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Nirveda Alleck, tantôt un tantôt deux
Celui qui aura suivi le jeune parcours de la plasticienne Nirveda Alleck n?aura pas de peine à la retrouver dans ses récentes installations, sous le visage de ses méta-phores, au signe d?une certaine dualité. Même si l?abstraction picturale à laquelle elle avait recours dans Zilch and All 1998, (Rien et Tout), son premier solo mauricien, a été délogée, pour ne laisser libre champ qu?à des constructions conceptuelles. Le vernissage de sa présente exposition a eu lieu vendredi dernier à la galerie Max Boullé.
Le regardeur pourra, à loisir, décrypter, jusqu?au 5 juin 2004, ses concepts incarnés sous l?intitulé Duad. Pour ne pas trahir par la traduction le sens précis de ce terme anglais, nous vous en livrons la définition même de l?artiste : ?Two separate things or a pair of things usually regarded as one. Comes from the word ?Dual?, pertains to Dualism, and Duality.?
Duad est le fruit d?une longue réflexion sur bien des projets déjà entamés par Nirveda. Toutefois, elle se livre ici à une approche délibérément systématique de sa thématique. Elle explore sans relâche tous les moyens d?expression à sa portée, et qui pourraient transcrire avec une précision de scalpel cette thématique. Elle talonne pour cela tout ce qui fait la vie quotidienne, la sienne comme celle des autres, prend le pouls de ses battements, à la scène chaque jour aussi renouvelée que répétée, l?ausculte, pour y saisir et y soustraire ses manifestations multiples d?une éventuelle dualité.
Ce qui n?exclut pas un questionnement lucide de la viabilité de son projet dans le monde contemporain. Pour mieux pénétrer cet univers qu?a investi Nirveda Alleck, et qu?elle décline aujourd?hui, après s?être rompue à cet art conceptuel tant en Ecosse qu?à New York, (l?express Culture du lundi 19 avril 2004) ouvrons-nous à ses ?uvres. Qui ont pour titres, Conflicts, 44 Sunsets, Notes on Suicide, Sometimes love is just not enough, Still 44 sunsets. Autant d?assemblages de matériaux divers, d?environnements reconstitués sous forme de gazon, de jardin d?enfants, avec ses see-saw, et autres toboggan et balançoires, de mangoustes empaillées, de textes lisibles et volontairement illisibles, de vidéos, une panoplie de la vie où la réalité, l?illusion, l?humour et l?absurdité rivalisent.
Conflicts est figurée par deux peintures réalistes et illusoires de l?artiste dans le même temps et le même espace pictural. L?une, assise, regarde l?autre, debout. C?est la dualité ?as the twofold state of having a double nature?, précise l?artiste, ou plutôt le processus psychologique qui habite notre esprit par rapport à l?opposition de l?âme (esprit) et du corps (la matière), réalité constante de la personne.
Dialogue visuel
Le dialogue visuel se construit entre les deux personnages qui, en réalité, ne sont qu?un. Ils ne se gênent guère, en parfaite concordance avec l?image que l?on se fait d?une seule et même personne. Cependant, n?échappe pas au regard un certain questionnement insinué par la plasticienne. Quid du médium ? Du sujet lui-même ? La réalité et l?illusion instaurent le conflit.
On pourrait y trouver une seconde lecture. Le conflit interne de l?artiste devant le médium lui-même, sa confrontation à un canevas vierge. Quoi peindre ? ?Conflicts shows?, dira Nirveda, ?the obsessive urge to represent by the artist; representation itself is the essence of this painting?.
Quant aux mangoustes empaillées, Sometimes Love is not just enough, le concept de cette ?uvre, est né à la lecture d?un fait divers où deux amoureux se suicident dans un lac à Maurice. Scène inexistante dans d?autres pays, selon Nirveda. Les mangoustes, non plus, n?ont plus de raison d?être dans l?île. L?on peut questionner leur propre existence. Son admiration pour le travail de l?artiste Italien Maurizio Catalan inspire Nirveda au niveau de l?installation.
Les deux bêtes viennent de se suicider à leur table de cuisine typiquement mauricienne, selon l?artiste. Tels sont les paramètres de l?installation. Le visage humain qui leur est attribué, créerait-il une certaine empathie (connaissance intuitive d?autrui) chez le regardeur ? Est-il touché ou est-il porté au rire ? Ces bêtes étaient-elles vraiment amoureuses ? Une note laissée par chacune divulgue une dualité dans le but de leur suicide. L?une pense qu?elle reviendra et questionne l?après-mort, dirait-on. Son amour est-il éternel ? A force d?attendre son retour, l?autre s?est suicidé, espérant la retrouver. Et Nirveda de conclure : ?Duad: only in death and through our eyes do they form a pair. In death they are whole, inseparable. The individual and the other have annihilated their own existence. Balance has been restored.?
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