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La petite maison dans la prairie

6 avril 2004, 20:00

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LOIN au sud-ouest de Rodrigues, à quelques kilomètres de Plaine-Corail, Pointe-Palmiste est un endroit de rêve. Une vaste plaine s?étend jusqu?à la mer et l?herbe verdoyante a retrouvé toute sa vitalité grâce aux grosses pluies d?été. Pour ne pas faire exception à la spécificité rodriguaise, des vaches profitent de ce que la nature leur offre. Aucun arbre dans cette plaine. Aucun transport public ne s?engage sur cette route. Pour les visiteurs, il suffit de descendre là où le bitume cède la place à la terre. D?ailleurs, il n?y a que des étrangers qui vont à la découverte des coins et recoins de Rodrigues. Un peu plus loin sur une colline, une maison en dur.

Et puis au beau milieu de la plaine, une petite maison en tôle ondulée donne un autre cachet au paysage. Le sentier qui y mène est sinueux et est recouvert de sable. En entendant, le vrombissement de la voiture de l?express, un petit garçon blond pointe un nez curieux avant de sortir de la petite maison. Il s?appelle Alviono. La minute d?après, les parents, Cindy et Jean-Noël Albert, arrivent derrière le petit garçon.

Ils se sont installés sur cette bande de terre peu après la naissance de leur fils et ont bâti une maison de deux pièces. Ils ont même pris la peine d?ériger une barrière avec des bouts de bois. Quelques volailles picotent çà et là. Dans un coin, un chien en laisse. Il y a un potager où des aubergines et des plantes filantes sont cultivées. A la tombée de la nuit, Pointe-Palmiste sombre dans l?obscurité. Et c?est le grand silence.

Dans cette partie de Rodrigues, la culture des légumes et surtout la pêche sont les principales sources de revenus. Jean-Noël est pêcheur. Il est fier de son travail et le dit : ?J?aime bien ce que je fais. Mes prises sont suffisantes pour nourrir ma famille.? Il n?y a que le mauvais temps qui l?embête. Dans ce cas, il faut se débrouiller autrement. C?est-à-dire faire de petits boulots.

Où l?eau est inexistante

Autre période cauchemardesque : la sécheresse. L?eau courante est inexistante chez les Albert. Pourtant, il y a un conduit qui traverse la plaine à environ 300 mètres de leur maison. ?Sa pou coute moi boukou si mo bizin aste tuyo.? Mais le pêcheur a trouvé une idée ingénieuse pour recueillir l?eau de pluie. Un dalot déverse toute l?eau récoltée sur son toit dans un fût. C?est celle que l?on boit et qui est utilisée pour tous les usages domestiques

?Cette eau est bien meilleure que celle du robinet. C?est pour cette raison que nous tombons rarement malades?, avance Jean-Noël. Toutefois, après deux jours, ils sont bien obligés de faire bouillir l?eau. Que font-t-ils quand il ne pleut pas pendant deux semaines ? Alors, c?est la catastrophe. En tant que chef de famille, Jean-Noël ne prend pas la mer afin de se rendre à La Ferme pour solliciter l?aide de la Central Water Authority. Et un jour plus tard, un camion-citerne lui apporte le précieux liquide. ?Il est arrivé que nous soyons restés avec un peu d?eau rien que pour boire pendant deux jours.?

Bien qu?il fasse très chaud en été, Jean-Noël et Cindy disent être habitués à la chaleur. D?ailleurs, un vent agréable balaie constamment la plaine où il fait malgré tout bon vivre.

Toutefois, récemment, un nuage est apparu dans leur vie. C?est une rumeur. Il paraît qu?on fera construire des blocs d?appartements dans la plaine, leur plaine. ?Nous ne sommes pas contre, mais nous avons entendu dire qu?ailleurs, les appartements sont laids. Alors, il ne faut pas que cet endroit soit dégradé. Si bizin fer lakase, bizin faire li zoli.? Cependant, le couple semble souhaiter que ce projet ne soit qu?une utopie.

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