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Le dollar et ses interrogations

6 avril 2004, 20:00

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Les statistiques américaines sur l?emploi ont causé la surprise la semaine dernière, en révélant qu?en mars, 308 000 emplois avaient été créés, alors que les spécialistes n?en anticipaient que 120 000.

Il s?agit du plus haut niveau de création d?emplois depuis avril 2000. Le chiffre moyen de création d?emplois au cours des six derniers mois n?était que de 60 000.

Immédiatement, les rendements sur les obligations se sont tendus : 24 points de base en plus pour l?obligation à 2 ans, qui a atteint 1,86% et 22 points de base en plus pour l?obligation à dix ans, à 4,11%. Il faut savoir que des hausses supérieures à 20 points sont très rares.

C?est donc la confirmation de l?événement par les marchés. Ceux-ci ont vu cette hausse des créations d?emploi comme un signe que la Fed (la Banque centrale des Etats-Unis d?Amérique) pourrait augmenter les taux d?intérêt directeurs plus tôt que prévu auparavant.

Le dollar a suivi la même tendance, pour deux raisons principales : la première, parce qu?une rémunération supérieure sur les dépôts est anticipée, la seconde parce que ces créations d?emploi sont un signe de l?excellente santé de l?économie américaine, avec la perspective d?amélioration soutenue des profits des entreprises. Celles-ci sont toutes des multinationales et il faut à ce stade replacer le rôle de la Fed dans un contexte international.

La Fed n?est pas seulement la banque centrale des USA mais, au total, la banque centrale de 53 % de la production mondiale et de 52 % de la population mondiale.

Il faut en effet ajouter, à l?intérieur de la zone dollar, les pays dont la devise est soit ancrée sur le dollar, avec à leur tête la Chine, mais aussi les pays dont la valeur de la devise est dépendante d?interventions massives en dollars, avec à leur tête le Japon et la Russie.

En résumé, les taux d?intérêt historiquement très bas qui prévalent actuellement aux Etats-Unis servent les intérêts non seulement des consommateurs américains, qui dépensent plus qu?ils ne gagnent, mais aussi des pays en développement accéléré, qui peuvent ainsi financer leurs investissements à coût réduit, tout en parvenant à stabiliser les taux de croissance et d?inflation grâce aux interventions.

Cependant, il est important de constater, d?une part que le dollar est devenu une devise intrinsèquement faible, à cause de la propension à dépenser des ménages américains, d?autre part qu?il y a beaucoup plus de réserves en dollars hors des Etats-Unis qu?aux Etats-Unis. Une situation qui ne pourra pas durer éternellement.

En 1971, alors que depuis 1944 le yen et les devises européennes étaient liés au dollar, l?accord dit de Bretton Woods a explosé, avec la crise économique des années 70 qui s?ensuivit.

On n?y est pas encore tout à fait mais le chemin est tracé.

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