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« Promouvoir les droits des enfants »

29 mai 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Débute très bientôt une campagne intitulée « 16 jours-16 droits ». Qu?en est-il exactement ?</B>

Cette campagne débute officiellement le 1er juin et durera pendant seize jours jusqu?au 16 juin qui est la Journée de l?enfant africain. L?objectif principal est de faire connaître leurs droits aux enfants qui ont été invités à s?exprimer sur 16 droits à travers la peinture sur des toiles de grande dimension. Ces ?uvres, dont certaines sont esthétiquement d?un très bon niveau, seront exposées en plein air dans des lieux stratégiques. Des ateliers de travail ont été organisés dans différentes régions de l?île et on peut dire qu?à chaque fois, ça a été un succès. Nous avons reçu pas moins de 400 demandes de participation, ce qui implique qu?au moins 5 000 enfants ont mis la main à la pâte. D?autres ont certainement participé aux discussions sur les droits et les devoirs. Plusieurs partenaires ont répondu à notre appel de travailler sur un seul projet national. Le ministère responsable des enfants est le maître d??uvre, assisté du National Children?s Council et plusieurs autres ministères, en particulier celui de l?Éducation, ont facilité les choses. Les ONGs ont aussi participé pleinement. Cela nous donne de l?espoir pour une pérennisation du projet.

<B>Ces derniers temps, il est beaucoup question des d?agressions commises par des adolescents. Qu?en pensez-vous ?</B>

Je pense surtout qu?il faut demeurer modeste concernant ce problème complexe. Personne n?a de solutions miracles. Nous ne pourrons cependant pas faire longtemps l?économie d?une réflexion sérieuse et globale sur ce problème en l?analysant tant d?un point de vue social, psychologique, juridique et même en termes de stratégie politique et économique. Il y a déjà des projets qui ont pour objectif d?enrayer l?extrême pauvreté, d?intégrer les enfants de régions défavorisés par une réforme éducative qui vise à donner des chances égales à tous les enfants mauriciens à travers le projet ZEP. Ces projets aideront mais il faut voir le problème en terme de stratégie de développement et je le redirai chaque fois il faut s?assurer à chaque fois que l?être humain, l?homme, la femme et l?enfant, demeurent au centre du développement.

D?autre part, il faut des mesures spécifiques de prévention. Le Commissaire a décidé de créer une Brigade de la protection des mineurs qui aura aussi pour tâche de prévenir la délinquance en travaillant avec les enfants les plus vulnérables. Ces derniers sont assez facilement identifiables, pour peu que tous les organismes collaborent. Je pense aux enfants issus de familles éclatées, monoparentales, ou celles impliquées dans la violence dite domestique. Je pense aussi aux parents alcooliques ou drogués, ou mêmes délinquants, car ces enfants sont soit traumatisés, soit laissés à eux-mêmes sans repères. J?en profite pour saluer le travail de quelques personnes et organisations qui continuent à travailler sur le terrain pour aider ces enfants à s?intégrer davantage. Certains psychologues, sociologues et travailleurs sociaux évoquent souvent la démission des parents pour expliquer la violence et l?indiscipline.

<B>N?est-ce pas un peu trop facile comme argument ?</B>

Savez-vous qu?il y a des parents qui viennent chaque jour voir des magistrats pour dire qu? ils ne peuvent plus contrôler leurs enfants ? Certains d?entre eux n?ont certainement pas envie d?élever leurs enfants. Quelques fois il s?agit d?un parent qui s?est remis « en ménage » et le nouveau concubin ne veut plus de l?enfant du premier mariage. Je persiste à dire que la responsabilité incombe à tout le monde. Mais celui qui décide de mettre un enfant au monde, a le devoir moral de subvenir à ses besoins matériels et moraux. Mais on sait très bien que la réalité est tout autre. Nous parlons d?empowerment mais c?est un travail de longue haleine. Je crois qu?il faut redoubler d?efforts en ce qui concerne le planning familial et l?éducation parentale y compris l?éducation sexuelle des jeunes et des hommes et des femmes même d?un certain âge.

<B>Certains juristes demandent avec insistance un tribunal des enfants. Quel est votre avis sur la question ?</B>

Bien évidemment je suis pour un tel tribunal dans l?absolu. C?est d?ailleurs dans cette optique que j?ai invité les juges Christian et Anna Chomienne à faire une causerie sur la question la semaine dernière. Nous avons eu de la chance d?avoir un parterre rempli de professionnels tant du judiciaire que du barreau avec même des avoués. Nous avions aussi une bonne partie du personnel du ministère du CDU, de la NCC, des policiers de la future brigade des mineurs, des responsables de foyers, des travailleurs sociaux, etc.

À Maurice en ce moment nous sommes en plein débat sur la possibilité de créer un tribunal de la famille. Nous sommes nombreux à avoir fait des propositions. Il serait judicieux d?avoir une juridiction pour traiter des cas impliquant les enfants que ce soit au civil, lors de questions de garde d?enfants, de droit de visite ou d?hébergement, de cas d?adoption, de déchéance d?autorité parentale, etc. Mais aussi de cas de maltraitance, de placement d?enfants dans des foyers ou des familles d?accueil. Le but principal étant de protéger les enfants en cas de violations de leurs droits, d?agressions sur leur personne, y compris d?agression sexuelle qui est très répandue de nos jours. D?autre part se pose aussi la question des enfants qui sont eux-mêmes auteurs de délits.

<B>Entre éducation, protection et sanctions, qu?est-ce qui, selon vous, sera le plus privilégié en cas de délits importants ?</B>

La sanction est importante mais il ne sera carcéral qu?en dernier recours. À mon avis, il s?agit avant tout de protéger les droits des enfants par des mesures éducatives et des véritables programmes de réinsertion. Dans ce domaine. Maurice est très en retard et nos enfants, qui sont responsables de délits mineurs, sont sous les verroux et sortent sans avoir subi une transformation qui leur permettrait d?intégrer la société avec plus de chance qu?au moment de leur emprisonnement.

<B>Peut-on envisager d?avoir des juges pour enfants selon le modèle français ?</B>

Si l?on veut d?un tribunal pour enfants à Maurice, cela ne veut pas dire que l?on va copier texto ce qui se fait ailleurs. On doit tenir compte de nos propres spécificités et surtout de notre système juridique mais rien ne nous empêche de nous inspirer de l?approche de ces juges. Certainement, on attend d?un juge spécialisé de la famille ou pour l?enfant qu?il soit formé spécialement. Au-delà de ses connaissances purement juridiques, il lui faut une formation psychologique au moins de base. Il doit faire de la médiation ou alors il doit être soutenu par des médiateurs formés, des psychologues et d?autres experts. Il doit être à plein temps et faire carrière. Cette activité nécessite un engagement personnel.

<B>Quelle est le rôle de l?Ombudsperson pour les enfants ?</B>

Le rôle principal de l?Ombudsperson est la promotion des droits des enfants et leur défense contre toute forme de violation. L?Ombudsperson est aussi le porte-parole des enfants auprès des autorités.

<B>Il existe déjà le CDU, la police etc. Pourquoi un autre organisme ?</B>

Notre rôle n?est pas de faire doublon avec ceux qui sont déjà engagés dans la chaîne de protection de l?enfant. Nous venons quelque part en dernier recours quand l?enfant ou l?adulte qui parle au nom de l?enfant n?a pas eu satisfaction. Nous avons le droit d?ouvrir des enquêtes pour savoir pourquoi aucune solution n?a été trouvée. Dans ces cas, nous demandons à ceux qui ont traité le dossier de nous faire un rapport. Nous écoutons les personnes impliquées et nous pouvons soit faire une médiation, soit trouver nous-mêmes une solution. Si nous constatons une impossibilité de régler le problème, nous étudions le contexte juridique ou autre et nous pouvons proposer des changements de politique, de stratégie, d?approche, des amendements à la loi, etc. Nous travaillons dans le court et long terme.

<B>Comment choisissez-vous vos cas ?</B>

Les gens nous écrivent ou viennent nous voir. Mais nous ne restons pas là à attendre que des personnes viennent vers nous. Nous pouvons aussi nous saisir d?un cas qui nous semble important même si une plainte n?est pas déposée. Nous nous intéressons aux cas qui sont graves et qui se répètent. Par exemple, nous avons ouvert une enquête sur les agressions sexuelles des mineurs et nous formulons des propositions précises à plusieurs autorités concernées.

La majorité des plaintes reçues concernent la maltraitance, les conflits entre conjoints pour la garde des enfants. Mais nous ne pouvons nous mêler d?un procès qui a déjà commencé. Nous pouvons intervenir avant et après, si besoin est, ou alors exceptionnellement si un enfant est en danger et un des parents a commis un délit pénal. Dans de tels cas, nous référons l?affaire au CDU ou à la police, car nous avons le pouvoir de leur demander d?enquêter et d?aider d?une manière générale.

<B>Comment contacter l?Ombudsperson ?</B>

En lui envoyant une lettre, une télécopie, un message SMS ou en téléphonant.

<B>Adresse : Ombudsperson for Children, Bâtiment NPF, rue Sholto Douglas, Beau-Bassin. Tél. : 454.30.10/454.30.20 Fax : 454.30.37 SMS : 259.44.95/259.38.11. Émail : ombudsenfants@hotmail. Com</B>

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