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Ces enquêtes qui traînent?

19 juin 2004, 20:00

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Qui est donc ce deuxième homme qui a participé à la mort de Nadine Dantier ? Où diable se trouve le petit Ackmez Aumeer ? Quelles sont les circonstances exactes du décès des amants de Bassin-Blanc ? Voilà des questions qui taraudent les proches des disparus, restés dans l?absence toujours plus cruelle de réponses décisives de la police plusieurs mois après les faits.

« L?attente est pénible et insoutenable. L?enquête prend trop de temps », déplorent les parents de Nadine Dantier. Dans cinq jours, cela fera exactement un an que la jeune fille a été abusée puis étranglée avec son pull-over dans un terrain vague à seulement quelques minutes de marche de son domicile au Morcellement De Chazal à Albion.

Les enquêteurs du Central Criminal Investigation Department (CCID) ont bien arrêté un suspect, Marcellin Azie, un mois après le crime. Mais après des aveux complets, ce dernier est revenu sur sa déposition, affirmant avoir parlé par « crainte ».

Pour corser l?affaire, des tests d?ADN effectués en Afrique du Sud ne l?incriminent pas mais signalent en revanche la présence d?un autre suspect sur les lieux du crime.

Depuis, le dossier a changé de mains et a atterri à la Major Crime Investigation Team (MCIT), la cellule homicide du CCID, qui n?épargne aucune piste.

Même les lettres de corbeaux sont prises en compte dans l?espoir de retrouver « le deuxième homme ». Depuis, une demi-douzaine de suspects ont été entendus.

En fin de semaine dernière, les deux chefs de la MCIT, le surintendant Clifford Parsad et l?inspecteur Clency Meeterojoye, ont fait le déplacement à Rodrigues pour interroger l?oncle de Marcellin Azie, Joaquim François. Il était recherché depuis un an mais les enquêteurs n?ont jamais pu mettre la main sur lui car ils croyaient qu?il s?appelait George Gaspard. L?exercice semble n?avoir malheureusement rien donné.

Autre dossier brûlant pour la police, le cas Ackmez Aumeer. Le garçon, âgé de 9 ans, est porté disparu depuis le 25 janvier 2003. Il jouait sur le terrain vague d?un voisin, rue Volcy de Senneville, à Camp-Chapelon, Pailles, lorsqu?il a soudain disparu, sans laisser de traces. Depuis, sa mère, Nazleen, ne vit plus.

Erreurs et zones d?ombre

Elle multiplie les démarches, donne des interviews aux radios et veut rencontrer le Premier ministre, Paul Bérenger, dans l?espoir que cette rencontre incitera la police à redoubler d?efforts pour retrouver son fils aîné. « J?ai rencontré Paul Bérenger lorsqu?il n?était que vice-Premier ministre. Il m?a demandé de garder espoir, qu?il y aura certainement des développements dans l?enquête de la police. Mais voilà seize mois que mon fils est introuvable. »

Nazleen est même partie en pèlerinage à La Mecque en début d?année avec l?intime conviction que ses prières seront entendues. « Maurice est un petit pays, on doit bien retrouver sa trace. On dit que ce sont des proches qui ont peut-être enlevé Ackmez mais j?essaie de voir dans mon entourage qui aurait pu vouloir me faire du tort, mais je ne vois rien. On dit aussi que mon fils a pu être enlevé à cause d?une affaire de drogue mais il n?y aucune piste en ce sens », lance Nazleen.

L?autre affaire mystérieuse est celle des deux morts de Bassin-Blanc, Anshi Ittoo et Ramesh Sandooram, le 11 novembre 2002. La police avait conclu à un suicide mais le Directeur des poursuites publiques (DPP) a renvoyé l?affaire aux Casernes centrales, invitant les enquêteurs à approfondir les pistes pouvant expliquer les hémorragies cérébrales constatées par le médecin légiste Satish Boolell sur les deux amants.

Après la découverte des deux corps enlacés dans le lac de Bassin-Blanc, les proches de Ramesh Sandooram avaient évoqué l?idée que le couple aivait été assassiné à la suite d?un « mistaken identity ». La thèse est que des hommes de main à la solde d?une personnalité politique ont fait la peau à la collégienne et à l?homme marié, croyant avoir affaire à une tierce personne impliquée dans l?agression d?un parent du politicien. Ils s?appuient sur le fait que Ramesh se déplaçait dans la Toyota Land Cruiser ? qu?il venait à peine d?achetéer ? ayant appartenu à cet homme.

Mais la police n?a jamais privilégié cette hypothèse. Même les proches de Ramesh Sandooram ont fini par l?écarter. Un cousin de l?intéressé lance : « Si quelqu?un voulait les supprimer, il ne les aurait pas frappés. Les blessures constatées sur les corps de deux victimes montrent plutôt que les agresseurs se sont acharnés avec colère. Ils devaient désapprouver cette liaison entre un homme marié et une mineure. »

Il poursuit en dénonçant la police, qui « n?a pas enquêté comme il le faut, n?ayant pas interrogé le partenaire en affaires de Ramesh, surtout lorsqu?on sait qu?il gère une flotte de quarante bus et autobus ». Le père d?Anshi, Daya Ittoo, pense lui aussi que les deux amants « ont été battus à mort avant d?être jetés à l?eau ».

Du côté de la police, on explique que quel que soit la lenteur des procédures, un dossier n?est jamais clos tant que les enquêteurs n?ont pas élucidé l?affaire. « C?est facile de critiquer notre travail mais en l?absence de témoignages précis, on ne peut guère avancer, » réagit un responsable de l?équipe qui a hérité du cas Bassin-Blanc.

« On a repris le dossier en cours de route, bien après les faits. Ce qui explique pourquoi il est très difficile pour nous d?avancer sur la piste de l?éventuel complice de Marcellin Azie. Le coupable sait qu?il a gagné du temps et que la police dispose d?un accusé, il mentira certainement lorsqu?on l?interrogera. Seuls les tests ADN vont le confondre », ajoute pour sa part un limier travaillant sur l?affaire Nadine Dantier. « Il n?y a rien de saillant à ce stade. On a exploré différentes pistes mais on n?a rien trouvé, mais on persévère », déclare un responsable de la Criminal Investigation Division (CID) de Port-Louis Sud qui travaille sur la disparition d?Ackmez Aumeer. L?enquête était, à un moment donné, confiée à l?assistant commissaire de police Das Joganah, alors responsable de la police criminelle de l?Ouest et d?une partie des Plaines-Wilhems.

Un malencontreux cafouillage a compromis l?enquête : alors que l?équipe de Das Joganah filait une personne pouvant les mener jusqu?aux ravisseurs, une autre division a arrêté l?individu.

Ce qui a éliminé ainsi toute chance que les ravisseurs se signalent. Depuis, deux personnes ont été arrêtées pour avoir tenté d?escroquer la famille Aumeer au sujet de la récompense proposée contre toute piste permettant de retrouver l?enfant.

Les enquêtes continuent bon gré mal gré et les proches des disparus lancent un appel désespéré au public pour connaître enfin la vérité, qui, dans les circonstances les plus dramatiques, leur permettra de faire enfin leur deuil. Comme pour montrer qu?un dossier n?est jamais clos, la police criminelle du Sud a rouvert cette semaine deux cas de mort inexpliquée remontant à plus de trois ans. Cela après le jugement de la cour de Mahébourg et les enquêtes judiciaires d?usage. La mort de Parvez Damree est elle-même réapparue à la lueur de l?affaire Vinay Deelchand. Comme quoi, même après des années, une tragédie non élucidée peut refaire surface. Pour que la vérité triomphe et que les proches des victimes retrouvent un semblant de paix.

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