec Delphine Legay qui lui donne goût au style réaliste et romantique. Qui dit romantisme, dit intimité, spiritualité, couleur et aspiration vers l'infini, comme en témoigne son style. Mais quel que soit le style emprunté, on retrouve chez lui toujours la même poursuite du rêve. ?La peinture, dit-il, est une porte vers le rêve.? Enfin, les peintres qu'il adore montrent bien ses goûts artistiques : Diego Velázquez, Dali Salvador, Jan et Hubert Van Eyck, entre autres.
Publicité
Publicité
Les plus récents