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Le droit de choisir

20 mai 2004, 20:00

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L?échéance que s?est fixée l?éducation catholique approche et le débat n?est visiblement pas prêt d?être clos. La fermeté du syndicat laisse même présager des orages. Il s?est permis de faire à l?autorité même de l?éducation catholique une belle leçon de? catéchèse, l?invitant à relire ses propres sermons et lui reprochant d?oublier ses ?valeurs évangéliques?. C?est un peu ironique que le commentaire vienne de ceux-là mêmes qui ont crié à la disparition de l?élite lorsqu?il fut suggéré d?ouvrir l?école catholique aux ?low achievers? des ZEP. Ne pas vouloir des cancres, que l?on sache, n?est pas non plus très évangélique. Tout comme ce ne l?est pas de privilégier les enfants du personnel face à d?autres sans doute aussi méritants?

Cette impasse confirme une première chose. La complexité de l?exercice. Il faut la reconnaître, pour refuser que cela ne serve de prétexte à des solutions radicales et faciles. Le tirage au sort semble en être une. Il garantit certes, on ne peut mieux, la transparence : pas de risque de privilégier le critère religieux. Il prouve la bonne foi de l?autorité à assurer le même traitement à tous les catholiques ? le débat sur ce que doit devenir l?école catholique, on le sait, a fait remonter les frustrations de certains de ne pouvoir accéder à ?ses? écoles. Mais une sélection par tirage au sort, qui efface tout autre considération, semble caricaturer le principe même d?égalité des chances, voire les objectifs de l?école catholique.

Le candidat n?a d?abord aucun moyen de faire jouer ses autres ?chances?, d?exprimer tout autre raison qui pourrait soutenir sa préférence pour l?école confessionnelle. Quelle que soit l?appartenance religieuse, d?une famille à l?autre, les motivations, les parcours, les valeurs ne sont pas les mêmes, et cela mérite d?être pris en considération. Ensuite, pour une institution qui vise non pas à transmettre à l?enfant un savoir, une froide instruction, mais à modeler sa personne, à ?le développer dans son intégralité?, la mécanique méthode si indifférente à l?humain, qui consiste à le réduire à un numéro, est inattendue. L?éducation catholique frise l?incohérence.

Elle avait revendiqué avec une telle ardeur sa liberté de choisir en arguant qu?il lui fallait entretenir ?sa spécificité? qu?on ne comprend pas que l?option de critère d?admission retenue reflète si peu cette volonté (on se souviendra, faut-il le rappeler, combien elle s?était offusquée que l?Etat cherche à lui forcer la main vers les ?low achievers? et se permette d?interpréter à sa place sa mission). Mais aujourd?hui, contre toute attente, elle semble se moquer de qui on lui envoie. C?est le semeur de la parabole qui se fiche bien de la terre où il est appelé à semer.

Si cette liberté reconnue avait été utilisée à bon escient, les critères d?admission auraient dû découler des conditions de survie de cette spécificité. Par exemple, si cette spécificité est le développement intégral de l?enfant à travers le sport, l?attention aux nécessiteux, les matières artistiques, la discipline, etc., le critère d?admission par excellence ne devrait-il pas être l?aptitude de l?enfant à tirer avantage de ces ?spécialisations? qu?offre l?école catholique ? Elle peut encore évaluer la disponibilité des parents à accompagner l?enfant dans sa scolarité et à s?engager dans les activités de l?école, un ?involvement? essentiel pour un développement intégral. Les ?voluntary controlled? écoles anglaises, un modèle qui se rapproche de l?école confessionnelle mauricienne, recrute ?20 % of candidates who show most aptitude for the school?s specialism?. Cette évaluation se fait par interviews et questionnaires.

L?éducation catholique a bien compris qu?elle n?a pas toute la latitude pour exprimer ? comme le souhaite son syndicat qui semble moins l?admettre ? tous ses idéaux ?évangéliques?. Ce n?est pas une raison pour basculer dans l?autre extrême. Sachant ce qu?elle ne ?doit? pas faire, elle n?a pas suffisamment exploré tout ce qu?elle ?peut? faire. Si cela a été fait dans le débat élargi à tous ses enseignants, ce n?est pas leur faire honneur que de réduire leur réflexion à la solution arbitraire du tirage au sort. Il doit y avoir un moyen de préserver les principes de transparence et d?égalité en étant plus humain, plus ?fair? et plus fidèle à ses objectifs. Il est tout à fait envisageable de créer pour chaque école un panel composé d?anciens élèves de toute appartenance et autres personnes civiles pour sélectionner les candidats. Il faut encore décortiquer cette spécificité, celle qui fait son âme, dit-elle. C?est peut-être là la difficulté.

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