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Le pigeon, le voleur et le portable
Martine s?est fait avoir en beauté. Elle a été piégée lundi dernier par un marchand « à la sauvette » près du marché de Port-Louis. Alléchée par la trop classique bonne affaire, elle a été menée en bateau jusqu?au Waterfront où deux malfrats lui ont extorqué Rs 1 700 contre un faux portable.
C?est l?heure du déjeuner et Port-Louis est une vraie fourmilière. De nombreux employés de bureau, principalement des femmes, profitent de la pause pour faire des emplettes. Ces ménagères pressées sont autant de proies faciles pour une bande qui sévit depuis quelque temps dans la capitale.
Un jeune homme approche Martine avec des CD mais elle n?est pas preneuse. Elle a pris l?habitude de rejeter les offres de ces ambulants qui tapissent le quartier.
Le timing des marchands est parfait
Le vendeur s?efface, mais il est immédiatement remplacé par un autre qui vend des téléphones. « Ou envi assete enn portab ? Pas ser di tou. Zoli model. » Il tire l?objet de son emballage et fait une démonstration convaincante. L?arnaque se tisse. Martine montre des signes d?intérêt. Après l?appât, le vendeur peut ferrer son poisson. « Rs 2 300 seleman? Tro ser ? komie ou enna ?
Rs 1 700 ? Dakor. » C?est presque dans la poche. Les deux hommes expliquent à Martine qu?ils doivent être discrets et ils lui donnent la marche à suivre.
Ils empruntent alors le passage souterrain et débouchent sur l?esplanade du Waterfront. Comme convenu, elle s?installe sur un banc et y dépose une enveloppe contenant Rs 1 700. L?un des deux hommes récupère l?argent tandis que l?autre laisse un sac en plastique contenant le téléphone emballé. Le timing des marchands est parfait. Martine n?a pas vraiment le temps de traîner et doit retourner au travail. Elle ne vérifie pas immédiatement le paquet et les deux hommes s?évanouissent dans une foule compacte.
Une fois au bureau, Martine ne peut s?empêcher d?ouvrir son « cadeau ». Elle défait un premier emballage, puis un second, et sort enfin l?objet. Elle vient de perdre Rs 1 700 ! À la place du portable, elle découvre un assemblage fait de verre et de ruban adhésif. Le poids et le volume sont les mêmes que ceux du portable. Elle se sent humiliée comme une bécasse qu?on vient de plumer. « Je ne pouvais pas croire ce qui venait de m?arriver. Je suis retournée sur place avec un collègue et un marchand auquel je me suis adressée, m?a dit qu?il avait voulu me mettre en garde lorsque les deux hommes m?ont approchée. Il m?a confié que ces types ont l?habitude de sévir près du marché. »
Une fois chez elle, Martine relate sa mésaventure à son mari qui lui raconte qu?un planton d?une grande compagnie a récemment subi le même sort. Quelques jours plus tard, elle apprend qu?un proche de son employée de maison a été victime des mêmes escrocs.
« Je me souviens maintenant qu?une fois dans le passage souterrain, l?un des malfrats a retiré quelque chose de sa poche. »
De toute évidence, cette petite bande organisée de la capitale est déjà repérée. Elle cause du tort à la réputation du marché central et à celle des commerçants. Décidément, le problème des ambulants ne fait que se déplacer?
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