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Suicide : Comprendre les signes

18 juin 2004, 20:00

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« Il n?a donné aucun signe, ni à la famille, ni à ses amis. Nous étions heureux, il ne manquait de rien et il avait tout ce qu?il voulait. Son suicide nous a pris par surprise. » Ce père de famille, qui a eu la douleur de perdre un enfant en pleine adolescence, a tenté de savoir le pourquoi de ce geste, à se demander s?il aurait pu l?éviter. Bien après le drame, il cherche encore des réponses aujourd?hui.

Ce suicide, comme les autres, n?était sans doute pas un acte aussi impromptu qu?il le croit. Le suicide est prémédité. Calculé depuis de longs mois. Quand jeunes ou vieux décident de ne plus cheminer avec ceux qu?ils aiment ou détestent, la raison et l?instinct de conservation entrent en sommeil et des signaux sont émis. Des signes forts qui ont une seule signification : « Je vais me suicider. »

Les psychologues relèvent une dizaine de symptômes fréquents. Des changements sont perceptibles dans le caractère de la personne et dans ses habitudes : refus de s?alimenter, attitude rebelle, abus d?alcool ou de drogue, tenue négligée, isolement, insomnie, déclin de la qualité du travail scolaire, plaintes physiques fréquentes, souvent en relation avec des émotions : maux de ventre, de tête, fatigue, perte d?intérêt pour les activités plaisantes. Des signes, en somme, de dépression.

L?expression verbale peut également donner l?alarme. L?adolescent qui cherche à se suicider peut aussi se plaindre d?être « pourri », « dégénéré », utiliser des mots pour expliquer qu?il se sent « inutile, un rien, un zéro » ou des affirmations dans ce sens. Il peut surtout lancer des indications plus explicites : « Je vais bientôt partir » ; « je vais bientôt vous quitter » ; « je ne vous verrai plus » ; ou « je ne serai bientôt plus un problème pour vous ». Des choses que l?on a tendance à prendre à la légère mais qui veulent dire : « J?ai besoin d?aide. »

Malheureusement, quand il s?agit d?adolescents, ces symptômes se confondent avec des attitudes qui accompagnent les changements propres à cet âge délicat. En outre, on ne s?imagine pas que ce mal-être, proche de la dépression, peut aller jusqu?au suicide. Mais le plus grave, c?est que ces signes sont parfois si subtils que l?entourage est loin de pouvoir faire le lien.

O?, 27 ans, a perdu son frère aîné alors qu?il n?avait que 12 ans et lui 15. Il affirme n?avoir vu aucun signe, aucune indication. De même, un ex-responsable de relations publiques, qui a connu trois suicides dans sa famille, a beau se ressasser les épisodes d?avant le drame, il ne voit rien. « Aucun signe, explicite ou subtil, dans les quatre cas. Rien qui indiquait que ces gens allaient se suicider, quoique les raisons de ces suicides aient été par la suite tirées au clair. »

Quand on lui donne les pistes des psychologues, le père d?un jeune suicidé semble pouvoir recoller les pièces. « La seule chose que j?ai pu remarquer, c?est qu?il avait comme une façon provocante de regarder les gens la veille de son suicide. » Pour Véronique Wan Hok Chee, ce regard de défiance peut être attribué à ce que la psychologue appelle le comportement rebelle d?un candidat au suicide.

Le frère d?O? avait, lui, rangé toutes ses affaires quelques heures avant, « comme s?il partait pour un voyage et qu?il laissait derrière des choses qu?il allait retrouver », explique un des parents. Or, mettre ses affaires en ordre, donner par exemple des objets précieux ou les mettre à la poubelle est un signe qui peut annoncer un suicide (voir hors-texte), est une manière de se préparer.

Cet adolescent est allé plus loin. Il a demandé une corde à un de ses amis, un ami éloigné il est vrai. Quand ce dernier lui a demandé quel type de corde et à quelle fin il cherchait la corde, il a répondu : « Pour me suicider. » Une affirmation qui a été prise pour une plaisanterie. De même, ce jeune de Rose-Hill avait appelé sa petite amie quelques minutes avant le drame pour lancer un signal d?alarme.

Après coup, le puzzle peut être reconstitué. Les proches se disent que s?ils avaient su comprendre que ceci signifiait cela, ils auraient agi. Pour sensibiliser aux signes possibles de dépression, des ONG, dont Befrienders, cherchent aujourd?hui à mener une campagne nationale. Mais il ne suffit pas de reconnaître les signaux pour éliminer les risques de suicide.

Pour traiter la dépression, il faut avoir recours aux psychologues ou aux psychiatres. Mais là intervient un blocage. La plupart des Mauriciens évitent le cabinet de tels professionnels, craignant d?être pris pour des fous. D?être stigmatisés. Les familles ont parfois honte d?y emmener leurs enfants.

Les psychologues pensent que les moeurs changeront devant le taux de plus en plus élevé de suicides et de dépressions. Certains reçoivent d?ailleurs aujourd?hui en moyenne une demi-douzaine de cas de jeunes par semaine. Autant de victimes potentielles que l?on sauve.

Taux de suicide trop élevé

En 1970, Maurice comptait 1,7 suicide par 100 000 habitants. En 1998, le chiffre atteint déjà 14,8 pour 100 000 habitants. L?Organisation mondiale de la santé, lors d?un atelier de travail en 1999, tire la sonnette d?alarme et attire l?attention des autorités sur cette multiplication par huit des suicides qui place Maurice dans la même fourchette que les pays à haut taux de suicide, comme le Japon, Singapour, et certains pays d?Europe. Depuis, rien n?a pu freiner cette frénésie du suicide et le taux reste élevé et est aujourd?hui de 16 par 100 000 habitants.

L?adolescent peut lancer des indications : «Je vais bientôt partir, je vais bientôt vous quitter, je ne serai bientôt plus un problème pour vous?» Des choses que l?on a tendance à prendre à la légère mais qui veulent dire : «J?ai besoin d?aide.»

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