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Le sésame
Les larmes arrachées à Dev Hurnam hier, pendant que les grilles de sa cellule se refermaient sur lui n?ont ému personne. C?est la fin d?une saga grotesque, le retour à l?ordre normal. Le prévenu a passé la nuit en cellule comme l?aurait fait n?importe quel suspect en détention provisoire. L?éthique égalitaire est sauve.
Les inégalités entre citoyens sont devenues depuis ces dernières années une question très sensible. Le moins qu?on puisse dire, c?est qu?elle détermine le comportement électoral d?une importante frange de la population. Mais elle peut aussi aller jusqu?à exacerber la colère populaire et engendrer des explosions sociales. Dans l?affaire Hurnam, l?autorisation accordée au prévenu de séjourner dans des cliniques de son choix était ressentie comme un passe-droit. Il est sain que l?usage établi soit respecté avec son retour en cellule.
C?est parce que le privilège obtenu par Dev Hurnam relevait de l?abus que l?opinion a condamné son stratagème. Du reste, c?est un homme dont la conduite n?a pas toujours été compatible avec les normes de la société. Il ne s?agit pas de savoir s?il a eu tort ou raison sur le fond dans ses dénonciations des ?dysfonctionnements? de la justice. Tout ce qui lui est reproché, c?est sa manière de faire qui est inexcusable. L?agressivité verbale était devenue son arme alors qu?en tant qu?avocat Hurnam est bien placé pour savoir qu?il y a des procédures pour contester des décisions de justice.
La situation est dangereuse quand des individus se souciant peu de l?opinion publique, se croient au-dessus de tout et bafouent les institutions. On se dit alors que l?anarchisme n?est pas bien loin. L?Etat doit contrôler les excès de ces personnages s?il entend maintenir le respect de l?ordre institutionnel.
Si, en outre, une personne s?appuie sur son appartenance à la famille politique au pouvoir pour dominer, contraindre ou imposer, l?injustice est ressentie d?autant plus fortement. Les partis au pouvoir le paient très cher s?ils ne parviennent pas à sanctionner des comportements abusifs de la part de leurs membres. L?égalité devant la loi est devenue aujourd?hui une des revendications citoyennes les plus fortes. Il suffit qu?un avocat monte le ton face à un agent de police pour qu?une perception de ?dominère? soit créée dans le public.
En général, les principes de bonne gouvernance sont respectés par les dirigeants actuels qui refusent de cautionner les dérives de ceux qui dérangent. Cependant, le poids du clientélisme les force parfois à fermer les yeux sur l?arbitraire. C?est sans doute au nom de ce même calcul politicien que l?opposition n?a pas manifesté un grand intérêt à interpeller le gouvernement sur l?attitude des autorités pendant le va-et-vient de Dev Hurnam entre différents centres de santé tout au long du mois écoulé.
Pour autant, l?avocat-parlementaire demeure innocent tant que la justice n?aura pas statué sur son cas. Le chef d?accusation provisoire qui pèse sur Dev Hurnam repose pour l?instant sur les témoignages d?Antoine Chetty et non sur des preuves solides. La police devra poursuivre son enquête avant de déterminer si des charges formelles devaient être portées contre lui. Seulement, son comportement depuis son arrestation a mis le doigt sur les dangers d?un traitement discriminatoire en faveur des puissants.
Les institutions n?ont pas le droit d?abdiquer leurs responsabilités quand des personnalités, aussi puissantes soient-elles, les défient. Le temps où les notables brandissaient leur statut, tel un sésame, pour faire ouvrir des portes est révolu.
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