Publicité
« La décision de la Grande-Bretagne est une véritable douche froide »
Par
Partager cet article
« La décision de la Grande-Bretagne est une véritable douche froide »
La taxe d?arrivée de 20 euros provoque une vague de mécontentement?
Je maintiens que 20 euros, ce n?est pas énorme. Il faut voir cette nouvelle taxe par rapport aux contraintes budgétaires. Il faut aussi considérer le package d?incentives que le gouvernement offre au secteur hôtelier : terrains, facilités hors taxes, etc. Quand on parle de cette taxe, il ne faut pas occulter ces autres aspects.
C?est peut-être le moment de son introduction qui n?est pas propice. Le secteur connaît en effet une faible croissance?
Le moment n?est jamais bon quand il s?agit d?introduire une taxe. Mais celle-ci est davantage une contribution que l?on réclame en raison d?une situation difficile. C?est vrai que la compétition entre les différentes destinations est féroce, mais soyons réalistes, ce ne sont pas 20 euros qui vont faire reculer la destination Maurice.
À ceux qui clament que le secteur touristique devient « une vache à lait », que répondez-vous ?
Ce n?est pas vrai. C?est quoi 20 euros ? C?est l?équivalent de deux bières dans un grand hôtel. Ce n?est rien par rapport aux 2 000 à 3 000 euros que le touriste dépense au total. Les gros hôteliers font de gros profits, parfois jusqu?à Rs 2 milliards. Aujourd?hui, le gouvernement leur réclame une petite contribution, un geste de solidarité. Il faut qu?on serre les rangs.
Ce sont davantage les petits opérateurs qui vont souffrir?
En fait, tout dépend du marketing. Les différentes gammes de produits et services offerts à Maurice se vendront mieux grâce à une meilleure promotion. Une partie des recettes que générera la nouvelle taxe y sera consacrée.
Le budget de promotion touristique a augmenté de Rs 20 millions. Mais est-ce suffisant pour vendre Maurice, d?autant qu?il y a les nouveaux marchés asiatiques à conquérir ?
L?argent pour la promotion n?est jamais suffisant. J?ai dit aux hôteliers qu?il y a un travail concerté à faire : on va vendre la destination et eux, leurs différents produits. Quant au marché chinois, c?est un investissement dans le temps. On négocie déjà avec les autorités chinoises pour qu?Air Mauritius puisse atterrir à Shanghai ou à Guandong. On souhaite que cela soit possible d?ici la fin de l?année. En Inde, cela devrait prendre moins de temps, puisqu?on a déjà plusieurs vols vers ce pays.
Votre politique protectionniste envers Air Mauritius, qui s?oppose à la libéralisation de l?accès aérien, ne risque-t-elle pas de nous desservir ?
J?ai dit qu?il faut toujours placer Air Mauritius au centre de notre développement touristique. Les autres lignes aériennes risquent de nous quitter, mais Air Mauritius sera toujours là. Par exemple, les Seychelles sont aujourd?hui dans une situation difficile car British Airways y a cessé ses activités.
Le tourisme haut de gamme que l?on cible suffira-t-il pour remplir les 3 200 nouvelles chambres ?
C?est vrai qu?on vise le haut de gamme, mais c?est une technique de marketing. Il faut toujours voir grand, comme cela on a plus de chances. Non je ne suis pas inquiet pour remplir les nouvelles chambres. Outre l?Inde et la Chine, on lancera également une campagne dans les pays du Golfe.
L?arrivée d?Emirates Airlines a-t-elle vraiment changé les choses ?
J?ai récemment parlé aux patrons d?Emirates Airlines. C?est vrai que nous n?avons pas eu le nombre d?arrivées que nous attendions. Nous avons décidé conjointement d?effectuer un marketing plus agressif. Quand dans les pays arabes il fait très chaud, à Maurice le climat est beaucoup plus frais. C?est une façon originale de voir les choses, en combinant les climats.
Mais sur le plan local, outre le cadre enchanteur des hôtels, sur quels nouveaux aspects le marketing reposera-t-il ?
J?ai envie de développer davantage le pays et de faire connaître ses cultures.
Le « marathon du dimanche » qu?on lance s?inscrit dans cette optique. Au mois de septembre, il y aura le Festival de Port-Louis. Pendant trois jours, l?occasion sera donnée de faire revivre la capitale et ses valeurs. Il y aura des spectacles de rue. Il faut redonner une âme à notre capitale qui, il faut le dire, meurt après 18 heures.
Abordons le volet diplomatique. En tant qu?ancien ministre des Affaires étrangères, comment réagissez-vous à la décision de la Grande-Bretagne de reprendre le contrôle de l?immigration vers les Chagos ?
C?est une véritable douche froide. Nous étions dans une phase de consultations avec la Grande-Bretagne, mais cette décision surprenante a été prise de manière unilatérale et à notre insu. Mais nous allons réagir. Des recours juridiques à la cour internationale de justice sont envisagés.
Quel est le mood entre Port-Louis et Londres ?
C?est sûr que cela a affecté le mood. Je suis personnellement très déçu. Les raisons de notre déception sont multiples : d?abord à cause des Chagossiens qui n?ont plus le droit de retourner dans les îles. De même, les droits acquis des pêcheurs mauriciens qui y allaient sont aujourd?hui enlevés.
Autre mauvaise nouvelle diplomatique, malgré un intense lobbying, Maurice n?a pas eu la dérogation tant souhaitée de l?Agoa III?
Il y a deux façons de voir les choses. Tout d?abord, l?extension de l?Agoa est déjà une bonne chose puisque nous disposerons de plus de temps pour exporter vers le marché américain. Bien évidemment, ce serait mieux d?avoir la dérogation. Mais maintenant il faut surtout espérer que le Sénat vote rapidement la loi. Sinon il y aura l?élection présidentielle, et il nous faudra attendre un nouveau président et un nouveau Sénat.
N?est-ce pas trop exagéré de parler des « excellentes » relations entre Maurice et les États-Unis ou la Grande-Bretagne ?
Nous pouvons ne pas être d?accord avec les Anglais sur le dossier des Chagos, mais cela ne remet pas en question nos relations historiques. Il ne faut pas se focaliser sur un seul sujet. Quant à l?Agoa, contrairement aux Chagos, ce n?est pas une affaire bilatérale.C?est entre les États-Unis et l?Afrique sub-saharienne. Et je ne pense pas que la non-obtention de la dérogation soit un geste hostile.
Parlons politique. Votre parti, le MSM, sort grandi de ce premier budget de Pravind Jugnauth.
Le budget était une occasion exceptionnelle pour Pravind Jugnauth d?être jugé par la population. Et il a réussi avec brio. Il a envoyé des signaux clairs sur la politique socialiste que prône le MSM, surtout quant à la démocratisation de l?économie.
Les travaillistes affirment justement que le MSM leur a « piqué » leur thème.
Je ne savais pas que le PTr avait un copyright sur tel ou tel thème.
Contrairement à Pravind Jugnauth, vous n?avez pas omis de souligner le travail effectué au ministère des Finances par Paul Bérenger?
Il faut reconnaître et saluer un bon travail. Paul Bérenger a fait un boulot formidable en rééquilibrant les Fundamentals de notre économie, ce qui nous permet d?avoir ce budget socialiste aujourd?hui. Et puis, il n?est pas vrai de dire que Pravind Jugnauth n?a pas fait allusion au travail de Bérenger. Dans son discours du budget, il dit ceci : « In the last three budgets, government has sharpened its focus on Education, Health Care, Social Welfare, Poverty Reduction [?] In this budget, we continue these efforts? »
Comment se porte l?alliance MSM-MMM ?
À merveille. Nous poursuivons le bon travail que nous avons commencé. Les travaillistes ont toujours prétendu que cela n?allait pas marcher entre nous, que Jugnauth père allait révoquer Paul Bérenger, et aujourd?hui, ils ne savent plus quoi dire, alors ils inventent n?importe quoi. Quant à nous, nous maintenons notre cap. Et c?est cette même équipe qui se présentera aux prochaines législatives.
La « Winning Formula » fait donc l?unanimité?
Je ne la connais pas encore. Je sais que mon leader en a parlé avec le Premier ministre. Mais le bureau politique du MSM, lui, n?en a pas encore discuté. L?essentiel, c?est qu?on soit tous solidaires au gouvernement.
Sauf peut-être pour Sylvio Michel?
Même dans ce cas, nous étions solidaires avec lui. Il nous avait dit qu?il allait s?abstenir sur le projet de loi sur les OGM et nous avons respecté son choix et ce,en toute solidarité?
« Nous pouvons ne pas être d?accord avec les Anglais sur les Chagos, mais cela ne remet pas en question nos relations historiques »
Publicité
Publicité
Les plus récents