Publicité

Le peuplement de Port-Louis et la congestion routière

20 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Dans les petits Etats insulaires, à l?exemple de Trinidad, Malte, Chypre, Singapour et les Seychelles, la majorité des habitants se trouve concentrée dans la capitale. L?île Maurice fait exception à la règle.

Pourtant, depuis sa fondation par Mahé de Labourdonnais en 1735, en sus d?héberger notre seul port maritime, Port-Louis, la capitale, a toujours été, en même temps, le centre administratif et commercial du pays. Au vu des chiffres publiés en 2002, seulement 1/10 des habitants de l?île avait pour lieu de résidence la capitale. Est-ce dû au fait que Port-Louis couvre seulement 47 km2, de loin le plus petit district du pays, et que toute expansion reste freinée par la chaîne de montagnes de Moka, d?une part et la mer, d?autre part ? Mais l?exiguïté de ce district proclamé département par Louis XV en 1768 n?explique pas tout

En effet, durant toute l?occupation française (1715-1810) et jusqu'à la première partie de l?occupation britannique, la capitale a toujours hébergé une population plus conséquente mais celle-ci n?a pas cessé de régresser au fil du temps comme l?indique le tableau suivant :

L?immigration indienne, enclenchée à partir de 1840 et qui atteint son apogée vers la deuxième moitié du 19e siècle, n?a pas nécessairement affecté la population de Port-Louis car les propriétés sucrières se trouvent en dehors de la capitale. Après l?abolition (1835), bon nombre d?esclaves s?installent surtout dans sa banlieue.

A la création de la municipalité en 1850, Port-Louis présente une population qui se répartit ethniquement dans des régions bien distinctes. Le centre, connu comme la ville blanche, est le quartier des Franco-Mauriciens. C?est là que résident les notables et l?oligarchie blanche. On y trouve de belles maisons créoles dont certaines se trouvent encore aux rues St-George, Edith-Cavell et Labourdonnais, pour témoigner de notre histoire architecturale.

Le quartier des libres ? comprenant métisses et mulâtres ? est situé dans le Ward 1V. Les Indiens libres venus de Pondichéry et d?autres anciennes provinces françaises des Indes sont regroupés dans le quartier des Malabars. Contigu à celui-ci, le Camp-des-Lascars, initialement habité par des matelots musulmans engagés dans les travaux de batelage dans le port. Le Camp Wolof, situé non loin de Trou-Fanfaron, héberge les descendants d?esclaves originaires d?Afrique de l?Ouest, engagés dans les travaux manuels. Enfin, le quartier chinois, dont parle Auguste Billard dans son récit en 1819, comprend une petite colonie de commerçants venue du Céleste Empire.

Le service civil de l?époque est composé majoritairement de Franco-Mauriciens qui occupent des postes en deuxième ligne par rapport aux Britanniques qui sont les chefs des différents services. Puis, vient la population de couleur et les Indiens libres. Tout ce monde, dans son écrasante majorité, habite Port-Louis. Il en est de même pour tous les gens de la profession légale, les hommes d?affaires et leurs employés. La population créole n?habite pas la capitale, sauf ceux qui sont engagés dans la domesticité. Ceux-là sont logés dans l?arrière-cour des résidences de la classe bourgeoise.

Le prolétariat créole habite majoritairement dans la banlieue : à Roche Bois, Ste-Croix, Baie-du-Tombeau, Pointe-aux-Sables et Tranquebar, et vient à Port-Louis pour faire des métiers de dur labeur. C?est durant la deuxième moitié du 19e siècle qu?un exode sans précédent modifie fondamentalement la composition ethnique des habitants de Port-Louis.

En 1854, le choléra affecte toute l?île, et Port-Louis en particulier. Il est responsable de 15 000 morts, dont 4 000 dans la capitale. Cette épidémie démontrera la fragilité de Port-Louis face aux maladies contagieuses et l?insalubrité qui y règne surtout en absence d?un système de tout-à-l?égout.

Dans un autre ordre d?idées, si l?immigration indienne n?avait pas altéré outre mesure la configuration ethnique de la capitale, elle allait au fil du temps provoquer des changements insoupçonnés. D?abord, avec une production sucrière accrue, le problème du transport du sucre par charrettes et par le batelage devenait contraignant. D?autre part, avec la centralisation, les nouvelles usines sucrières devaient être munies de pièces de plus en plus lourdes, lesquelles ne pouvaient pas toujours être transportées par des animaux de trait, de Port-Louis à travers des routes accidentées aux quatre coins de l?île. Tout cela plaidait en faveur du chemin de fer. Pas étonnant qu?une requête ait été faite dans ce sens au gouvernement colonial par la Chambre d?agriculture.

Les lignes de chemin de fer rendues opérationnelles dès 1864 allaient ouvrir des horizons nouveaux. On pouvait dès lors se déplacer de Port-Louis vers le Nord et l?Est grâce à la Northern Line ; et de Port-Louis à Mahébourg par la Midland Line (1865). Rien n?empêcherait désormais les habitants de la colonie de s?établir à l?intérieur de l?île vers des lieux plus salubres et éviter ainsi la canicule portlouisienne.

Déjà, le service des chemins de fer devenait le plus gros employeur et occasionnerait ainsi un déplacement de son personnel vers les différentes stations du pays. Les propriétés sucrières et leurs usines allaient provoquer le même phénomène d?emploi hors de la capitale.

Mais tous ces facteurs n?étaient rien devant l?exode massif qu?a provoqué la malaria. L?épidémie atteint son apogée en 1867. De 1967-1968, plus de 49 849 personnes périssent dans tout le pays et 29 415 à Port-Louis. La capitale perd ainsi 1/3 de sa population*. La malaria, dont on connaissait à peine la cause et encore moins le remède, devient endémique. Il faudra attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour l?introduction des nouvelles méthodes de prophylaxie.

La malaria a été responsable de l?exode de la population portlouisienne vers les Plaines-Wilhems et Moka, où le fameux moustique anopheles funestus proliférait moins, vu le climat tempéré du plateau central. L?exode des zones côtières a été causé par le même phénomène.

Le peuplement de Curepipe, Rose-Hill, Vacoas et Quatre-Bornes peut se situer à cette même période. Les villages côtiers tels que Mahébourg, Trou-d?eau-douce, Poudre-d?Or et Grand-Gaube connaissent le dépeuplement au profit des hautes Plaines-Wilhems.

Grâce au peuplement de ces villages, les nouvelles agglomérations deviennent des villes : Curepipe en 1890, Rose-Hill et Quatre-Bornes en 1896. Elles sont gérées par des commissions. Lorsque le gouvernement prend la décision de transférer le Collège Royal de Port-Louis à Curepipe en 1899, une importante page de l?histoire de la capitale est tournée.

Deux autres événements devaient accélérer ce mouvement migratoire. D?abord le cyclone de 1892, qui détruit des milliers d?habitations dans la capitale en sus d?être la cause de centaines de morts et de blessés. Puis, la peste bubonique de 1899 qui met en exergue la vulnérabilité de la capitale d?endiguer de tels fléaux : plus de 8 000 personnes périrent de ce mal, dont une majorité à Port-Louis

Dès les premiers temps de sa fondation, Port-Louis a toujours été une ville à majorité chrétienne mais, avec l?exode, la population chrétienne n?a cessé de régresser. Délaisser Port-Louis pour s?installer sur les hauts plateaux relevait même d?un certain snobisme de la part des gens de couleur.

Le coup de grâce a lieu en 1968 quand, après les bagarres raciales à Port-Louis, bon nombre de citadins de foi chrétienne choisissent de regagner les Plaines-Wilhems ou les banlieues de Port-Louis Nord et Pointe-aux-Sables, délaissant la ville de leur St-Patron Louis 1X , tournant dans le même temps une importante page de l?histoire.

Faut-il souligner que sans l?annexion de certaines banlieues telles que Roches-Bois, Pointe-aux-Sables et Pailles en 1963, la population de la capitale eut été réduite en véritable peau de chagrin.

<B>Plaque tournante</B>

Compte tenu de la canicule portlouisienne et des méfaits des grandes épidémies, doit-on s?étonner qu?il ait même été question, à un moment, de transférer le siège de l?administration de la colonie au Réduit et Piton-du-Milieu ? Mais cette idée n?a pas eu de suite.

Cela étant, Port-Louis devait conserver son statut de centre nerveux et de plaque tournante de toute activité du pays, malgré l?exode massif enclenché par le paludisme devenu endémique dès 1867. En l?absence de véritable projet de décentralisation des affaires, fonctionnaires, hommes d?affaires, professionnels ou commis ayant choisi de vivre hors de la capitale y retournaient chaque jour grâce aux trains de passagers. Même le gouverneur devait abandonner sa diligence pour s?installer dans le wagon spécialement aménagé pour lui, pour se rendre à l?hôtel du gouvernement. Vers la fin du 19e siècle, c?était les diligences, carrioles, charrettes et autres calèches qui étaient responsables de la congestion routière dans le vieux Port-Louis.

Mais le train n?est qu?une étape. Les premières automobiles font leur apparition dès le début du siècle dernier. Suivent les camions et les autobus. C?est la fin du règne des animaux de trait. Lentement mais sûrement, chevaux, poneys, ânes et b?ufs devaient disparaître dans le décor du vieux Port-Louis. Dans un premier temps, les heureux propriétaires des cabriolets et autres daimlers étaient tous des nantis, mais au fil du temps le nombre d?automobiles puis d?autobus allait connaître une montée fulgurante, au point de rendre le voyage par le train des plus contraignants. Les trains sifflent donc pour la dernière fois, de la gare Victoria, en 1956.

En 1960, il n?y a dans le pays que 14 000 véhicules mais ce chiffre passe à 25 000 en 1970 pour atteindre 177 513 en 2003, soit en quatre décennies environ. Il s?agit de l?un des taux les plus élevés au monde.

Port-Louis demeurant la plaque tournante de toute activité économique, on y vient pour travailler et pour mille autres raisons. On estime à 150 000 le nombre de personnes qui se rendent à Port-louis chaque jour. Inévitablement, tout ce beau monde se déplace en voiture de maître, en taxi, en autobus, en fourgon, à motocyclette? Sans compter ces nombreux poids lourds chargés de sucre, de matières premières pour la zone franche ou de matériaux de construction et marchandises diverses. L?existence d?un important parc hôtelier au nord de l?île a amplifié la congestion routière.

Le Port-Louis by night prend des allures de ville déserte dans certains quartiers mais le Port -Louis by day s?éveille bien avant le lever du soleil pour prendre des allures de mégapole. Le flot de véhicules qui quittent la capitale pour y retourner le lendemain atteint son apogée vers 16 h 30 pour ne cesser vraiment que vers 20 heures.

Si l?emplacement de la capitale n?avait pas été choisi dans un vallon situé entre une chaîne de montagnes et une bande côtière, la congestion routière eût peut-être été moins dense?

<I>En 1854, le choléra affecte toute l?île, et Port Louis en particulier. Elle est responsable de 15 000 morts, dont 4 000 dans la capitale. Cette épidémie démontrera la fragilité de Port-Louis face aux maladies contagieuses et l?insalubrité qui y règne surtout en absence d?un système de tout-à-l?égout.</I>

Publicité