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La tolérance
La tolérance est une attitude qui consiste à admettre qu?autrui puisse avoir ses opinions et proférer des croyances (de tous ordres, mais, particulièrement religieuses) différentes des miennes. Les catholiques et les protestants décident de se tolérer mutuellement, c?est-à-dire de ne plus attenter à la vie d?autrui pour ses convictions. C?est le respect de la différence qui suppose lui-même le droit à l?erreur.
Mais précisément, y a-t-il un droit à l?erreur ? Est-ce un devoir (une vertu) de s?abstenir, de convaincre autrui qu?il est dans l?erreur lorsqu?on est sûr soi-même dans la vérité ? Cette attitude ne conduit-elle pas au scepticisme, à la négation de la vérité, donc à l?indifférence qui est tout le contraire de la vertu ? Plus généralement, la vertu peut-elle exister sans le savoir et la certitude que l?on sait, la vérité ? N?y a-t-il pas des cas où la tolérance est faiblesse, lâcheté, lorsqu?à force de tout tolérer, on tolère l?intolérable, c?est-à-dire l?atteinte à la tolérance ? « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », disait Saint-Just.
Elle paraît liée tout d?abord à l?affirmation de la dignité humaine : de Montaigne à Voltaire. Pas de justice en particulier, sans tolérance. Existence en chacun de la même humanité, qui n?autorise personne à disposer de la vie d?un autre, surtout pour des questions de croyances religieuses ou de convictions politiques. C?est le fondement même des droits de l?homme.
Liée à l?affirmation de la dignité et de la grandeur de l?homme, la tolérance est vertu, c?est-à-dire devoir et exigence morale parce que liée aussi à l?affirmation de sa faiblesse. Qui peut se flatter de posséder la vérité et de pouvoir l?imposer ? Existe-t-il vraiment une vérité universelle que tous pourraient reconnaître et admettre. On ne peut que le croire et non le démontrer : la tolérance, comme vertu, se lie alors à la critique de tous les dogmatismes, religieux, philosophiques, et politiques.
Faut-il donc tout tolérer au nom de la justice et de liberté ? Ces deux valeurs autorisent-elles à laisser libres ceux qui veulent supprimer la liberté de leurs semblables ? La tolérance n?est-elle pas un concept contradictoire qui ferait, qu?à long terme, une tolérance absolue (sans limites) est assurée d?engendrer son contraire, la tyrannie ?
La grande faiblesse de la tolérance c?est que, sous couvert de droits de l?homme, elle semble bien conduire à l?indifférence et au scepticisme, c?est-à-dire tout droit à la conscience malheureuse, déchirée entre l?idéal de reconnaissance des hommes les uns par les autres, et le fait de la méconnaissance, conduisant inévitablement au déchaînement de la violence et au triomphe de la force.
Cela ne vient-il pas de ce que la tolérance implique le scepticisme, le refus de l?idée de vérité ? Ne sacre-t-on pas ainsi le retour du tyran (même si c?est sous sa forme moderne d?état totalitaire), à partir d?une mauvaise théologie.
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