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Les vraies raisons de l?escalade du fret maritime

6 avril 2004, 20:00

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<B>LA HAUSSE</B> du fret maritime est une réalité que les Mauriciens ont appris à découvrir depuis quelques mois car il s?agit là d?un des facteurs responsables de la hausse des prix des produits importés. Et cela ne fait que commencer. La conjoncture internationale, avec l?appétit d?ogre de la Chine dont les importations ont augmenté de 36 %, explique en grande partie la majoration du coût du fret.

Néanmoins, l?incapacité du port à accompagner la croissance du trafic maritime est aussi une des raisons derrière la hausse du fret. Les armateurs ont tendance à nous faire payer plus cher car leurs navires restent immobilisés trop longtemps.

Consciente de ce problème, la Cargo Handling Corporation prend des mesures pour remédier à la situation. Elle investit Rs 330 millions dans de nouveaux équipements afin d?accroître ses capacités de manutention de marchandises et de réduire les temps d?escale des navires à Maurice.

Pour Vivian Oxenham, directeur de CMA CGM, une agence maritime française, le port est en quelque sorte victime de son succès. ?Avec le développement du terminal à conteneurs et l?installation des portiques, les autorités portuaires ont conjuré leurs efforts de marketing pour attirer les lignes maritimes en leur proposant des mesures incitatives pour faire de Port-Louis leur port d?éclatement et de distribution régionale?, dit-il.

De l?avis général, des agents maritimes la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL), qui est responsable de la manutention, de la main-d??uvre, des équipements ainsi que de la gestion du nouveau terminal, n?arrive plus à offrir un service adéquat. Depuis ces dernières années, la croissance du trafic portuaire a augmenté de 831 %. Le manque d?équipement, ainsi que de main-d??uvre, fait que certains navires sont obligés de rester plusieurs jours à quai, pour débarquer leurs marchandises. Sans compter que seuls deux des trois portiques sont opérationnels. Or le coût de l?affrètement pour les gros navires est passé de 8 500 dollars au début de l?année 2004, pour se situer aux alentours de 23 000 dollars. Le transport maritime qui représente 98 % du commerce mondial s?organise autour d?un marché du fret. Avec comme acteur principal ?le Baltic Exchange? à Londres. En clair c?est là que tout se décide. C?est là que les armateurs affrètent leurs navires. ?Un armateur qui loue un navire à 23 000 dollars par jour, ne peut se permettre de rester plusieurs jours à quai, s?il veut être rentable?, confie un cadre d?une agence maritime. Résultat : il répercute une partie de ce coût dans le fret maritime.

Consciente de tous ces problèmes, la CHCL, essaie de faire face à ce problème. Le 30 mars le conseil d?administration de la CHCL a avalisé l?achat de plusieurs équipements, avec l?aval du Central Tender Board. Dix camions et une grue mobile sont prévus pour septembre prochain, alors que deux portiques doivent arriver en juillet 2005. Montant total de l?investissement : Rs 330 millions. ?Le but est de pouvoir répondre à la demande, du trafic portuaire qui a explosé ces dernières années?, confie Archimède Lecordier, Managing Director de la CHC.

Faible volume de transaction

Par ailleurs, sur le plan international c?est l?émergence de la Chine qui bouleverse le trafic maritime et le coût du fret. En développement depuis plusieurs années, la Chine s?est affirmée en quelques mois comme le premier consommateur de toutes les grandes matières premières: elle consomme plus de 40 % de la production mondiale de charbon, 25 % de celle de l?acier, 19% de celle de l?aluminium. Cette irruption soudaine a bouleversé tous les équilibres. Le réveil du géant chinois perturbe toutes les lignes maritimes. Les activités import-export de la Chine sont estimées à 36 % pour cette année. Les bateaux ne sont pas assez nombreux pour transporter les marchandises. L?offre est supérieure à la demande. Résultat le coût du fret sur la ligne Asie-Maurice prend l?envol. Depuis le 1er avril les marchandises transportées dans les containers de 20 pieds sont passées de 1 200 dollars à 1 600 dollars.

Pire encore, à partir du 1er juillet, une hausse de 200 dollars est à prévoir sur la ligne Asie-Maurice. ?Nous avons reçu, une note de notre armateur, nous faisant part de cette hausse, éventuelle?, précise un cadre d?une agence maritime. Les agents maritimes à Maurice sont en quelque sorte tributaires des décisions prises par les exploitants de navires.

Ainsi à travers ces hausses successives de fret, les prix de plusieurs produits importés risquent de flamber. Dans un discours à l?assemblée nationale la semaine dernière, le ministre du Commerce Prem Koonjoo annoncait déjà la couleur : ?Plusieurs produits alimentaires et non alimentaires, ainsi que les matières premières subiront les effets de la hausse du fret?, devait-il dire. Selon lui, cela serait dû à la conjoncture internationale. Mais également au fait que nous nous trouvons loin de nos principaux marchés d?exportation. Le faible volume de transactions serait aussi une des causes parmi d?autres. ?Notre pouvoir de négociation pour une baisse du fret est assez limité. Car elle est déterminée par rapport à l?offre et à la demande au niveau mondial.?

La State Trading Corporation qui importe pour Rs 10 milliards de produits stratégiques pour l?Etat est directement concernée par la hausse du fret. D?ores et déjà, le coût du fret de la farine a augmenté de 25 %, celui du ciment de 125 %, et celui du riz ration de 40 %. ?Pour les produits pétroliers, l?appel d?offres se fera en mai 2004. Tout indique que là aussi, il y aura une nouvelle augmentation?, affirme Ravin Dajee, l?ancien directeur de la STC. Les primes qui représentent 10 % du prix final des produits pétroliers vont augmenter dans le sillage de la hausse de fret.

Pour le gaz, le nouvel appel d?offres est prévu pour décembre. De fait, comme les contrats sont alloués pour une année aux compagnies maritimes par la STC, les augmentations de fret éventuelles ne sont pas prises en considération.

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