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A nos lecteurs

11 juin 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nous avons reçu une dizaine d?appels de lecteurs outrés par notre choix de photo pour l?accident meurtrier de Bagatelle. Ce choix est discutable ? nous en avons d?ailleurs discuté ? mais choquer était malheureusement notre but. Ce n?était ni par ?goût du sensationnel? ni par méconnaissance de notre responsabilité sociale, comme certains l?ont insinué. Il nous a semblé au contraire que nous assumerions notre responsabilité journalistique en bouleversant suffisamment le lecteur pour éveiller chez lui la prudence.

L?objectif était de faire réfléchir, non de choquer gratuitement. Parce que nous avons nous-mêmes été non seulement choqués mais exaspérés par la violence de cet accident. Exaspérés que cela puisse toujours se produire malgré les appels à la prudence, les campagnes d?affiche montrant des tas de ferraille, les chiffres rappelés sans cesse. Pour orienter notre choix, nous nous sommes reposés sur notre chartre. Elle s?inspire des recommandations du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, première école française de presse. Voici ce qu?elle dit :

L?éthique de la profession de photojournaliste s?oppose à la publication des photos de cadavres. On peut cependant admettre leur publication dans quatre cas :

  1. La photo a valeur d?avertissement à l?adresse des lecteurs. Le journal relate les circonstances d?un grave accident de la route et la photo montre au milieu de la chaussée le cadavre du responsable de l?accident. Elle peut impressionner les lecteurs et leur recommander la prudence au cas où ils se trouveraient un jour dans une situation semblable.

  2. Il peut arriver que les circonstances et les conséquences d?un accident aient un caractère si exceptionnel que la description écrite des faits ne suffise pas aux lecteurs pour comprendre exactement ce qui s?est passé. Quand on lit dans un journal que, sur la route d?Espagne, un camion-citerne a explosé et que, en deux secondes, les vacanciers d?un camping situé au bord de la route ont été changés en statues, les lecteurs ne peuvent pas se faire une idée exacte de l?effet de l?explosion (?). Il faut donc une photo, car elle seule peut communiquer l?information d?une façon valable.

  3. On peut admettre la publication de photos macabres, scènes de génocide, de terrorisme, etc. dans le but de discréditer un mouvement ou un régime politique aux yeux de l?opinion publique, justifiant ainsi, dans certains cas, les représailles ou actions punitives engagées par un Etat de droit.

  4. Un fait divers peut, dans certains cas exceptionnels, prendre l?envergure d?un événement, et justifier la publication de photos montrant des cadavres. Ce fut le cas du suicide collectif à la Guyanne en 1979, où 904 personnes se sont donné la mort simultanément. La manifestation des hooligans anglais dans un stade de football en Belgique, où une quarantaine de personnes sont mortes piétinées étaient également un fait divers de dimension exceptionnelle. Là aussi, les photos étaient indispensables pour la compréhension de l?événement.

(Le photojournalisme, 1998, Editions du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, p. 161).

C?est, le lecteur l?aura compris, pour la valeur d?avertissement et de conscientisation qu?elle pouvait contenir que nous avons choisi cette photo (parmi d?autres beaucoup plus macabres par ailleurs). La légende justifiait en partie ce choix. Nous espérons que la famille des victimes, qui a dû être autrement plus bouleversée par la vue même des corps de ses proches que par nos images, nous pardonnera ce choix si elle l?estime mauvais. Mais nous avons considéré que cette photo pouvait provoquer une conduite plus soucieuse des autres automobilistes. Ce fut personnellement notre cas?

Au lecteur qui n?aura pas compris l?utilité de ce choix, nous présentons sincèrement nos excuses.

Ariane CAVALOT-DE L?ESTRAC Chef d?Edition

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