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«La taxe d?arrivée doit servir au marketing»
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«La taxe d?arrivée doit servir au marketing»
N?est-ce pas l?industrie elle-même qui avait suggéré la taxe d?arrivée touristique préconisée dans le budget ?
L?industrie avait fait une proposition en ce sens, oui. Les hôteliers avaient suggéré que le prélèvement de dix dollars par touriste, voulue par le gouvernement serve à financer la promotion de la destination. Mais ce que le gouvernement s?apprête à faire est bien loin de ce que nous avions en tête.
Pourquoi l?industrie résiste-t-elle maintenant à sa propre suggestion ?
Nous sommes déçus de constater que l?Etat s?approprie la recette de la taxe alors qu?à l?origine, elle devait financer la promotion. Le gouvernement fait de cette contribution une taxe sectorielle, un concept contre lequel le secteur privé a toujours lutté.
Le budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) a été augmenté de Rs 20 millions. N?est-ce pas une juste contrepartie ?
C?est une hausse dérisoire ! Nous avons un énorme problème de visibilité sur le marché. Tous nos partenaires s?en plaignent. Le gouvernement aurait pu et aurait dû trouver ailleurs les fonds nécessaires pour étoffer la promotion de la destination. Il ne l?a pas fait et, quand nous l?aidons à mobiliser cet argent, il en fait un autre usage. Ce n?est pas juste. Nous demandons que l?argent de la taxe serve au marketing de Maurice. De plus cette taxe doit être aménagée pour tenir compte du fait que le marché régional nous apporte une clientèle régulière. Cette mesure risque de décourager. Ce n?est pas le moment car au vu de la faible progression des arrivées couplée à une hausse du nombre de chambres, il nous faut faire feu de tout bois si nous voulons maintenir le taux de croissance le plus élevé possible.
Quel serait le budget idéal pour la MTPA ?
La norme est de consacrer au moins 2 % des recettes annuelles à la promotion d?une destination. Ce budget exclut les frais de roulement de l?organisation. L?industrie a réalisé un chiffre d?affaires de Rs 20 milliards l?année dernière. Le budget de marketing devrait donc se situer dans les Rs 400 millions. L?Etat propose d?y contribuer à hauteur d?environ Rs 160 millions, frais de fonctionnement inclus, ce qui est nettement insuffisant. Un prélèvement de dix dollars par touriste aurait généré environ Rs 210 millions supplémentaires.
Donc, ce qui gêne, c?est l?usage qui serait fait des recettes ?
Par rapport aux premières discussions sur le sujet, le montant du prélèvement a plus que jamais doublé et il sera en euros, une monnaie plus forte. L?incidence sur le tourisme régional sera catastrophique. Un Réunionnais, par exemple, vient à Maurice en moyenne quatre fois par an. Le voyez-vous en train d?augmenter son budget de vacances de 80 euros ou plus s?il voyage en famille? La petite hôtellerie paiera également le prix fort.
N?avait-on pas tenu ces mêmes arguments quand fut introduite la «Hotel and Restaurant Tax» ?
La situation est comparable. A l?époque, les recettes provenant de cette taxe devaient servir à financer la promotion touristique. Mais l?Etat s?en était approprié pour un tout autre usage. Quand la TVA a été introduite, nous avons négocié pour la remplacer par l?Hotel and Restaurant Tax. Nous voilà de nouveau à la case départ.
Direz-vous que l?industrie du tourisme est excessivement taxée ?
Nous sommes les seuls à payer une taxe pour l?environnement sur notre chiffre d?affaires, alors que nous sommes une industrie propre. Néanmoins, pour moi, ce n?est pas tant le degré de taxation qui est important. C?est l?objectif poursuivi qui compte.
L?objectif déclaré du gouvernement est de faire du tourisme le moteur du développement pour Maurice.
Je suis entièrement d?accord avec ce choix d?orientation. En réalité, c?est l?hôtellerie qui sera ce moteur. Ce n?est pas un hasard si l?investissement dans l?hôtellerie est avidement encouragé. Ce n?est pas en taxant qu?on l?encouragera.
Sentez-vous que le gouvernement ne donne pas suffisamment de moyens à l?industrie pour réaliser son potentiel ?
Tout ce que fait le gouvernement c?est de donner des terres pour la construction des hôtels. Le promoteur fait le reste. Eau, électricité, téléphone, routes d?accès? tout est à ses frais. Depuis peu, le promoteur doit également verser la somme rondelette de Rs 25 millions à un fonds pour le développement social. Mais il faut davantage pour que l?industrie puisse tenir ses promesses de croissance. Le marke-ting doit être un composant essentiel de cette politique d?expansion. Mais il faut reconnaître que le modèle mauricien a été copié et ceux qui l?ont fait, se vendent de manière agressive. En tant que bon gestionnaire, le gouvernement doit réagir et se donner les moyens de réaliser son objectif : «Mauritius will be a tourism driven economy.»
L?Etat semble estimer que c?est à l?industrie de faire l?effort. Après tout, c?est elle qui empoche les profits.
C?est avec ces profits qu?on crée la richesse et l?emploi. Les hôteliers et Air Mauritius font leur part. Le gouvernement semble faire une confiance aveugle en notre capacité de rebondir. Nous devrions nous sentir flattés. Mais nous avons nos limites. Nous jouons sur le marché international où, en tant que destination euro, nous sommes désavantagés au départ par rapport aux destinations se monnayant en dollars, comme les Caraïbes ou les Maldives. L?Etat devrait y réfléchir.
Pourquoi ?
Nous peinons à faire augmenter les arrivées touristiques alors que le nombre de chambres ne cesse d?augmenter. Cela entraîne un déséquilibre croissant entre l?offre et la demande. Le taux d?occupation baisse constamment : 70 % en 2002, 63 % en 2003, probablement 57 % cette année et 52 % l?année prochaine. Le seuil de pro-fitabilité d?un d?hôtel pratiquant des tarifs normaux se situe entre 56 et 58 %. Clairement, d?ici l?année prochaine, bon nombre d?hôtels devront opérer en dessous de ce seuil. Le gouvernement prévoit l?ouverture, à terme, de 17 nouveaux hôtels. Une guerre des prix me semble inévitable, ce qui ramènera le seuil encore plus bas avec des conséquences désastreuses.
Que peut faire l?Etat ?
Ce n?est pas à moi de dicter sa conduite à l?Etat. Mais, à bien y voir, la situation n?est pas très différente de celle d?il y a une quinzaine d?années avant 1990. Face à la demande, la construction d?hôtels a été largement encouragée. Un an plus tard, la guerre du Golfe éclate et on setrouve dans le même scénario de surplus d?offres face à une demande stagnante. Le gouvernement a réagi : il a baissé la taxe sur la restauration et les nouveaux projets ont été gelés. A cette époque, letaux d?arrivées d?une année à l?autre était de plus de 10 %, sauf pour 1990.
Voulez-vous dire que l?Etat devrait revoir sa politique d?expansion hôtelière ?
Pas du tout. On veut construire 17 nouveaux hôtels ? Très bien, mais donnons-nous les moyens pour les rentabiliser.
Est-ce uniquement le marketing ou faut-il attribuer la stagnation dans desarrivées au positionnement de la destination ?
Le positionnement ne pose aucun problème. Certes, le marché a changé. Les hôteliers ont réagi. Personnellement, je ne construirai pas un nouvel hôtel grand luxe aujourd?hui. Nous avons également réagi au marché en adoptant la nouvelle tendance all inclusive. Cela semble étonner mais je dois faire ressortir que ce ne sont pas les hôteliers qui ont inventé cette formule. Refuser des packages all inclusive, c?est perdre des parts de marché.
Il faudrait également régler enfin le problème d?accès aérien.
Nous y travaillons avec le gouvernement et Air Mauritius. Tout ce que les hôteliers demandent c?est une harmonisation des tarifs aériens durant toute l?année.
Ne faudrait-il pas ouvrir un tant soit peu le ciel ?
Les hôteliers devraient commencer par accorder leurs violons car tous les avis ne convergent pas. En même temps, il faut protéger le transporteur national car il demeure notre allié le plus stratégique. Air Mauritius a dit qu?elle peut faire mieux. Pour le moment, il n?y a pas urgence.
On pourrait aussi optimiser le potentiel Emirates. Pourquoi ne lefait-on pas ?
Le grand contentieux concernant Emirates c?est qu?elle n?a pas tenu son engagement d?apporter des touristes arabes et qu?elle fait plutôt de la compétition à Air Mauritius au départ de l?Europe. Mais le tour-opérateur Emirates demande encore un assouplissement du régime de visa pour amener ses touristes du Golfe. Il faudrait donc l?aider à le faire. Je pense aussi qu?un vol quotidien d?Emirates sur Maurice ne peut pas faire de mal dans la conjoncture actuelle, bien au contraire.
Le nouveau ministre du Tourisme semble avoir des idées assez originales pour dynamiser le secteur.
Nous aimerions expliquer au ministre Anil Gayan notre lecture de la situation et discuter avec lui du meilleur moyen de s?en sortir. Je suis pour ma part un peu sceptique par rapport au potentiel indien pour avoir beaucoup travaillé ce marché.
Quelles sont les perspectives pour cette année ?
J?ai bien peur qu?elles ne soient pas très bonnes. Nous avons réalisé 1.5 % durant le premier trimestre. Je prévois que nous terminerons l?année avec au mieux, une croissance de 0.5 %.
«Nous aimerions expliquer au ministre Anil Gayan notre lecture de la situation et discuter avec lui du meilleur moyen de s?en sortir.»
«L?État aurait pu et aurait dû trouver ailleurs les fonds pour étoffer la promotion de la destination. Il ne l?a pas fait et, quand nous l?aidons, il en fait un autre usage.Ce n?est pas juste.»
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