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L?adoption : une alternative à l?avortement ?

12 juin 2004, 20:00

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«Une femme souffre et pleure : elle désire avoir un enfant et elle ne le peut pas. Une femme est désespérée : elle est enceinte d?un enfant dont elle ne veut pas. Pour ces deux femmes, les difficultés semblent insurmontables. Une solution pourrait être l?adoption » : voici le cri de c?ur de Maryse Rouillard. En publiant une annonce dans la presse, elle veut rallier le public à sa cause : la création d?une association pour que les femmes enceintes qui veulent avorter et celles qui souhaitent adopter, puissent s?entraider. « Cette mesure permettra de mettre un frein à l?avortement, ce serait un antidote. J?attends de l?aide des associations qui peuvent aussi prendre la relève », confie Maryse Rouillard.

À Maurice, ce sujet sensible déchaîne les passions. Il y a quelques jours, un débat avec pour thème « L?avortement, pas une solution » a eu lieu au Plaza dans le cadre de la campagne d?information du Comité interculturel pour le respect de la vie. Même si plusieurs personnes sont pour la légalisation de l?avortement, pour d?autres, pas question d?ôter la vie !

Et si cette vie non désirée peut servir à d?autres, qui n?attendent que de la choyer ? L?adoption peut-elle réellement être une alternative à l?avortement ? « L?adoption est une vraie alternative à l?avortement. Cette mesure donnera la chance aux personnes qui ne peuvent pas avoir d?enfant de pouvoir en adopter un », explique Maryse Rouillard. Monique Dinan, présidente du Mouvement d?aide à la maternité (Mam) approuve : « Je pense que d?une part, cette alternative permet de donner à l?enfant adopté les possibilités d?une vie où il sera aimé, protégé et valorisé et, d?autre part, on donne aux parents adoptifs l?occasion d?accueillir un enfant qu?ils élèveront et avec lequel ils partageront une vie de famille ».

Comme nos deux interlocutrices, le père Henri Souchon et Cadress Rungen, de l?unité de prévention de la Natresa, accueillent bien cette option.

« D?un côté, on refuse la naissance d?un enfant, de l?autre, on souhaite vivement sa venue au monde. Mettez les deux ensemble ! La solution pratique à l?avortement est l?adoption », déclare le prêtre. Pour Cadress Runghen, l?adoption n?est pas un abandon, mais plutôt un don. « C?est une alternative à l?avortement, vu que cela permet de préserver une vie humaine », assure-t-il.

Tout le monde ne partage cette opinion. Lindsey Collen, membre de Lalit, trouve cette idée tout simplement farfelue : « L?adoption en guise d?alternative à l?avortement n?est rien d?autre qu?un argument de manipulation. L?adoption est déjà une mesure effective dans notre société. Elle concerne l?enfant, alors que l?avortement touche la femme enceinte, et donc son intégrité corporelle. Cette idée est une insulte à la condition féminine. Cela sous-entend que la femme n?est rien de plus qu?un incubateur pour f?tus, une machine sans sentiment? ».

Narghis Bhundun, avocate, soutient que ce serait une solution bien trop facile : « Un bébé n?est pas un objet. L?adoption et l?avortement n?ont rien à voir. Quand un enfant naît et que l?on décide de ne pas le garder, cela ne veut pas dire forcément qu?il faut le faire adopter. Il y a d?autres options, les familles d?accueil par exemple. Il ne faut pas institutionnaliser cette pratique ».

Imaginons un instant que cette solution soit mise en application. Sera-t-elle pour autant sans danger et n?entraînera-t-elle pas d?autres problèmes ? Sur le plan psychologique, le fait de donner son enfant à d?autres après la naissance provoque souvent de nombreux troubles chez la mère : regret, culpabilité, agressivité, dépression et mépris de soi. « Une fois que le bébé est né, l?instinct maternel est plus fort. La mère, qui s?est préparée à faire adopter son enfant, peut alors changer d?avis, car elle est attachée à son enfant », explique le père Henri Souchon.

Mais surtout, cette « alternative » peut ouvrir la voie à toutes sortes d?abus. Serons-nous à l?abri du trafic d?enfants ? « Ces risques sont réels. Et ce type de trafic sera malheureusement une conclusion assez logique si la société perçoit la femme comme une machine à produire des êtres humains », prévient Lindsey Collen.

<B>Le théâtre d?un trafic d?enfants</B>

Dans les années quatre-vingt-dix, de forts soupçons pesaient sur Maurice, accusé d?être le théâtre d?un trafic d?enfants. « J?ai connu le temps où il suffisait de se rendre à l?hôpital civil et d?y rencontrer une mère qui venait d?accoucher et qui ne désirait pas garder son enfant. Ce dernier était alors pris en charge par un couple. C?était aussi simple que ça ! J?ai l?impression que si une entreprise se lançait dans la vente des bébés, elle ferait de très bonnes affaires. Il y aura le risque aussi que certaines mères essaient de monnayer leur enfant auprès des parents adoptifs. Mais on se demande ce qui est mieux dans cette situation ? la vente ou le meurtre ? », souligne le prêtre.

Cadress Rungen concède également que ces risques sont possibles, mais il pense qu?ils peuvent être évités : « La vie humaine n?a pas de prix. Il est primordial que l?adoption, dans le cas d?une mère qui songe à avorter, se fasse avec beaucoup de précautions pour garantir le bien-être de l?enfant avant tout ». Pour Narghis Bhundun, avec ou sans cette alternative, ces abus existent et perdureront. « Même si on légalise l?avortement, ces problèmes existeront toujours dans notre société », explique-t-elle.

<B>Un cadre légal indispensable</B>

Une telle association est-elle légale? «À priori, elle sera légale à condition qu?elle soit non lucrative et s?assure qu?il n?y ait pas de trafic d?enfant. Je pense que les fondateurs doivent bien établir des objectifs et les articles régissant l?organisation, rencontre les autorités afin d?agir en conformité avec les lois existantes», déclare un avocat. De son côté, Maryse Rouillard assure que l?association travaillera en toute transparence et renvoit la balle à l?Etat pour veiller à ce qu?il n?y ait pas de trafic d?enfant. Un cadre légal semble donc indispensable pour régulariser l?option avortement/adoption. « Ce cadre est nécessaire, ainsi que la vérification de la moralité des personnes responsables de l?organisation », affirme-t-elle. Y a-t-il d?autres conditions qui doivent s?appliquer pour exercer un contrôle ? « Des enquêtes précises pour déterminer la sécurité et la fiabilité des parents adoptifs doivent être effectuées. Il faut aussi que les avocats, les psychologues et les travailleurs sociaux se concertent pour s?assurer du bien-être de l?enfant qui sera adopté. Je pense également que la future mère doit être encadrée dès la grossesse et non après l?accouchement », déclare Cadress Rungen.

Ce projet d?association n?en est qu?au stade d?ébauche pour l?instant. Reste à déterminer qui sera désigné pour assumer les responsabilités, les conditions d?application et surtout, le plus important, le cadre juridique. N?oublions pas que des vies sont en jeu.

<I>« Cette idée est une insulte... Cela sous-entend que la femme n?est qu?un incubateur pour f?tus »</I>

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